CHINOISE (CIVILISATION)La pensée chinoise

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Le ciel, la terre et l'homme

Aussi loin qu'on remonte dans le passé, le consensus sinicus tient l'univers pour un immense organisme auquel il est insensé de chercher une origine et une cause, une forme et des limites, un sens et une fin. En un mot, il ne s'inquiète point de ne pas le comprendre. Que l'homme assiste et participe à l'existence transitoire des « dix mille choses » n'entraîne pas la supposition qu'il faille y comprendre quelque chose, ni même qu'il y ait quelque chose à comprendre. Par là s'explique chez les Chinois l'absence de religiosité, leur prudence et leur modestie devant le spectacle de la nature et le peu de développement des sciences positives jusqu'au xxe siècle. Pourtant, curieux à l'extrême, s'ils ne s'attachent pas à découvrir ce que sont et comment sont les choses, ils s'efforcent d'observer ces choses tandis qu'elles vont, se font et se défont.

Il s'agit de montrer, nullement de démontrer ; de laisser paraître, puis de classer des phénomènes, insignifiants par eux-mêmes, mais qui ressortissent à des cycles, à des alternances et à des rythmes, à des associations, à des correspondances organisées par une double numérologie (dénaire et duodénaire). Ces relations et ces variations, loin d'être abstraites, sont pour les Chinois la réalité même, rendue évidente à travers l'infinité d'exemples qui la manifestent. À la voir appliquée à des objets dotés de si peu d'autonomie, on s'étonnerait à tort de ce qui fut une véritable passion classificatrice propre au goût chinois : classer n'est là qu'une démarche pratique, voire commode. Nous sommes dans le domaine de l'utilité, de l'habileté, non dans celui de la science. Il est question d'ordonnancement et d'accords, pas du tout de taxonomie. Rien ne saurait échapper à l'ordonnancement : le ciel, la terre, les hommes et l'empereur, les orients et les saisons, la naissance et la mort ; tout est justiciable de cette physiologie cosmique marquetée non pas d'étiquettes mais d'innombrables flèches.

La pensée chinoise, d'une cohérence unique dans l'histoire du monde, n'a connu à cet égard, jusqu'au xxe siècl [...]


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Claude GRÉGORY, « CHINOISE (CIVILISATION) - La pensée chinoise », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chinoise-civilisation-la-pensee-chinoise/