CHRISTIANISME

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La révélation chrétienne

Aux yeux des historiens romains dont le témoignage est parvenu jusqu'à nous (Suétone, Tacite, Pline le Jeune), le christianisme apparaissait comme une des nombreuses religions venues des confins de l'Empire et dont Jésus de Nazareth, dit Christ, était le fondateur. Ainsi apparaît encore le christianisme au regard des sciences humaines de la religion : une religion parmi d'autres, quoique spécifique à bien des égards. Tel n'est pas le point de vue des chrétiens eux-mêmes, qu'il importe d'accueillir si l'on veut soupçonner ce que le christianisme prétend être : la révélation absolue, universelle, de Dieu à l'humanité.

Révélation et Évangile

Un grand nombre de religions s'affirment d'origine divine et appuient cette affirmation sur une révélation reçue par des hommes privilégiés. Pour les chrétiens, Jésus fut, dès le départ, beaucoup plus qu'un intermédiaire divin, chargé d'un message et prenant, en vertu de ce message, l'initiative d'une nouvelle fondation religieuse. Jésus ne veut entretenir aucune continuité avec les religions du paganisme. S'il se présente comme l'accomplissement de la religion juive, c'est que celle-ci prétendait déjà être dépositaire de l'unique et ultime initiative de Dieu venant insérer dans l'histoire humaine ses intentions dernières de Créateur. Mais l'accomplissement en question se fait par dépassement et réduit le judaïsme à une préparation.

Révélation au sens le plus fort, le christianisme reconnaît, en Jésus, Dieu lui-même entrant dans l'histoire, manifestant sa décision dernière en faveur des hommes, prenant en main la cause du monde qu'il a créé, dévoilant qui il est, devenant essentiel pour tout projet humain. Et cela par un événement unique, indépassable, irréversible, coïncidant avec les événements de l'histoire de Jésus de Nazareth. En sorte que l'importance de Jésus ne tient pas d'abord à son enseignement religieux, mais à sa personne, porteuse de l'absolu divin dans l'histoire de l'humanité où il fait éclore le sens dernier, la conscience de l'ultime identité. L'épithète « eschatologique », centrale dans le vocabulaire chrétien, désigne cette plénitude divine du fait de Jésus dans l'histoire, ainsi que les titres de Seigneur, Fils de Dieu, Messie, Sauveur, Juge des vivants et des morts, attribués à Jésus.

Il est significatif que la révélation chrétienne se soit appelée « évangile ». Ce terme ne fait pas partie du vocabulaire des religions ; il a été emprunté au vocabulaire du protocole de la cour impériale où il désignait les événements royaux (victoire, naissance, avènement) auxquels s'accrochait l'espérance politique des peuples. « Heureuse nouvelle » (qui traduit « évangile »), la révélation de Jésus-Christ l'était, qui manifestait une venue bienveillante de Dieu parmi les hommes, un salut et une convocation de ce Dieu adressés à tous, une lumière sur les origines et sur le terme, une source de renouvellement du projet humain. L'Évangile n'était pas seulement religion, ni doctrine métaphysique, ni éthique, mais tout cela ensemble, par la réinterprétation totale qu'il apportait et qui était incorporée à l'événement de Jésus-Christ.

Il y a lieu de s'étonner que les premiers disciples de Jésus de Nazareth, et particulièrement les Apôtres appelés par lui, qui devaient former le noyau de la communauté chrétienne, aient cru en lui de façon si inconditionnelle. Leur passé juif les y portait, il est vrai, mais non sans faire lever dans leur esprit de graves objections. Eux-mêmes répondent à cette interrogation dans les récits évangéliques : il a fallu la résurrection à l'aube du 9 avril de l'an 30 à Jérusalem, il a fallu l'expérience de l'Esprit promis par Jésus à la Pentecôte qui suivit pour les assurer dans leur foi et en faire des témoins, fondateurs avec Jésus du mouvement chrétien. Les essais d'explication par le fanatisme créateur de croyances qui aurait amené les Apôtres, et notamment Paul, à diviniser Jésus après sa mort sur la croix ne rendent pas compte de ce qui devait suivre, ni de la cohérence des origines du christianisme. Toujours est-il que les Apôtres de Jésus ont bien perçu que la nouveauté de l'Évangile chrétien avait comme centre l'identité proprement divine de Jésus et le signe indubitable de la résurrection de Pâques. Paul dira, vers 57 : « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé [...] je vous ai donc transmis que le Christ est ressuscité, qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart d'entre eux vivent encore. Voilà ce que vous avez cru [...] Si le Christ n'est pas ressuscité, vide est notre annonce, vide est votre foi » (Première Lettre aux chrétiens de Corinthe, chap. xv).

L'entrée en christianisme

C'est dans la mouvance des événements de Pâques et de Pentecôte et du témoignage des Apôtres que devait s'opérer le premier regroupement des chrétiens. On devenait chrétien d'abord par une conversion à la personne de Jésus identifié comme Seigneur, le rite du baptême venant sanctionner cette conversion. En se convertissant, les croyants avaient conscience d'entrer dans l'espace final de l'histoire du monde, les temps messianiques, d'accéder à un renouvellement d'existence, d'entrer dans le salut, d'accueillir la vérité dernière sur la condition humaine : parce qu'il y avait eu l'intervention décisive de Dieu en Jésus-Christ. En se regroupant, ils n'entendaient point se couper des autres hommes, mais témoigner qu'ils avaient reconnu l'Évangile destiné à tous les hommes, le salut d'un Dieu qui était Père et Sauveur de tous. Ce n'était pas tant une nouvelle religion qui naissait qu'un vaste mouvement prophétique, lequel se voulait porteur et révélateur des intentions dernières de Dieu dans le monde. « Ce qu'est l'âme dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde », dira un auteur chrétien du iie siècle.

Il semble bien que les premières communautés chrétiennes aient possédé une conscience très vive de l'originalité de l'Évangile. Les incompréhensions venant du monde culturel et religieux du judaïsme comme du paganisme le manifestent. Si l'on essaye de dégager les traits constitutifs de cette originalité, on est amené à insister sur les aspects suivants.

Nouveauté du côté de Dieu : Dieu n'est pas qui l'on pensait. Sa puissance est d'amour, non de terreur ni de domination. Il est le Dieu très humain, qui s'adresse à la liberté et au projet de l'homme. Il est le Dieu q [...]

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Écrit par :

  • : professeur aux Facultés dominicaines du Saulchoir et à l'Institut catholique de Paris

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Pour citer l’article

Pierre LIÉGÉ, « CHRISTIANISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christianisme/