CINÉMA ET OPÉRA

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L'opéra porté au cinéma

Au temps du muet

Dès son origine, le cinéma a puisé dans le répertoire opératique : d'une part, par besoin de situations dramatiques éprouvées, et, d'autre part, par volonté de s'acheter une respectabilité culturelle. Rappelons que le cinéma, avec le kinétoscope de Thomas Edison, a vu le jour dans les foires. Ainsi Georges Méliès tourne un Faust aux enfers en 1903, Cecil B. DeMille une Carmen en 1915, avec Geraldine Farrar. Cette diva fut loin d'être la seule à « faire l'actrice ». Il suffit de citer quelques noms parmi la longue liste des cantatrices de l'époque qui sont passées devant la caméra : Lina Cavalieri, Gabriella Besanzoni, Mary Garden. C'est que, dès les débuts du cinéma, la voix de soprano s'est comme transférée vers le visage féminin à travers les gros plans, transis d'une vibration extatique, de divas puis de vamps et de stars. Il est même probable, comme le note le critique de cinéma Floreal Peleato, que « Griffith, King, Pabst ou Borzage ont scruté le visage des femmes à défaut d'entendre leur voix, et que le monologue en off, si présent dans le mélodrame, a peu à peu acquis le statut d'un chant débarrassé de ses atours ».

Le Chant de Bernadette, H. King

Photographie : Le Chant de Bernadette, H. King

Jennifer Jones dans Le Chant de Bernadette (1943), réalisé par Henry King et inspiré de la vie de Bernadette Soubirous. 

Crédits : Hulton Getty

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Ce n'est donc pas seulement à la transposition et à la citation que se résume, à l'époque du cinéma muet, l'influence de l'opéra sur le septième art. Dès l'heure d'Abel Gance, de Victor Sjöström, de Friedrich Wilhelm Murnau, le cinéma semble partager avec l'opéra, et cela dans sa forme même, une vocation et un style lyriques. Ainsi le musicologue Carlo Piccardi note, dans Cinémémoire : films retrouvés, films restaurés (1991) : « La récitation dans les films muets ne se déroulait pas au rythme de la déclaration des mots mais bien plutôt à celui de la musique, dans le sens des gestes qui se développaient en forme dilatée ; semblables aux formes hyperboliques typiques des chanteurs dans l'opéra. » Plus tard, certains succès de l'histoire du cinéma auront plus d'un point commun avec le grand opéra, cette forme façonnée au xixe siècle où se juxtaposent et s'intercalent ensembles, tableaux, chœurs et scènes de foule afin d'exalter l'épopée historique d'un peuple. Citons en vrac : Naissance d'une nation (David Wark Griffith, 1915), Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939), Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1945), Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa, 1954), Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille, 1956), Docteur Jivago (David Lean, 1965), Le Guépard (Luchino Visconti, 1963), etc.

Faust, F. W. Murnau

Photographie : Faust, F. W. Murnau

L'acteur suédois Gösta Eckmann tient le rôle du magicien et alchimiste créé par Goethe, dans Faust, un film de F. W. Murnau (1926). 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Naissance d'une nation, D. W. Griffith

Photographie : Naissance d'une nation, D. W. Griffith

Les frères Lumière avaient inventé le cinématographe. On pourrait dire que D.W. Griffith, lui, invente le cinéma. Goût de la démesure dans l'évocation historique, cadrages inédits, efficacité d'un récit qui tire le meilleur parti de formes telles que l'épopée ou le feuilleton : ce... 

Crédits : Bettmann/ Getty Images

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Les Dix Commandements

Photographie : Les Dix Commandements

Interprété par Charlton Heston, Moïse descend du Sinaï, portant les Tables de la Loi, dans Les Dix Commandements, un péplum de Cecil B. DeMille (1956). 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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L'avènement du cinéma sonore

Si l'invention du cinéma sonore pousse le septième art à intégrer toutes les formes de chant (opérette, chansonniers, revues, comédies musicales, chansons des rues), on continue de transposer à l'écran des œuvres du répertoire (Max Ophuls adapte La Fiancée vendue de Bedřich Smetana en 1932, Abel Gance reprend Louise de Gustave Charpentier en 1939). Cependant, le cinéma a surtout dès lors volontiers recours à la musique d'opéra pour renforcer la puissance dramatique d'une séquence. Et, cela, pour le meilleur comme pour le pire. En effet, l'utilisation, en guise de bande sonore, d'extraits d'opéra est souvent une facilité car le rapport de la musique à l'image n'y est pas construit, telle aria ou tel prélude ne servant qu'à affirmer ou à renforcer la dimension tragique, mythologique ou sentimentale de l'histoire racontée. Au contraire, finement intégrés à la trame d'un film, la traversant discrètement, cette même aria et ce même prélude peuvent, en mettant l'accent sur un sentiment particulier, laisser affleurer le sens secret et profond d'une œuvre. C'est le cas par exemple pour Atlantic City (Louis Malle, 1980), Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), Out of Africa (Sydney Pollack, 1985), Chez les heureux du monde (Terence Davies, 2000), Two Lovers (James Gray, 2008).

Georges Thill

Photographie : Georges Thill

La soprano américaine Grace Moore (1898-1947) et le ténor français Georges Thill (1897-1984) interprètent les rôles de Louise et de Julien dans le film Louise (1938), d'Abel Gance, adapté de l'opéra éponyme du compositeur français Gustave Charpentier (1860-1956). 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Le film-opéra

Avec la réussite artistique et commerciale de La Flûte enchantée d'Ingmar Bergman, l'année 1975 mar [...]

La Flûte enchantée, d'Ingmar Bergman d'après Mozart

Photographie : La Flûte enchantée, d'Ingmar Bergman d'après Mozart

Le ténor autrichien Josef Köstlinger interprète le rôle de Tamino dans le film La Flûte enchantée (1975) d'Ingmar Bergman. Cette mise en scène du chef-d'œuvre de Mozart, tournée dans le célèbre Théâtre du château royal de Drottningholm, près de Stockholm, marque une date dans... 

Crédits : TV2/ The Kobal Collection/ Picture Desk

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Le Chant de Bernadette, H. King

Le Chant de Bernadette, H. King
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Jean-Christophe FERRARI, « CINÉMA ET OPÉRA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-et-opera/