CODEX MAYAS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De multiples supports d’écriture

L’évêque du Yucatán, Diego de Landa, fit brûler plusieurs manuscrits lors d’un autodafé en 1562. Encore convient-il de nuancer l’ampleur de ces destructions. On avance, sans chiffre précis, la destruction de centaines de codex. Mais Landa a peut-être aussi détruit des manuscrits coloniaux comme les Livres de Chilam Balam, puisque les Mayas ont commencé très tôt à transcrire leurs textes en caractères latins. Il ne faut pas minimiser l’importance de cette perte, mais rien ne permet d’évaluer le nombre de documents disparus ni leur nature. Seuls subsistaient donc trois codex, ceux de Dresde, de Paris et de Madrid, du nom des villes où ils sont conservés. Leur préservation est peut-être due à leur arrivée en Europe dès les premières années de la conquête espagnole. Peu avant le début de notre ère, bien avant les codex, les premiers textes apparaissent en Mésoamérique sur des supports de pierre. Les plus anciennes inscriptions proviennent de sites localisés dans l’aire d’influence de l’ancienne civilisation olmèque. La stèle de La Mojarra, plus tardive, porte un texte de 500 glyphes disposés en 21 colonnes. Sa complexité implique un développement antérieur de l’écriture, dont on ne connaît pas encore l’origine.

Les Mayas ont porté le système à un haut degré d’élaboration et laissé des milliers d’inscriptions, sur des stèles, des linteaux, des autels. L’escalier de Copán porte à lui seul un texte de 2 000 glyphes, ce qui en fait le document le plus long actuellement connu. L’écriture apparaît aussi sur d’autres supports : en 2012, des fouilles du site de Xultún (Petén) ont permis de mettre au jour une pièce dont les murs sont couverts de calculs astronomiques, de tables chronologiques. Il s’agit probablement de la résidence d’un prêtre astronome qui a transcrit ses observations sur un autre support que le papier. Cela suggère un usage encore limité des manuscrits. Sur des récipients céramiques, de petits objets portatifs en os ou en pierre fine, les inscriptions, moins officielles, désignent par exemple le propriétaire de l’objet. Cette écriture se différencie des inscriptions majeures par son aspect cursif, avec des glyphes aux formes plus rondes, un style que l’on retrouve dans les manuscrits pictographiques.

Le passage de la pierre au livre s’effectuerait au Postclassique (950-1521). Le papier provient de l’écorce d’un ficus (Ficus cotinifolia, Ficus padifolia), que l’on réduisait en pulpe, à l’aide de battoirs de pierre. On ajoutait à cette pulpe des liants, pour lui donner plus de résistance. Les feuilles ainsi obtenues étaient ensuite couvertes d’une fine couche de chaux qui servait de support aux inscriptions et aux images. La fabrication du papier remonte au moins au début de notre ère, et les battoirs qui servaient à le fabriquer ont été retrouvés dans l’ensemble de l’aire mésoaméricaine. Ainsi se pose la question de l’existence de manuscrits antérieurs qui n’auraient pas résisté à l’usure du temps. Il ne fait aucun doute que le papier était connu, mais servait-il pour autant de support à l’écriture ? En effet, les usages du papier sont multiples : il peut, par exemple, constituer le matériau de vêtements, de bannières, ou encore de rubans pour les offrandes de sang de l’autosacrifice.

Quelques fragments trouvés lors de fouilles sur des sites mayas du Classique ancien (300-600 apr. J.-C.), comme Uaxactún et Altun Ha, et du Classique récent et terminal (600-950), comme Nebaj ou Copán, suggèrent l’existence de manuscrits dont il est difficile d’estimer le nombre. Les fouilles ont mis au jour des blocs rectangulaires de chaux solidifiée et d’écailles de peinture, souvent dans des tombes de dignitaires. Ce sont les restes de codex dont la partie organique, le papier, s’est décomposée. Dans des conditions exceptionnelles de milieu sec, le papier a même pu se conserver partiellement. Des tests ont permis d’établir la présence sur certains d’entre eux de motifs polychromes, ce qui confirme leur caractère de manuscrit pictographique. Certains des mieux conservés ont été préservés avec l’espoir que de futures techniques permettront d’accéder aux informations contenues dans ces fragments.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Médias de l’article

Codex de Dresde

Codex de Dresde
Crédits : Universal History Archive/ Universal Images Group/ Getty Images

photographie

Codex de Paris

Codex de Paris
Crédits : BnF, Département des Manuscrits. Mexicain 386

photographie

Codex de Madrid

Codex de Madrid
Crédits : Universal Images Group/ AKG-Images

photographie

Codex Grolier

Codex Grolier
Crédits : INAH/ AP/ SIPA

photographie

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Éric TALADOIRE, « CODEX MAYAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/codex-mayas/