LEDOUX CLAUDE NICOLAS (1736-1806)

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Le constructeur prolifique

Né à Dormans en Champagne, boursier d'un des plus célèbres établissements d'enseignement secondaire de la capitale, le collège de Beauvais, Ledoux eut une carrière essentiellement parisienne dont les prolongements en province furent considérables ou prometteurs. Doué d'une imagination exaltée, d'une ténacité et d'un enthousiasme communicatifs, il se plaira, dans sa vie d'artiste, à valoriser sa formation littéraire, sa curiosité philosophique et son sens politique. L'amitié des poètes bucoliques Delille et Saint-Lambert, ses relations avec les physiocrates, avec certains nobles réformistes et financiers de haut rang, comme ses affinités avec les milieux de la musique, du théâtre et de la peinture, illustrent sa vocation encyclopédique et expliquent son ascension rapide dans une profession dont il fut le porte-parole auprès des mécènes et des pouvoirs publics.

Formé au dessin et à la gravure dans l'atelier d'un auteur d'estampes à sujets guerriers et héroïques, Ledoux découvrit la théorie de l'architecture à l'école de J. F. Blondel. Cette éducation, commune à la plupart des grands architectes de sa génération (De Wailly, Boullée, Chalgrin, Peyre, Brongniart, Chambers, parmi bien d'autres français ou étrangers), se poursuivit dans l'agence de Trouard, ancien lauréat de l'Académie, fortement imprégné de l'idéal piranésien à son retour de Rome (1758), et propagandiste dans l'architecture du « goût à la grecque », récemment mis à la mode dans les arts décoratifs. Saluée dans la presse pour son originalité, la première œuvre connue de Ledoux est le somptueux décor de lambris sculptés du café Militaire (1762, aujourd'hui conservé au musée Carnavalet). Elle témoigne d'emblée de son goût pour l'iconographie narrative et de son aptitude à traiter tous les programmes, fussent-ils modestes, avec une monumentalité théâtrale et pittoresque. Très épurée par la suite, cette tendance iconographique deviendra une des marques essentielles de son style, une des données fondamentales de sa théorie.

Nommé en 1764 architecte-ingénieur des Eaux et Forêts, Ledoux se partagea durant une dizaine d'années entre ses chantiers de province et une clientèle parisienne qui célébrait avec ostentation les bienfaits de la paix de Paris de 1763 en s'installant dans de somptueux hôtels. L'idéologie ledolcienne, transmise plus tard par le livre de 1804, s'attachait déjà à promouvoir cet équilibre idéal entre, d'une part, l'activité privée de l'architecte mondain au service de la noblesse et du pouvoir de l'argent et, d'autre part, les devoirs civiques de l'homme de l'art, responsable de l'aménagement du territoire sous l'autorité de l'État. Aux travaux modestes du début, ponts, églises de villages ou décor religieux (chœur de la cathédrale d'Auxerre, 1764) en Bourgogne et en Champagne, s'ajoutèrent bientôt de superbes demeures, édifiées entre 1763 et 1773 : parmi les plus célèbres, les hôtels d'Hallwyl, de Montmorency, d'Uzès, de Mlle Guimard, de Mlle de Saint-Germain, le pavillon Tabary, le pavillon de Mme du Barry à Louveciennes, les châteaux de Benouville (Calvados) et de Maupertuis (Seine-et-Marne), les écuries de l'hôtel des Équipages à Versailles...

Nommé inspecteur des Salines de Lorraine et de Franche-Comté (1771), puis architecte de la Ferme générale (1773), Ledoux agrandit son rayon d'action à d'autres provinces où il connut son heure de gloire à la tête d'immenses chantiers. Le plus extraordinaire reste celui de la Saline royale d'Arc-et-Senans dans le Doubs (1774-1779) : la première usine « noblement » architecturée de l'époque moderne ! Suivirent : le grenier à sel de Compiègne (1775), le théâtre de Besançon (1776-1784), le palais de justice et les prisons d'Aix-en-Provence (premier projet 1776, fondations 1786, chantier arrêté en 1792, abandonné en 1802). Une clientèle de fermiers généraux, de banquiers anoblis et d'hommes d'affaires, à la suite de l'aristocratie militaire qui favorisa ses débuts, mit à profit alors les talents d'un artiste bien en cour et devenu très à la mode. Ledoux participa ainsi à l'urbanisme paysager des quartiers nord-ouest de Paris sous le règne de Louis XVI, au Faubourg-Poissonnière et à la Chaussée-d'Antin, où il éleva notamment l'hôtel Thélusson (1781), dans des [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-I-Sorbonne, directeur du centre Ledoux

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Pour citer l’article

Daniel RABREAU, « LEDOUX CLAUDE NICOLAS - (1736-1806) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-nicolas-ledoux/