COLBERTISME

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Une politique commerciale

Pour Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), comme pour ses contemporains mercantilistes, la possession des métaux précieux est fondamentale pour la puissance de l'État, but suprême de l'ancien « domestique » (entendons : secrétaire particulier) de Mazarin, devenu contrôleur général des Finances après la disgrâce de Fouquet. Or, constate Colbert, « il n'y a qu'une même quantité d'argent qui roule dans toute l'Europe, et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales ». Pour multiplier l'argent, disait-il, « il faut l'attirer du dehors et le conserver au-dedans », ou encore : « Il est certain que pour augmenter les 150 millions qui roulent dans le public de 20, 30 et 50 millions, il faut bien qu'on le prenne aux États voisins [...] et il n'y a que le commerce seul, et tout ce qui en dépend, qui puisse produire ce grand effet. » Par conséquent, on ne peut s'enrichir qu'en faisant venir de l'étranger le maximum de métaux précieux ; l'un des premiers moyens consiste à exporter des produits fabriqués en France, et à empêcher l'entrée, dans le royaume, des matières qui ne sont pas strictement indispensables à l'économie.

Le contrôle des importations

« Tout le commerce consiste à décharger les entrées de marchandises qui servent aux manufactures du royaume, charger celles qui entrent manufacturées [...] soulager les droits de sortie des marchandises manufacturées au-dedans du royaume. » En pratique, ce système protecteur envisagé par Colbert aboutit à élever les droits à l'importation à la limite extrême où ils peuvent monter sans entraver les relations commerciales du pays avec l'étranger, et à baisser d'autre part les droits d'exportation à la limite extrême où ils peuvent descendre sans compromettre les revenus du fisc.

Pour réaliser ce projet, Colbert procède avec ménagement et par degré. Se souvenant bien que « le commerce étant un effet de la bonne volonté des hommes, il faut nécessairement le laisser libre », le contrôleur général des Finances établit d'abord un tarif douanier modéré, celui de 1664. La copieuse nomenclature, riche en détails d'application (ainsi, « le mouton pelé paie cinq sols la douzaine, le mouton vif quinze sols la pièce »), ne traduit nulle pensée agressive à l'égard de qui que ce soit ou de quoi que ce soit.

Au contraire, le tarif suivant, mis en vigueur trois ans plus tard, est beaucoup plus restrictif, encore qu'il ne comporte aucune prohibition totale. C'est que Colbert juge alors que les manufactures françaises doivent être mieux protégées, pour assurer leur avenir encore incertain : tous les postes du tarif de 1664 ne sont pas surélevés en 1667, mais ceux qui le sont supportent d'énormes surcharges. Ainsi, la douzaine de bas de laine passe de 3 livres 10 sols à 8 livres, la pièce de 25 aunes de drap de Hollande ou d'Angleterre passe de 40 à 80 livres.

En réaction contre ces mesures qui les frappaient directement, la Hollande et l'Angleterre usent d'un procédé classique et augmentent à leur tour les droits d'entrée sur les vins : Colbert ne s'inquiète pas puisque, selon un billet qu'il envoie en 1669 au plénipotentiaire français de La Haye, « on n'a jamais tant enlevé de vins en France que cette année-ci ». Cette politique réussit à l'égard de l'Angleterre : les importations en France sont chiffrées une dizaine d'années après à 90 000 livres sterling, tandis que nos exportations vers l'Angleterre dépassent 320 000 livres sterling. Pour Colbert, ces chiffres traduisent le succès de son système économique : il n'en va malheureusement pas de même à l'égard des Hollandais. De la guerre économique, on en arrive à la guerre tout court et, quand la paix est enfin conclue à Nimègue en 1678, elle consacre un grave échec pour la politique mercantiliste : la France se voit contrainte de retirer son tarif de 1667, principale origine des difficultés entre les deux pays, et d'admettre qu'à l'avenir « la liberté réciproque du commerce dans les deux pays ne pourrait être défendue, limitée ou restreinte par aucun privilège, octroi ou concession particulière ».

La conquête commerciale du monde : les « compagnies »

Déjà, Richelieu pensait que le grand commerce international n'est pas l'affaire de particuliers, dont « les reins ne sont pas assez forts » mais de « compagnies » qui, protégées par le roi, grouperaient les capitaux et les bonnes volontés. L'échec de Richelieu (les compagnies créées sous son égide ont [...]

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris

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Pour citer l’article

Jean IMBERT, « COLBERTISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colbertisme/