CINÉMA (Cinémas parallèles)Le cinéma documentaire

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Les « réserves » de production

Le documentaire ne bénéficie pas des attraits qui font le succès du cinéma dit de fiction, qu'il serait plus exact d'appeler cinéma romanesque, en raison de la part qu'il fait à l'intrigue et aux personnages, d'autant plus fascinants qu'ils sont incarnés par des acteurs réputés. Si le dédain dans lequel on tient le documentaire peut se justifier par un niveau souvent médiocre, on doit remarquer que le niveau tout aussi médiocre d'un grand nombre de films romanesques n'a jamais suscité pareil rejet de la part des circuits de distribution. Par définition, le documentaire ne peut s'accommoder de l'emploi d'acteurs en tant que substituts de personnages réels. S'il use à sa manière du récit, il ne peut guère avoir recours qu'exceptionnellement au suspense. La forme romanesque qui s'est le plus rapprochée du documentaire est le néo-réalisme italien de l'après-guerre, mais un acteur non professionnel reste un acteur, et un scénario, même fondé sur une intrigue dépouillée, reste un modèle contraignant pour le tournage. Quant au tournage lui-même, il relève en partie de la mise en scène, mais il n'y a rien de commun entre le tournage tributaire de l'événement, même provoqué, et la direction d'acteurs dans le lieu et au moment choisis par le réalisateur.

La demande du public ne s'exprimant guère, faute de canaux de retour, le documentaire ne peut prospérer que dans des îlots de production. Historiquement, on peut recenser les principaux cas de figure : les films de commande, sans rentabilité directe, et les films de circonstance, issus du volontarisme militant ou artistique, pas forcément incompatibles.

Les films de commande

Que la commande soit ou non du mécénat déguisé, elle émane de quatre sources principales :

– le secteur marchand, plus en quête d'une image de marque que d'une publicité directe, en général confiée à un autre secteur. Ainsi, le documentaire fondateur, Nanouk (1920-1921), résultait d'une commande de la maison de fourrures Révillon frères. Robert Flaherty sera soutenu par la Standard Oil pour Louisiana Story (1948), son dernier film ;

– le secteur étatique, quasi institutionnel dans les pays socialistes d'avant 1990, dont le meilleur exemple dans les pays démocratiques a été l'Office national du film (ONF) du Canada, qui a promu l'une des meilleures écoles documentaires du monde. En certaines situations difficiles, le cinéma documentaire est requis pour soutenir l'effort de guerre (c'est le cas célèbre de la série Pourquoi nous combattons, créée par le gouvernement américain pendant la Seconde Guerre mondiale sous la direction de Frank Capra). Des administrations dans le domaine de l’agriculture, de l’éducation et de la santé, nationale ont aussi constitué des cinémathèques, encourageant la production dans leur domaine d'activité, par financement direct ou promesse d'achat de copies ;

– le secteur des organisations militantes, politiques, syndicales, humanitaires, demandeur de films de propagande, terme péjoratif qui peut recouvrir cependant le meilleur et le pire : Terre d'Espagne (1937), de Joris Ivens (1898-1989), résulte d'une commande des organisations antifascistes américaines ;

– la télévision, dernière venue, énorme consommatrice de programmes, ne distingue pas toujours entre reportages, films pédagogiques et documentaires, mais entretient en général un département spécialisé (Arte, France 3). Les films de Frederik Wiseman, l'un des meilleurs documentaristes contemporains, ont été fréquemment soutenus par la chaîne TV publique américaine PBS.

La commande inspire souvent la méfiance. Le commanditaire, en effet, peut entendre influencer le contenu, et même la forme, selon la propre idée qu'il a de lui-même. Hôtel des Invalides (1951), de Georges Franju, n'a pas vraiment séduit le ministère des Armées. Le Chant du styrène (1958), film « industriel » d'Alain Resnais et Raymond Queneau, a circulé quelque temps avec un commentaire réécrit – mais sans la signature des auteurs. La censure a posteriori est cependant assez rare, soit parce que le commanditaire peut orienter le film avant tournage, soit parce que, s'adressant à un auteur réputé, il préfère bénéficier d'un nom illustre e [...]

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Mondovino

Mondovino
Crédits : Goatworks Films/ Les films de la croisade/ The Kobal Collection/ Picture Desk/ D.R.

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L'Homme d'Aran, R. Flaherty

L'Homme d'Aran, R. Flaherty
Crédits : Album/ AKG-images

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Écrit par :

  • : écrivain et critique de cinéma, ancien chargé de cours à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot, docteur de troisième cycle, université de Paris-VII-Denis-Diderot
  • : économiste, critique de cinéma

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Pour citer l’article

Guy GAUTHIER, Daniel SAUVAGET, « CINÉMA (Cinémas parallèles) - Le cinéma documentaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-cinemas-paralleles-le-cinema-documentaire/