CINÉMA (Aspects généraux)L'industrie du cinéma

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L'organisation et les acteurs économiques de l'industrie cinématographique

Un film de cinéma constitue à la fois une œuvre d'art et un produit fabriqué. Chacune de ces deux composantes représente un processus d'élaboration et de transformation particulier ; elles se traduisent, par exemple, par des droits différents : le producteur est le propriétaire du négatif et des droits d'exploitation, l'auteur, pour sa part, reste le propriétaire « moral » de l'œuvre, sans l'accord duquel aucune transformation ou modification n'est possible.

Film : œuvre et produit

Dessin : Film : œuvre et produit

Le film : une œuvre et un produit. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Du point de vue strictement économique, l'industrie cinématographique s'organise donc essentiellement autour d'une structure de production (l'élaboration des films), d'une distribution (les grossistes) et d'un marché de détaillants qui organisent la rencontre entre les spectateurs et les films, que cette rencontre s'opère dans les salles de cinéma, par cassette vidéo ou sur des écrans de télévision. Chacun de ces différents segments possède sa propre économie et sa propre dynamique, ce qui explique le caractère paradoxal de certaines tendances que connaît l'ensemble de la filière cinéma. Depuis plusieurs dizaines d'années en effet, l'économie du cinéma en France est marquée par des mouvements contradictoires : une fréquentation qui baisse régulièrement, une production de films qui reste, en nombre, globalement stable, des investissements qui augmentent légèrement. Car l'émergence de la télévision a constitué, pour l'exploitation et la distribution, la source majeure de difficultés en détournant massivement les spectateurs des salles obscures ; en revanche, son besoin d'images et de films a aussi représenté une opportunité extraordinaire pour les producteurs et les techniciens dans leur ensemble.

La production

Pour comprendre la structure actuelle de la production française, il importe de souligner quelques-unes de ses caractéristiques essentielles. Cette production est marquée tout d'abord par l'absence d'économie d'échelle. Dans l'industrie de la presse, un accroissement des tirages diminue la part des coûts fixes – dépenses immobilières, de management, de rédaction, qui restent les mêmes quel que soit le tirage – dans le prix de revient de chaque exemplaire d'un quotidien, et peut donc représenter une économie d'échelle appréciable. En revanche, dans l'industrie du film, les coûts de production sont imputés à l'ensemble d'une production unitaire. Le produit film étant un prototype, la recherche d'économie d'échelle est interdite par les conditions mêmes de fabrication ; la planification de la production pour les films, les procédures habituelles de recherche et de développement y sont extrêmement limitées. La production de films reste un acte arbitraire et subjectif, dans lequel une initiative individuelle s'exprime et s'engage. À l'opposé, la fabrication de programmes à la télévision est une production massive et continue, mise en œuvre à l'aide de systèmes très structurés – entreprises publiques et réseaux commerciaux –, de type bureaucratique : des administrations générales assurent une gestion permanente, des recettes régulières permettent l'établissement de budgets annuels.

Un producteur de cinéma, Alain Roca

Vidéo : Un producteur de cinéma, Alain Roca

Alain Rocca est directeur de la maison de production Lazannec, qui a financé de nombreux films tels que Un monde sans pitié (Éric Rochant, 1989), L'Odeur de la papaye verte (Tran Nu Yên Khê, 1993), La Haine (Mathieu Kassovitz, 1995) ou encore Total Western (Éric Rochant, 2000). Il nous... 

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Le postulat fondamental – en science économique – de l'égalité de l'offre et de la demande ne semble pas non plus pouvoir être appliqué aux liaisons qui s'établissent sur les marchés des films. En général, lorsque le prix d'un service ou d'un produit est fixé sur un marché, il est le résultat de deux séries d'influences : celle des offrants et celle des demandeurs. De plus, les quantités offertes ne sont pas fixes : elles dépendent du prix pratiqué sur le marché. Il y a donc deux variables essentielles : prix et quantité. Or, dans le cinéma, le prix (celui d'un ticket d'entrée, par exemple) ne résulte pas d'un équilibre entre une offre et une demande. Il est établi de façon homogène pour l'ensemble de l'exploitation, en fonction de la qualité des salles et parfois de la durée des films, mais quasiment jamais selon le coût de revient du film. Le problème d'une égalisation éventuelle entre la demande et l'offre de films se complique parce que cette dernière se fait à deux niveaux : il faut distinguer l'offre de films qui émane de la production-distribution et l'offre de place, c'est-à-dire l'offre du « droit de s'asseoir pendant un certain temps pour regarder un film ». Or, l'offre de films et l'offre de places (nombre de fauteuils multiplié par celui des séances) n'évoluent pas parallèlement : sur les marchés cinématographiques l'objet de l'échange n'est pas une marchandise (le film), mais un droit (le droit de regarder). Un même film peut donc être présenté devant un nombre presque illimité de consommateurs, et ce bien, réalisé en un seul acte de production, peut être cédé des milliers de fois. Ainsi un tout petit nombre de films peut satisfaire un marché très vaste ; il suffira de les multiplier sous forme de copies et de les projeter autant de fois qu'on le désire. Il s'ensuit qu'aucune liaison directe ne peut s'établir entre l'offre de films – au niveau des producteurs – et la demande de films – au niveau des consommateurs : la production de films n'est pas en rapport étroit avec leur consommation.

Le caractère entrepreneurial de l'activité du producteur explique donc la tendance persistante à s'organiser sur une base très individuelle. Ainsi, en France, malgré le nombre significatif de films produits, la situation actuelle se caractérise par le faible nombre de structures intégrées à l'image des Majors américaines. L'industrie du film en France est constituée, de façon prépondérante, par une myriade de petites entreprises spécialisées (on comptait 797 sociétés de production de cinéma en 1995), entourant ou s'appuyant sur une poignée d'importantes entreprises multimédias. Ces grosses sociétés sont en France au nombre de trois (Gaumont, Pathé, U.G.C.). Ces Majors se distinguent de leurs homologues américaines par leur taille plus petite et par leur degré d'intégration plus lâche. Celles qui possèdent un niveau significatif d'intégration l'ont développé, en général, à partir de la distribution et de l'exploitation.

Depuis la crise de 1929, la situation de l'industrie du cinéma français se caractérise par une véritable atomisation de la production de films et par une très forte dispersion des entreprises de production. En France, paradoxalement, la diminution de la fréquentation des salles (435 millions de spectateurs en 1957, 187,6 en 1981 et 117 en 1991) n'a pas empêché les sociétés de production de longs-métrages de se multiplier pendant la même période ; on en comptait 310 en 1970, près de 800 en 1996 (auxquelles il faudrait sans doute ajouter une partie des 640 entreprises qui produisent des programmes de télévision et des 1 200 qui s'occupent de films de commande). Cette profession en France est marqu [...]

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Film : œuvre et produit

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Un producteur de cinéma, Alain Roca

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Les principaux distributeurs
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Recettes-guichet et prix d'un billet : répartition

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Pour citer l’article

Pierre-Jean BENGHOZI, Daniel SAUVAGET, « CINÉMA (Aspects généraux) - L'industrie du cinéma  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-aspects-generaux-l-industrie-du-cinema/