CINÉMA (Aspects généraux)Les techniques du cinéma

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Studios, éclairage, prises de vues

Lumière tournait ses films dans la rue. On dit aujourd'hui « en extérieurs » ou en décors naturels (intérieurs d'appartements réels, etc.). Méliès, homme de théâtre, construisait un studio, sorte de hangar où il installait ses décors. Aujourd'hui, le cinéma utilise concurremment ces trois méthodes, studio, décors naturels, extérieurs.

Studios

Ce sont d'immenses ensembles groupant tous les moyens de production de plusieurs films tournés simultanément. En France, les studios Éclair à Épinay, ceux de Billancourt, d'Arpajon, de Bry-sur-Marne, de La Victorine à Nice, comme à l'étranger ceux de Hollywood aux États-Unis, de Cinecittà à Rome, de Pinewood et d'Elstree dans les environs de Londres sont célèbres.

Chaque studio comprend plusieurs plateaux ou sets. Le plateau est un vaste hangar sans fenêtres et complètement isolé des bruits extérieurs. De lourdes portes complètent l'insonorisation. Elles sont munies de voyants lumineux rouges qui en interdisent l'accès pendant les prises de vues (« silence, on tourne »). Les dimensions d'un plateau sont très variables. Certains dépassent 10 mètres sur 50 mètres. Les plus courants ont de 30 à 40 mètres sur 25 mètres. En hauteur, ils sont équipés de passerelles sur lesquelles les machinistes et les électriciens fixent les projecteurs. On dispose d'une hauteur de 10 à 20 mètres sous les passerelles.

Éclairage des studios

L'éclairage en studio est totalement artificiel. Chaque plateau dispose d'un équipement électrique de grande puissance. On compte de 300 à 500 watts par mètre carré. Les rampes de branchement pour les projecteurs sont fixes ou mobiles. On les appelle des pianos.

Les projecteurs sont de types très divers. Ils sont destinés à fournir deux modes d'éclairage, la lumière d'ambiance est fournie par des dispositifs d'éclairage non directifs. Des rampes de lampes flood sont utilisées souvent en lumière réfléchie (panneaux blancs ou plafonds). La lumière d'effet doit pouvoir être dirigée sur le sujet. Le faisceau peut être concentré ou élargi à volonté. Elle est fournie par des projecteurs appelés spots. Leur puissance varie de 250 watts à 10 kilowatts. Le jargon technique les appelle aussi « casseroles ».

Pour éclairer les grandes scènes et donner des « effets jour », les arcs charbon ont laissé la place aux arcs en enceinte étanche du type Metallogen H.M.I., dont la puissance s'échelonne entre 500 et 12 000 watts. On emploie aussi ces arcs en extérieur pour éliminer les ombres trop noires dues à un soleil trop dur.

Tournage en décors naturels

Le tournage en décors naturels est handicapé par l'emploi d'un éclairage limité (puissance électrique disponible beaucoup plus faible qu'en studio), et par la nécessité de composer avec la lumière naturelle toujours variable : celle qui arrive par les fenêtres et qu'on peut difficilement maîtriser (on utilise souvent les gélatines collées aux fenêtres pour réduire la lumière naturelle qui arrive de l'extérieur).

Depuis 1959, le chef-opérateur français Raoul Coutard a développé les techniques de prises de vues en décors naturels. Et les réalisateurs du jeune cinéma ont fondé toute une esthétique sur l'utilisation du décor naturel, en respectant le plus possible la lumière naturelle. Les progrès importants dans la fabrication des émulsions de très haute sensibilité ont permis de réduire les sources d'éclairage artificiel. On peut, depuis plusieurs années déjà, tourner à la lumière de quelques bougies (Barry Lyndon de Stanley Kubrick et La Chambre verte de François Truffaut). Dans Alphaville de Jean-Luc Godard (1965), le visage d'Eddie Constantine s'éclairait quand il tirait une bouffée de sa cigarette. Désormais, le film est presque aussi sensible que l'œil.

En revanche, le film supporte difficilement les contrastes de lumière. Et la plus grande partie de l'art de la prise de vues en extérieurs ou en décors naturels consiste à interpréter les contrastes de la nature, à les réduire, à éclairer les parties d'ombre pour que l'émulsion ne donne pas de grandes surfaces charbonneuses (sous-exposition) avec de grandes surfaces blanches (surexposition). Outre les installations des « plateaux », les studios disposent de salles de montage et de salles de projection des « rushes », équipés en « double bande » ; cela permet la vision de la copie de travail image en synchronisme avec la bande sonore magnétique perforée, « repiquée » à partir de la bande lisse originale, et conduit à un premier choix des prises jugées bonnes par le réalisateur.

Les salles de montage sont équipées de tables de montage recevant une ou deux bandes image et jusqu'à trois bandes sonores perforées. La synchronisation entre ces différentes bandes se fait mécaniquement à partir du « clap », du code temporel ou « au mouvement ». Tous les éléments sont coupés et assemblés à l'adhésif.

Cinéma : montage de la pellicule

Photographie : Cinéma : montage de la pellicule

Montage d'un film dans les années 1940. Jusqu'à une époque relativement récente, les opérations sont demeurées manuelles. 

Crédits : Walter Sanders/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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Avec l'évolution de l'informatique, il est devenu possible d'enregistrer les sons et les images sur le disque dur de micro-ordinateurs et de pratiquer le montage virtuel. Seules les adresses de début et de fin de chaque élément monté, son ou image, sont mémorisées. Après avoir conçu le montage sur l'écran de l'ordinateur, il est possible de visualiser, en vidéo, le montage en temps réel, sans avoir à faire aucun assemblage physique, puis de le modifier sans limite ; les séquences s'enchaînent automatiquement à partir des adresses d'entrée et de sortie.

La conformation du négatif original avec ces montages informatisés s'effectue à partir d'un code enregistré en manchette du négatif sous forme d'un code à barres (« K. code » Kodak) identique au « piétage », numéro de bord imprimé sur le négatif et augmentant d'une unité tous les pieds (30,4 cm).

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Cinéma parlant: premières tentatives

Cinéma parlant: premières tentatives
Crédits : Collection des appareils/ Cinémathèque française

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Cinéma: la musique du muet

Cinéma: la musique du muet
Crédits : Bettmann/ Getty Images

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Jeux d'optique et illusion de mouvement

Jeux d'optique et illusion de mouvement
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Phénakistiscope de Joseph Plateau

Phénakistiscope de Joseph Plateau
Crédits : Stéphane Dabrowski/ Cinémathèque française

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Écrit par :

  • : directeur technique à la Commission supérieure technique du cinéma
  • : cinéaste diplômé d'État (E.N.P.C.), lycée Louis-Lumière, directeur de la photographie et conseiller technique pour le cinéma, lauréat de la Société d'encouragement pour la recherche et l'invention, expert judiciaire
  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-V-René-Descartes, critique de cinéma
  • : ingénieur diplômé de l'École supérieure d'électricité, ingénieur en chef du département télévision de la société Thomson-C.S.F.
  • : opérateur prises de vues, enseignant à l'École nationale supérieure Louis-Lumière professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne homme de lettres

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Pour citer l’article

Michel BAPTISTE, Pierre BRARD, Jean COLLET, Michel FAVREAU, Tony GAUTHIER, « CINÉMA (Aspects généraux) - Les techniques du cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-aspects-generaux-les-techniques-du-cinema/