COGESTION

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Cogestion et structures économiques

L'autogestion a eu ses maîtres à penser. C'est avec les socialistes dits utopiques (Fourier, 1772-1837) qu'a pris naissance l'idée d'association des ouvriers comme moyen de se dégager de l'emprise des patrons. Mais beaucoup voient en Proudhon (1809-1865) le « père » de l'autogestion : les coopératives ouvrières de production devaient, en se fédérant, déboucher sur une organisation nouvelle derrière laquelle l'État s'effacerait. Marx et Lénine prendront ensuite le relais dans une perspective plus révolutionnaire. La cogestion, quant à elle, s'est passée de théoriciens. Elle est née spontanément, souvent d'initiatives individuelles. Ses sources d'inspiration comme ses préoccupations sont des plus diverses : catholicisme social naissant, paternalisme, souci de libérer les travailleurs de leur condition expliquent bien des expériences de cogestion menées au xixe siècle, notamment en France.

Entre cogestion et autogestion, il y a plus qu'une différence de degré. La cogestion, en effet, reste compatible avec les structures d'une économie capitaliste sur lesquelles elle est susceptible de se greffer. En cela, elle diffère fondamentalement de l'autogestion, laquelle suppose une transformation plus radicale de l'entreprise et, si la formule en est généralisée, des structures économiques dans leur ensemble. L'objectif étant alors de confier toute l'administration des entreprises aux travailleurs, il se révèle incompatible avec l'appropriation privée des moyens de production et suppose, par conséquent, la disparition du capitalisme.

On comprend dès lors que seule l'autogestion ait éveillé quelque intérêt dans les milieux syndicaux et que la cogestion n'ait suscité de leur part que rejet ou indifférence. Revendiquer la cogestion, ce serait accepter de participer à un système que l'on rejette, en tout cas se prêter à une collaboration avec le patronat qui ne pourrait que nuire à l'action revendicative. Sans doute aussi les syndicats ne sont-ils guère tentés de participer eux-mêmes ou d'entraîner les salariés dans l'aventure d'une participation à la gestion des entreprises qui s'avère souvent délicate et dont ils porteraient du même coup, pour partie, la responsabilité.

Pour les mêmes raisons, c'est l'autogestion et non la cogestion qui est mise en œuvre en pays socialiste. La Yougoslavie est à cet égard souvent citée en exemple, mais d'autres expériences ont été menées, notamment en Pologne après la crise de 1956 et en Algérie. Partout, cependant, le jeu de l'autogestion a été faussé dans ces pays par le poids de l'État et les implications d'une économie planifiée, si bien que ces expériences sont aujourd'hui diversement appréciées et qu'on répugne souvent à y voir une autogestion véritable.

Ainsi, les problèmes liés à la condition ouvrière et la question des pouvoirs dans l'entreprise ont-ils été longtemps posés en termes de conflits d'intérêts et de lutte des classes. Ils se détachaient difficilement des grands débats idéologiques. Dans cette perspective, c'était le droit de propriété et les risques encourus par le chef d'entreprise qui, pour les uns, justifiaient ces pouvoirs. Tandis que les autres ne voyaient de solution que dans un transfert de la propriété de l'entreprise aux travailleurs. Pour sortir du dilemme, ne pouvait-on trouver une troisième voie ? Le mouvement coopératif qui s'est développé au début du siècle est une première réponse à cette question, mais c'est surtout, plus tard, l'essor du concept de participation qui débouchera sur un large éventail de solutions visant à assurer une meilleure association des salariés à la vie de l'entreprise. Parmi ces solutions, qui souvent se combinent, un petit nombre seulement répondent aux critères de la cogestion.

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Écrit par :

  • : D.E.A. travail et questions sociales, journaliste en droit social

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Pour citer l’article

Lydie LAGRANGE, « COGESTION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cogestion/