CHINOIS CINÉMA

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La révolution culturelle et ses échos

L’initiative du cinéaste déborde pourtant parfois ce cadre étroit, à la faveur d’une conjoncture politique qui permet davantage d’audace : en 1956, quand les créateurs sont incités à faire s’épanouir « cent fleurs » ; dans les trois ou quatre premières années soixante, avant que Mao Zedong ne réagisse vivement en rappelant (1962) qu’il « ne faut jamais oublier la lutte de classes » ; en 1978-1987, par la suite... À ces courtes périodes de libéralisme relatif succède généralement un mouvement de rectification plus où moins brutal : la campagne antidroitière de 1957, la tempête politique de la révolution culturelle.

Celle-ci frappe, à peu d’exceptions près, l’ensemble des milieux cinématographiques, et principalement les vétérans, auxquels on reproche l’orientation politique qu’ils ont donnée au cinéma dès les années trente ; ils seront battus, soumis à d’innombrables séances de critique, dénoncés à la vindicte du peuple, soumis au travail forcé dans des campagnes lointaines, jetés en prison où plusieurs trouveront la mort. La quasi-totalité des films réalisés avant 1966 seront bannis des écrans. Nombre de studios fermés, toutes les revues interdites, les cours interrompus dans les diverses écoles de cinéma ; on fait table rase de toute l’histoire antérieure du cinéma sous la férule de Jiang Qing, ancienne actrice des premières années trente à Shanghai. Elle prétend créer un cinéma entièrement nouveau, à l’exemple du théâtre d’opéra auquel elle s’est attaquée dès 1964. Le résultat est maigre : sept films en six ans, qui tous reprennent des opéras bâtis sur des thèmes contemporains, selon des schémas strictement définis par elle.

Si une certaine normalisation s’amorce en 1972 et permet, avec le retour de plusieurs réalisateurs de talent, de tourner quatre films de fiction, les débats rebondissent en 1975 et 1976 à propos de plusieurs films nouveaux, les diverses lignes politiques s’affrontant alors par films interposés.

La crise se dénoue en octobre 1976 avec l’arrestation de Jiang Qing et de ses amis politiques. Une ère nouvelle s’ouvre. L’activité cinématographique reprend peu à peu sous toutes ses formes : revues, écoles, studios. Dès 1977, on tourne vingt-quatre films de fiction, puis quarante-six en 1978, soixante-cinq en 1979, année record pour l’audience, qui compte 29,3 milliards de spectateurs, puis quatre-vingt-deux en 1980 et jusqu’à cent quarante-quatre en 1984. Leur nombre se stabilise autour de cent vingt par an à la fin des années 1980. Si la création, en mars 1980, d’une société d’étude du cinéma mondial semble annoncer une ouverture sur le monde extérieur, un an plus tard les cinéastes chinois sont officiellement mis en garde contre l’« imitation servile » des films étrangers, grief souvent repris plus tard contre les réalisateurs dits de la cinquième génération, pour la plupart sortis de l’Institut du cinéma de Pékin en 1982.

La nomination du réalisateur Wu Tianming à la tête du studio de Xian (qui compte cinquante metteurs en scène), dont il fera un véritable phare de la production cinématographique en facilitant les premiers pas de plusieurs de ces jeunes espoirs, l’ouverture de nouveaux studios, tel celui de la province du Guangxi, le souffle nouveau qui en anime d’autres, comme le studio Emei de Chengdu, suscitent une émulation novatrice à laquelle les plus anciens resteront étrangers, voire hostiles. Ainsi le studio de Shanghai fait figure désormais de temple du classicisme conservateur. Nouveaux signes d’ouverture ? En novembre 1984 se tient à Pékin un symposium international du cinéma ; en décembre, les studios sont autorisés à diffuser eux-mêmes leur production sans passer par les organismes étatiques. Mais, devant les deux cents délégués d’une conférence nationale sur l’industrie cinématographique, le directeur du Bureau du film annonce que le public a diminué de deux milliards en trois ans. Trop de films, dit-il, sont monotones, non conformes à la réalité de la vie, stéréotypés : il faut « éradiquer » la tendance ultragauchiste, en finir avec les films-slogans que le public ne veut plus voir ; la qualité doit l’emporter sur la rigueur politique. Ce sera aussi le maître mot du cinquième congrès de l’Association des cinéastes chinois, en avril 1985. La Chine compte alors, quatre-vingts ans après la sortie de son premier film, 182 948 « unités de projection ». Mais quarante mille des cent cinquante mille équipes rurales [...]

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Écrit par :

  • : journaliste, écrivain, historien du cinéma chinois
  • : journaliste
  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Régis BERGERON, Adrien GOMBEAUD, Charles TESSON, « CHINOIS CINÉMA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-chinois/