CINQUIÈME RÉPUBLIQUELes années Mitterrand (1981-1995)

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Le premier septennat : de l'espoir de changement au désaveu

Le président Mitterrand entre en fonction le 21 mai 1981. Il met son septennat sous les auspices des grands ancêtres qu'il va honorer au Panthéon : Jean Jaurès, inspirateur du socialisme, Jean Moulin, symbole de la Résistance, et Victor Schoelcher, qui abolit l'esclavage, symbole des idéaux universalistes et de l'égalité entre les humains. Dès le 22 mai, il nomme un Premier ministre, Pierre Mauroy, maire de Lille, qui semble capable de faire travailler ensemble les différentes tendances du Parti socialiste. Comme il l'avait annoncé, il dissout l'Assemblée nationale, des élections législatives ont lieu en juin de manière à donner au nouveau pouvoir une majorité parlementaire pour mettre en œuvre le programme du nouveau président, élu sur la base de 110 propositions. Le gouvernement Mauroy annonce d'ailleurs à quelques jours des élections des mesures susceptibles de favoriser le succès électoral : augmentation de 10 p. 100 du S.M.I.C., revalorisation des allocations familiales et de l'allocation logement, annonce de la création d'un nombre important d'emplois publics. La droite battue est très divisée entre partisans de Jacques Chirac et de l'ex-président Giscard d'Estaing, les seconds accusant les premiers d'avoir contribué à sa défaite ; elle réussit pourtant à s'unir pour aller au scrutin sous l'étiquette U.N.M., Union pour une nouvelle majorité. Des candidats uniques sont désignés dans de très nombreuses circonscriptions, les primaires internes à la droite étant limitées à 88. À gauche, socialistes et communistes adoptent un accord électoral classique (sur la base de divergences reconnues) : chaque parti présente un candidat, mais celui qui aura obtenu le plus de voix au premier tour bénéficiera d'un désistement automatique de l'autre tendance pour le second tour.

François Mitterrand, 1981

Photographie : François Mitterrand, 1981

François Mitterrand (1916-1996) lors de l'élection présidentielle de mai 1981 qui le portera au pouvoir. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Photographie : Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Bien qu'impopulaire au cours de son mandat de premier chef de gouvernement de François Mitterrand, Pierre Mauroy avait fini par incarner la période glorieuse et conquérante du socialisme français. La droite voyait en lui une survivance archaïque, la gauche un symbole des espoirs du 10 mai 1981. 

Crédits : Francis Apesteguy/ Getty Images

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Dès le premier tour, le 14 juin 1981, les caractéristiques de ce scrutin sont très claires. L'abstention est très élevée (29,1 p. 100) ; un nombre important d'électeurs de droite et du centre, estimant qu'il fallait laisser sa chance au nouveau pouvoir, ne s'est pas rendu aux urnes. Si le P.C.F. fait un score très voisin de celui de l'élection présidentielle, les candidats socialistes obtiennent près de 38 p. 100 des suffrages exprimés. Au total, la gauche est très largement majoritaire dans le pays. Le deuxième tour tempère à peine le raz de marée socialiste : le P.S. et le M.R.G., avec 285 élus, obtiennent largement, à eux seuls, la majorité absolue (alors de 246 sièges sur 491). Le P.C.F. n'a plus que 44 députés (contre 86 auparavant) ; le RPR, 88 (contre 155) ; l'U.D.F., 62 (contre 119). Pierre Mauroy remanie son gouvernement : quatre ministres communistes y font leur entrée, promettant une solidarité sans faille au gouvernement.

Des réformes très importantes

Élu pour mettre en œuvre un changement politique d'envergure, le président Mitterrand veut aller vite. Il souhaite notamment impulser une nouvelle politique économique pour réduire les inégalités sociales et relancer l'emploi. Le premier objectif se traduit surtout par la création de l'impôt sur les grandes fortunes, le second par l'octroi d'une cinquième semaine de congés payés pour tous, la réduction de la semaine de travail à 39 heures sans diminution de salaires, la retraite à 60 ans. Le succès ne semble pas au rendez-vous puisque le chômage atteint 2 millions de personnes en octobre 1981, l'inflation continue à grimper et la croissance forte des dépenses publiques oblige au même moment à une première dévaluation du franc. Ces difficultés génèrent les premières divisions de la majorité : à l'automne de 1981, Jacques Delors, ministre de l'Économie et des Finances, se prononce pour une pause dans les réformes, ce qui met le Premier ministre en situation difficile.

Des réformes de structures très importantes sont mises en œuvre au même moment. Après une longue bataille parlementaire (nombreux amendements de l'opposition, sanction de certains articles par le Conseil constitutionnel, nouvelle loi adoptée selon la procédure du fameux article 49.3), les très grands groupes industriels des secteurs clés de l'économie sont nationalisés ainsi que l'essentiel du secteur bancaire.

Une autre grande réforme concerne la décentralisation avec les lois Defferre de 1982-1983. La tutelle administrative sur les décisions des communes et conseils généraux est supprimée, le président du conseil général devient l'exécutif du département à la place du préfet, la région devient une collectivité territoriale, avec une assemblée qui sera élue au suffrage universel direct et dont le président sera aussi doté du pouvoir exécutif, des compétences nouvelles sont transférées aux régions et aux départements, un régime régional spécial est établi pour la Corse. Ajoutons aux réformes de structures l'abolition de la peine de mort, conformément aux engagements pris par François Mitterrand au cours de la campagne présidentielle, la suppression de la Cour de sûreté de l'État et des tribunaux militaires.

Au cours de l'année 1982, d'autres réformes de structures voient le jour. Les lois Auroux modifient le Code du travail et renforcent sensiblement les droits des travailleurs dans l'entreprise. La loi Quilliot du 22 juin modifie les rapports entre propriétaires et locataires au bénéfice des seconds. Après la légalisation des radios libres privées à la fin de 1981, la loi sur l'audiovisuel de 1982 crée une Haute Autorité de l'audiovisuel. Le secteur audiovisuel ne sera plus contrôlé par le pouvoir politique mais par un organe indépendant dont la désignation est calquée sur celle du Conseil constitutionnel. Cette Haute Autorité supprime le monopole public sur l'audiovisuel et régule le fonctionnement des chaînes publiques et privées. Elle attribue les droits à émettre et choisit les dirigeants des chaînes publiques.

Le progressif « tournant de la rigueur »

Les élections cantonales de mars 1982 montrent que le soutien populaire fléchit : au lieu de gagner des présidences de conseils généraux comme elle le pensait, la gauche en perd 8. En juin 1982, les difficultés économiques se poursuivant, une seconde dévaluation est décidée, les salaires et les prix sont bloqués, le gouvernement lance une politique d'économies budgétaires, les socialistes amorcent « le tournant de la rigueur ». Le gouvernement attendra les élections municipales de mars 19 [...]

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François Mitterrand, 1981

François Mitterrand, 1981
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Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984
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Sabotage du Rainbow Warrior

Sabotage du Rainbow Warrior
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Margaret Thatcher et François Mitterrand, 1986

Margaret Thatcher et François Mitterrand, 1986
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  • : professeur émérite de science politique à Sciences Po Grenoble, chercheur au laboratoire Pacte (UMR 5194, CNRS/ université Grenoble Alpes/Sciences Po Grenoble)

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Pierre BRÉCHON, « CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - Les années Mitterrand (1981-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinquieme-republique-les-annees-mitterrand-1981-1995/