CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie)

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Avant Homo sapiens

On ne peut actuellement dire grand-chose des plus anciennes formes humaines, qui vivaient il y a 5 à 7 millions d’années, comme Sahelanthropus tchadensis (ou « Toumaï »), Orrorin tugenensis (dit aussi Millenium ancestor) ou encore les Ardipithèques – d’autant qu’elles sont encore très mal connues et qu’il est certain que beaucoup d’autres restent à découvrir.

On en sait beaucoup plus sur les Australopithèques, dont les célèbres « Lucy » ou « Little Foot », qui vivaient entre 5 et 2,5 millions d’années et où l’on reconnaît une bonne demi-douzaine d’espèces distinctes, décompte et classification également appelés à évoluer. L’analyse de leurs ossements suggère un régime alimentaire à base de fruits et de végétaux divers. Ils ont pu consommer occasionnellement de la viande – comme le font certains de nos cousins primates, les chimpanzés notamment – de petits animaux, ou en pratiquant le charognage sur des cadavres d’animaux tués par d’autres. On ignore à ce stade leur organisation sociale et on ne peut, là encore, qu’observer celle des chimpanzés et bonobos, sans évidemment être en mesure de tirer des arguments directs. Ces espèces nomadisent au sein d’un territoire donné, aux limites duquel patrouillent régulièrement les mâles. Les membres du groupe dorment dans des nids sommaires aménagés dans les arbres. Ils pratiquent l’exogamie des femelles, lesquelles rejoignent d’autres bandes lorsqu’elles arrivent à l’âge adulte. Ils utilisent des outils, des cailloux pour casser les noix, ou encore des brindilles pour attraper les termites dans leur abri. Il n’est donc pas surprenant que l’on ait pu identifier en 2015 des outils humains, principalement en basalte, remontant à 3,3 millions d’années, sur le site de Lomekwi dans le nord du Kenya. Il s’agit de pierres volontairement éclatées afin d’obtenir des surfaces tranchantes. Si aucun reste humain n’a été retrouvé sur ce site, de toute façon contemporain des australopithèques, on a découvert à proximité les fragments d’une espèce encore mal connue, le Kenyanthropus platyops, peut-être une variété d’Australopithèque. Enfin, dans la grotte sud-africaine de Makapansgat, un Australopithèque a rapporté il y a 3 millions d’années un galet de couleur rouge, ramassé à plusieurs kilomètres de là, auquel trois cupules naturelles donnent la forme frappante d’un visage humain.

À partir de 2,5 millions d’années, les fossiles humains se multiplient, que l’on commence à regrouper dans le genre Homo, notamment parce qu’on leur associait naguère les plus anciens outils alors connus – d’où le nom d’Homo habilis (l’« homme habile ») donné au premier d’entre eux – avant qu’on identifie ceux de Lomekwi, et sans doute encore d’autres dans l'avenir. Le plus prolifique sera néanmoins Homo erectus (l’« homme redressé »), puisqu’il sera le premier à « sortir » d’Afrique il y a environ 2 millions d’années, pour se répandre dans l’ensemble de l’Eurasie, de l’Indonésie à l’Angleterre. On lui doit la domestication du feu et aussi les « bifaces », premiers outils inutilement symétriques, témoignant donc de préoccupations esthétiques. Sur le site de Trinil à Java, un erectus a soigneusement gravé il y a 500 000 ans des zigzags sur un coquillage. Les premiers gestes funéraires semblent pouvoir lui être également attribués puisque, sur le site d’Atapuerca, dans le nord de l’Espagne, des défunts ont été successivement déposés dans une cavité karstique il y a environ 300 000 ans. La même pratique semble pouvoir être attestée pour une espèce nouvellement identifiée dans le sud de l’Afrique, Homo naledi.

Les évolutions régionales d’Homo erectus ont débouché, il y a environ 300 000 ans, sur au moins trois principales espèces, les hommes de Neandertal en Europe et Asie occidentale, les hommes de Denisova en Asie centrale et orientale, et les premiers Homo sapiens en divers points d’Afrique, notamment au Maroc et en Afrique du Sud. À cela s’ajoutent au moins deux espèces insulaires de petite taille, Homo floresiensis dans l’île indonésienne de Florès, et Homo luzonensis dans celle de Luçon, aux Philippines.

Si les Dénisoviens sont encore mal connus et se distinguent des Néandertaliens par de rares analyses génétiques, ces derniers bénéficient de nombreuses découvertes depuis un siècle et demi. Ils creusent les premières tombes certaines, collectent des fossiles pour leur forme curieuse, fabriquent des pendentifs à base de canines de carnivores, gravent des signes géométriques, comme sur le sol de la grotte de Gorham à Gibraltar, ou construisent des cercles de stalagmites brisées, comme dans la grotte de Bruniquel. De fait, leur capacité cérébrale est comparable à la nôtre, tout comme leur aptitude au langage articulé. C’est pourquoi il y a eu des croisements entre les deux espèces (tout comme avec les Dénisoviens), et tous les Européens actuels possèdent un petit pourcentage de gènes néandertaliens. Leurs outils sont plus variés et perfectionnés que ceux de leurs prédécesseurs, aussi bien en pierre qu’en os, et il ne fait pas de doute qu’ils chassaient le gros gibier notamment à l’aide d’épieux.

L’analyse du tartre dentaire montre que les Néandertaliens de la grotte d’El Sidrón, en Espagne, consommaient surtout des végétaux, et même du penicillium (un champignon) et des feuilles de peuplier, dont l’acide salicylique a pu soigner des abcès dentaires. En revanche, ceux des grottes belges de Spy se nourrissaient de mouflons, de rhinocéros et de champignons. L’alimentation carnée, surtout cuite, permet une meilleure digestion et un meilleur apport en énergie pour le cerveau, lequel demande 20 % de notre énergie pour seulement 2 % de notre masse corporelle. La disparition des Néandertaliens, dont les derniers vivaient encore il y a moins de 30 000 ans dans la péninsule ibérique, reste inexpliquée. On a cependant remarqué que leurs groupes semblaient plus isolés et procédaient à moins d’échanges génétiques que les sapiens. Ils ont donc pu se montrer plus vulnérables à des dégradations climatiques ou des maladies. Néanmoins, il y a encore 100 000 ans, au moins une demi-douzaine d’espèces humaines cohabitaient sur la planète, dont les Homo sapiens, les Néandertaliens, les Dénisoviens, les hommes de Florès et ceux de Luçon, et sans doute les derniers Homo naledi – sans compter ceux qui restent à découvrir, les quatre derniers ne l’étant été qu’au cours des deux décennies passées.

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et à l'Institut universitaire de France

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Jean-Paul DEMOULE, « CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chasseurs-cueilleurs-archeologie/