SAUTET CLAUDE (1924-2000)

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Le choix du classicisme

Claude Sautet est né à Montrouge le 23 février 1924. En partie élevé par sa grand-mère maternelle qui l'emmène fréquemment au cinéma, il n'y découvre que des films peu adaptés à l'intérêt d'un garçon de sept ans, comme Le Roman de Marguerite Gautier... De cette époque, il retiendra davantage les grands pique-nique familiaux dans la forêt de Sénart, que l'on retrouvera dans les fêtes et les réunions de copains qui parsèment ses films. Poussé vers la sculpture, il entre ensuite aux Arts décoratifs. Il est surtout marqué par la littérature américaine, la musique de Debussy, Ravel, Stravinski, le jazz, tandis que la guerre le pousse à adhérer au Parti communiste qu'il quittera en 1952. Devenu critique musical à Combat après la Libération, il entre sans conviction particulière en 1946 à l'Institut des hautes études cinématographiques. Assistant de nombreux réalisateurs de toutes catégories, il travaille pour Jacques Becker et collabore à des scénarios. D'ailleurs, il se fera, jusqu'à la fin de sa carrière, une réputation de sauveur de scénarios – « resemeleur » en termes de métier, ce que, à Hollywood, on appelle un script-doctor.

S'il signe un court-métrage (Nous n'irons plus au bois, 1951), puis un long-métrage, dont il n'assure que le suivi technique (Bonjour sourire, 1955), Sautet franchit vraiment le pas avec Classe tous risques, sur proposition de Lino Ventura. Ce qui permet au film d'échapper à la sclérose qu'il sait frapper ceux qui ont suivi un tel parcours à l'intérieur de la profession, c'est moins la qualité du roman de José Giovanni que l'intérêt que le futur réalisateur de Mado ou de Nelly et M. Arnaud porte aux personnages : ainsi de la solidarité et de l'amitié virile, dénuée des clichés machistes traditionnels, qui lie le truand Abel Davos (Lino Ventura) au jeune cambrioleur Stark (Jean-Paul Belmondo). Sautet filme ce « polar » comme un western, d'abord intéressé par ces deux hommes aux abois dans la ville de Milan et par la déchéance d'un « ancien caïd réduit à braquer une banque minable ». Le recherche de chaleur humaine à un moment de la vie où l'on a le sentiment que la vie s'écoule « à côté de soi », telle sera la quête qui meut le héros-type du cinéma de Sautet, et ce jusque dans ses derniers films.

Après un second film policier aussi efficace mais plus extérieur, L'Arme à gauche (1964), Claude Sautet refuse de s'enfermer dans la veine du polar à la française, et c'est avec Les Choses de la vie (1969) que sa carrière prend son envol. Plusieurs facteurs expliquent le succès et l'importance du film à ce moment de l'histoire du cinéma français. 1968 a tourné la page de la nouvelle vague et un retour au cinéma français de qualité s'amorce. En adaptant le roman de Paul Guimard, Sautet montre que ce que l'on appelle parfois péjorativement « classicisme » peut s'accompagner qu'un travail très audacieux sur le récit, aussi bien cinématographique que littéraire. Un accident d'automobile dont l'évocation rythme tout le film permet de construire Les Choses de la vie autour d'une série méticuleusement élaborée de retours en arrière qui nous dépeignent un homme en train de mourir.

Sautet renoue également avec le fameux « réalisme psychologique » autrefois vilipendé, dans ses aspects négatifs, par Truffaut. Il montre ainsi qu'il participe pleinement de la tradition du cinéma français. Au-delà du drame solitairequi était celui d'Abel Davos apparaît la figure centrale du cinéma de Claude Sautet : Pierre (Michel Piccoli), à un tournant de sa vie, hésite entre partir avec Hélène (Romy Schneider) et rompre au nom du fils qu'il a eu de Catherine (Léa Massari). Le film entretisse les déchirements affectifs, psychologiques et moraux de ces personnages adultes affrontés à un choix de vie. On retrouvera la figure d'un homme entre deux femmes, parfois quitté par une femme pour un homme plus jeune : Yves Montand et Michel Piccoli dans Vincent, François, Paul et les autres (1974) ; ou bien ce sera une femme entre deux hommes : Romy Schneider entre Bernard Fresson et Michel Piccoli dans Max et les Ferrailleurs (1971), puis entre Yves Montand et Sami Frey dans César et Rosalie (1972) ; également Ottavio Piccolo entre Michel Piccoli et Jacqu [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « SAUTET CLAUDE - (1924-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-sautet/