HONORÉ CHRISTOPHE (1970- )

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Le cinéaste maniériste de la douleur psychique

Son premier long-métrage, Dix-Sept Fois Cécile Cassard (2002), fragmente en dix-sept approches harmoniques le récit de la reconstitution mentale d'une jeune femme terrassée par la mort de son époux. Ma Mère (2004) transpose le roman de Georges Bataille, en le situant de nos jours dans les îles Canaries, et en opposant le tourisme sexuel à l'initiation à la débauche d'un fils mystique par sa mère vivant l'immoralité comme une antireligion. Ces deux films offrent respectivement à Béatrice Dalle et Isabelle Huppert deux de leurs plus beaux rôles, Ma mère marquant en outre l'arrivée chez Christophe Honoré de Louis Garrel comme interprète de prédilection.

Avec Dans Paris (2006), l'auteur, autour du portrait de deux frères submergés par la tristesse des autres (Romain Duris et Louis Garrel), affirme son univers, entre désinvolture et dépression, et son style heurté : montage agressif (un des protagonistes s'adresse directement au spectateur), fracturé par mélange de séquences situées au même endroit et avec les mêmes personnages mais à des périodes différentes. Adaptation de La Princesse de Clèves, La Belle Personne (2008) transpose le roman de Madame de Lafayette dans un lycée parisien, exaltant les passions brûlantes et la spiritualité d'étonnants adolescents pétris d'exigence morale. Après ce récit classique, Non, ma fille, tu n'iras pas danser (2009) brosse le portrait souffrant de Léna qui sombre dans la solitude et la colère, et développe un thème central du réalisateur, l'affrontement entre bonheur individuel et pression familiale.

Mais c'est avec deux films chantés par tous les comédiens – Les Chansons d'amour (2007) et Les Bien-aimés (2011), dont Alex Beaupain a composé les chansons – que Christophe Honoré atteint la pleine maîtrise de films mixant des amours embrouillés (hétérosexuels et homosexuels) à des réactions insolentes (notamment face à la mort). Des émotions simples mais fortes sont filmées avec élégance sur un ton détaché, malgré la complexité et la violence des situations. La fluidité du propos, les numéros de funambule des personnages se jouent du temps, de l'espace, de l'hédonisme égoïste et de la réalité même, en se situant musicalement entre la musique pop des années 1980 et la tendance littéraire d'un Vincent Delerm. Toujours prêt à plonger profondément dans le drame, mais jamais très longtemps, Honoré cultive une désinvolture de dandy : la recherche de l'originalité formelle va ici de pair avec la contestation des idéologies et des valeurs consacrées.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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René PRÉDAL, « HONORÉ CHRISTOPHE (1970- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christophe-honore/