MOROZOV COLLECTION

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De l’écrin privé au musée national 

À partir de 1905, Ivan Morozov transforme son hôtel particulier pour lui donner une rigueur muséale. Il annexe ainsi le salon d’apparat afin de transformer le salon de musique pour lequel il commande treize panneaux à Maurice Denis sur le thème d’Amour et Psyché. La mutation progressive de l’hôtel particulier d’Ivan Morozov en écrin pour sa collection ainsi que ses réflexions actives sur l’accrochage de ses œuvres, présentes notamment dans sa correspondance, attestent de sa volonté de donner à voir sa collection. Cette dernière se visite alors le dimanche matin. Quant à la collection de Mikhaïl, une partie de celle-ci (39 œuvres d’art occidental et 44 d’art russe) sera donnée à la galerie Tretiakov par sa veuve, Margarita Morozova, dès 1910.

La partie restante de la collection de Mikhaïl et la collection d’Ivan sont nationalisées après la révolution bolchévique, le 19 décembre 1918. Elles porteront alors le nom de « Deuxième Musée d’art occidental » ‒ le premier étant le produit de la nationalisation de la collection Chtchoukine, qui a eu lieu le mois précédent. La collection est alors toujours présentée dans l’écrin que lui avait créé Morozov et selon le même accrochage. Le musée est dirigé par Boris Ternovets (1884-1941). Ivan Morozov y officie en tant qu’adjoint et se charge de l’inventaire avant de quitter la Russie avec sa famille en 1919. La partie russe de la collection Morozov est versée à la Tretiakov en 1925. Certaines œuvres, dont un Van Gogh et un Cézanne de la collection d’Ivan, sont achetées par la galerie new-yorkaise Knoedler. Ces ventes viennent s’inscrire dans les nombreuses tractations de ce type entre l’État soviétique et des particuliers qui ont lieu autour des années 1930. En 1928, les œuvres occidentales des collections Chtchoukine et Morozov sont physiquement réunies dans l’ancien hôtel particulier d’Ivan Morozov et sous le nom définitif de « Musée national de la nouvelle peinture occidentale ». Cela nécessite le réaccrochage des œuvres. L’expérience constitue un exemple très précoce de présentation d’une collection d’art moderne.

En 1948, le Musée est définitivement fermé. Nombreuses sont les œuvres qui n’avaient pas alors retrouvé les cimaises et qui étaient encore emballées depuis l’évacuation durant la guerre. Les collections sont réparties dans les musées préexistants et ne seront plus présentées ensemble. À la fin des années 1950, quasiment toutes les œuvres qui ont rejoint l’Ermitage sont exposées.

L’exposition parisienne La Collection Morozov. Icônes de l'art moderne a poussé à la comparaison des collections Chtchoukine et Morozov, mettant en évidence leurs identités respectives. En présentant à la fois l’évocation des Morozov par les peintres qui les ont portraiturés, dont Valentin Serov et Konstantin Korovine, une riche documentation photographique des demeures et les œuvres achetées (de l’impressionnisme français à Gauguin, des symbolistes aux cézannistes russes, Bonnard, Matisse, etc.), l’exposition révèle ainsi le caractère tout à fait exceptionnel de la collection. Dans une perspective comparatiste, la collection d’Ivan Morozov se distingue par une approche volontairement systémique et des choix plus classiques. Les tableaux de Picasso sont un bon exemple de cette distinction qui relève aussi du goût : les Picasso de Morozov, moins nombreux que ceux de Chtchoukine, sont centrés sur un intérêt plus fort pour la palette que pour la forme.

Près d’un siècle après la création du Musée national de la nouvelle peinture occidentale à Moscou, l’exposition vient en outre montrer la simultanéité des recherches picturales en Europe et en Russie au début du xxe siècle.

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Écrit par :

  • : docteure en histoire de l'art, chercheuse invitée à l'Institut Warburg, Londres (Royaume-uni)

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Pour citer l’article

Juliette MILBACH, « MOROZOV COLLECTION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/collection-morozov/