CLOÎTRES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Genèse du cloître

Les prototypes syriens

On ne rencontre aucune esquisse de cloître dans les plus anciens établissements monastiques d'Égypte. Le couvent est alors un agrégat désordonné de cellules, de magasins et d'ateliers. N'était la présence d'une église et d'une demeure principale, rien ne distinguerait d'un village ordinaire cette agglomération où bêtes et gens vivaient dans une tranquille promiscuité. Au contraire, les monastères de Syrie présentent, dès le ve siècle, des formes qui semblent annoncer les dispositions classiques des cloîtres d'Occident. L'église Saints-Serge-et-Bacchus d'Umm es-Surab, datée de 489 par une inscription, est flanquée de bâtiments organisés autour d'une cour quadrangulaire pavée, ceinte d'un portique à deux étages ; la colonnade inférieure repose sur un muret. À Deir Sem'ân, la grande stoa du monastère ouest (vie s.) présage non seulement les formes, mais encore les fonctions des cloîtres médiévaux : promenoir pour les moines et les pèlerins (l'hôtellerie donnait directement sur ses galeries) ; refuge contre les intempéries ; campo santo (le portique abrite une série d'arcosolia). L'exemple fameux du monastère d'ed-Deir (ve s. ?) où un vaste atrium précède la basilique pourrait aussi être évoqué à propos de la série, moins importante, il est vrai, des cloîtres médiévaux situés à l'ouest des églises.

Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab

Dessin : Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab

Plan du couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, 489, Umm es-Surab, Syrie 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Il est clair que ces formules syriennes sont nées de l'imitation des constructions profanes de la région et non de préoccupations religieuses précises. On a pu évoquer indifféremment, à propos d'Umm es-Surab, la cour du palais romain de Bosra ou les petites maisons rurales de la Syrie du Sud ; à propos d'ed-Deir, les grandes villas du Hauran, comme celle de Djemerrin.

Cependant, la relation avec les formes locales de la villa rustica sont moins nettes au monastère d'Aïn Tamda en Algérie (début du vie s. ?), et il n'est pas impossible que la cour rectangulaire bordée de bâtiments s'inspire directement de l'architecture monastique syrienne. On notera toutefois que la cour ne comporte pas de portique, cet élément essentiel des futurs cloîtres.

Les silences de la Règle

Sur la transmission éventuelle des formules syriennes à l'Occident, on en est réduit aux conjectures, à cause d'un hiatus archéologique de plusieurs siècles : nous ne connaissons guère la disposition des cloîtres d'Occident avant l'époque carolingienne. On ne peut invoquer jusque-là ni le témoignage des monuments (le cloître de l'abbaye des Trois-Fontaines à Rome ne saurait dater, comme on l'a cru longtemps, du viie s.), ni celui des descriptions (ainsi le cloître de Jumièges, bâti par saint Philibert qui fonda l'abbaye en 654, n'a été décrit que dans la Vita très postérieure, vers 815, de ce saint). Bien plus, aucun texte de caractère réglementaire ne paraît se rapporter au cloître tel que nous l'entendons. Le porticus mentionné dans la règle d'Isidore de Séville, simple allée couverte qui donne accès au jardin du monastère, n'est pas un cloître. Les claustra monasterii de la règle de saint Benoît ne désignent que l'enceinte intérieure du monastère, la clôture qui ne doit pas être franchie sans l'autorisation de l'abbé. Au concile de Francfort (794), au concile de Mayenne (813), on n'entend pas autrement les termes de claustra ou claustrum. Les conciles et les capitulaires de l'époque carolingienne qui régissent la vie des chanoines s'en tiennent au même sens. Ce que les législateurs eurent à cœur de définir, ce fut la forme des bâtiments communautaires – les principaux étaient le dortoir et le réfectoire – à édifier à l'intérieur des claustra. Leurs prescriptions fixèrent en quelque sorte de l'extérieur la forme du cloître, cour centrale de la citadelle monastique, lieu géométrique de la vie commune.

Le plan adressé à l'abbé de Saint-Gall Gozbert, au lendemain du concile d'Aix-la-Chapelle (816-817), et probablement tracé sur les indications de l'abbé Hatton de Reichenau, montre ainsi, indubitablement caractérisées, les formes d'un grand cloître monastique délimité par l'église, le dortoir, le réfectoire et le cellier : l'usage allait fixer ce que les législateurs avaient négligé de définir.

L'incertitude des formes

Dans ces conditions, les irrégularités si souvent constatées dans les dispositions des cloîtres ne sauraient ê [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Médias de l’article

Cour du Palais Medici-Riccardi, Florence

Cour du Palais Medici-Riccardi, Florence
Crédits : K & B News Foto, Florence, Bridgeman Images

photographie

Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab

Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Cloître de la cathédrale de Monreale

Cloître de la cathédrale de Monreale
Crédits : letyg84/ Fotosearch LBRF/ Age Fotostock

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  CLOÎTRES  » est également traité dans :

ABBATIALE ET CLOÎTRE DE MOISSAC - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Christophe MOREAU
  •  • 487 mots

507 Fondation légendaire de l'abbaye de Moissac par Clovis après une victoire décisive sur les Wisigoths à Vouillé. 628 Fondation historique de l'abbaye de Moissac par un moine bénédictin venu de l'abbaye de Saint-Wandrille, saint Ansbert. 1042 L'abbaye est ruinée par le comte de Lomagne. Le comte de Toulouse fera appel aux abbés de Cluny, saint Odilon et saint Hugues pour qu'ils la restaurent. […] Lire la suite

BOYTAC ou BOITAC DIOGO (actif entre 1490 et 1525)

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 150 mots

D'origine française, semble-t-il, venu peut-être du Languedoc, Boytac est par son style l'un des architectes les plus portugais. Chargé par le roi Manuel de voûter la nef de l'église de Jésus à Setúbal en 1495, il imagine de robustes colonnes torses formées de trois tores enroulés en spirale. Avec les frères Diogo et Francisco Arruda, il est un des créateurs du style manuélin, qui est pour le Port […] Lire la suite

CADOUIN ABBAYE DE

  • Écrit par 
  • Élisabeth ZADORA
  •  • 219 mots

Abbaye cistercienne fondée en 1115. L'église de Cadouin (Dordogne), consacrée en 1154, comporte une nef à collatéraux, un transept peu saillant, un chœur terminé en hémicycle et flanqué de deux absidioles s'ouvrant sur les bras du transept. Au-dessus de la croisée du transept, s'élève une coupole sur pendentifs. Au-dessus des grandes arcades à double rouleau légèrement brisées de la nef, un simple […] Lire la suite

CAROLINGIENS

  • Écrit par 
  • Robert FOLZ, 
  • Carol HEITZ
  •  • 12 138 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Vers une formule architecturale synthétique »  : […] À Metz, Chrodegang, premier évêque et chancelier du royaume (742-766) avait organisé son chapitre cathédral à la manière d'une communauté monastique. Autour d'un cloître ( claustrum ) étaient groupées plusieurs petites églises, la plupart de forme basilicale, l'une d'elles – Saint-Étienne – jouant le rôle de cathédrale. Mais les offices liturgiques les plus importants, notamment ceux de Pâques, av […] Lire la suite

CATALOGNE

  • Écrit par 
  • Mathilde BENSOUSSAN, 
  • Christian CAMPS, 
  • John COROMINAS, 
  • Marcel DURLIAT, 
  • Robert FERRAS, 
  • Jean MOLAS, 
  • Jean-Paul VOLLE
  •  • 22 415 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Le second âge roman »  : […] Le passage du premier art roman méridional au second âge roman se manifeste surtout par le progrès de la stéréotomie et de la sculpture monumentale qui lui est liée. C'est à l'abbatiale de Ripoll que la sculpture romane catalane paraît avoir conquis ses lettres de noblesse, vraisemblablement vers le milieu du xii e siècle, avec la décoration de la façade d'un édifice construit aux époques antérie […] Lire la suite

CEFALÙ CATHÉDRALE DE

  • Écrit par 
  • Louis GRODECKI
  •  • 241 mots
  •  • 1 média

Grandiose construction de la Sicile médiévale, la cathédrale de Cefalù fut fondée par le roi Roger II en 1130-1131 pour lui servir de sépulture. Le chœur a sans doute été bâti dans son état premier en 1148, mais des modifications de structure ont retardé l'achèvement de l'église, dont la nef ne fut sans doute édifiée qu'entre 1164 et 1166. L'aspect actuel de l'édifice est très inattendu, car le ch […] Lire la suite

CLOÎTRE DE SAINT-PIERRE DE MOISSAC

  • Écrit par 
  • Christophe MOREAU
  •  • 213 mots

C'est sous l'égide clunisienne et après la reconstruction de l'église abbatiale Saint-Pierre qu'intervinrent les travaux du cloître de Moissac achevé vers 1100. Sur un ensemble de 75 chapiteaux romans surmontant des colonnettes alternativement simples et doubles, 45 sont historiés sur les quatre faces. Ce parti ornemental, favorisé par la situation des scènes placées à hauteur des yeux, tranchait […] Lire la suite

ÉGLISE, architecture

  • Écrit par 
  • Alain ERLANDE-BRANDENBURG
  •  • 8 041 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La réforme monastique »  : […] Il est difficile de juger des conséquences qu'eut la réforme sur l'architecture des monastères existants. Les témoignages sont trop lacunaires pour en tirer une conclusion. Le plan de l'abbaye de Cluny, fondée au début du x e  siècle, demeure irrégulier, ne tenant pas compte des recommandations du concile d'Inden (816-817). Les réformes élaborées à la fin du xi e  siècle pour les Cisterciens et po […] Lire la suite

ELNE CLOÎTRE D'

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 232 mots

Un cloître de cathédrale : la chose n'est pas rare dans les pays catalans, pas plus que la durée des travaux de construction, qui s'échelonnèrent sur près de deux siècles. Seule appartient à l'époque romane la galerie méridionale, où l'on trouve un style également représenté à Ripoll (Catalogne) et à Corneilla-de-Conflent (dans les Pyrénées-Orientales, comme Elne). La robustesse, que confère l'acc […] Lire la suite

ESCHAU CLOÎTRE D'

  • Écrit par 
  • Éliane VERGNOLLE
  •  • 257 mots

Abbaye fondée en 770, en Alsace, par Rémi, évêque de Strasbourg. L'église du xi e siècle est conservée et appartient au type ottonien dit à transept bas. Vers 1130, un cloître lui fut ajouté sur le côté nord. Il fut détruit dès 1292. En 1955, une partie de ce cloître a été remontée au musée de l'Œuvre Notre-Dame à Strasbourg pour présenter les dix groupes de chapiteaux et de tailloirs sculptés re […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Léon PRESSOUYRE, « CLOÎTRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cloitres/