PEIRCE CHARLES SANDERS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le métaphysicien

Aux trois catégories phénoménologiques ou ontologiques répondent trois catégories cosmologiques auxquelles Peirce donne, comme à l'accoutumée, suivant sa « morale terminologique », des noms grecs mais barbares : tychisme, agapisme et synéchisme. Chacune d'elles régit son propre univers de l'expérience. L'univers premier est celui du hasard (tychè), l'univers deuxième celui de l'amour (agapè), de l'évolution, l'univers troisième celui de la continuité (synéchéia), qui est la généralité parfaite.

Si l'on devait comparer la métaphysique de Peirce avec celle d'un autre penseur pour la mieux comprendre, c'est de celle de Kierkegaard qu'on la rapprocherait. Comme la métaphysique de Peirce, celle de Kierkegaard est en effet catégorielle : l'instant du stade esthétique est premier, le temps du stade éthique est deuxième, l'éternité du stade religieux est troisième. Mais c'est surtout concernant la relation de Dieu avec les univers, les Églises et les hommes que le rapprochement de ces deux penseurs solitaires est frappant, nonobstant tout ce qui peut opposer un théologien subjectiviste à un homme de science rationaliste. Comme Kierkegaard, Peirce a horreur de la théologie des Églises, qui a répandu sur la terre l'odium theologicum, bien qu'il reconnaisse qu'elles ont joué un rôle bénéfique dans l'histoire de la civilisation. Pas plus que pour Kierkegaard, Dieu ne se révèle, selon Peirce, à la raison de l'homme. Il y a des « sujets d'importance vitale » – et Dieu est de ceux-là – dont la réalité est « perçue directement ». « D'où viendrait une idée comme celle de Dieu, se demande Peirce, sinon de l'expérience directe ? Ouvrez vos yeux – et votre cœur, qui est aussi un organe de perception – et vous le verrez. » Peirce en livre la méthode dans un article intitulé A Neglected Argument for the Reality of God, c'est le musement qui consiste à laisser l'esprit contempler à loisir, sans intention ni projet, comme par jeu, sans règle aucune « hormis cette loi même de la liberté », les trois univers de l'expérience ; de la contemplation de l'harmonie de ces trois univers naîtra l'émerveillement, et l'hypothèse de la réalité de Dieu s'imposera dans toute sa nécessité comme Créateur de « deux des trois (univers) en tout cas ». Avec Kierkegaard enfin, Peirce reconnaît la finitude de l'homme et de ses facultés. Le faillibilisme fut une doctrine constante de Peirce : l'homme ne peut même pas pénétrer « dans le secret de son propre cœur pour savoir ce qu'il croit et ce dont il doute ».

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite de philosophie à l'université de Perpignan, secrétaire général de l'Association internationale de sémiotique

Classification

Autres références

«  PEIRCE CHARLES SANDERS (1839-1914)  » est également traité dans :

PEIRCE CHARLES SANDERS - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 249 mots

10 septembre 1839 Naissance de Charles Sanders Peirce à Cambridge (Massachusetts). Il est le fils de Benjamin Peirce, mathématicien et astronome à Harvard.1859 Diplôme à Harvard.1861 Entre au Service géodésique des États-Unis. Il y restera jusqu’en 1891. […] Lire la suite

PEIRCE CHARLES SANDERS, en bref

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 180 mots

Les apports de la pensée de l’Américain Charles Sanders Peirce à la philosophie, en logique des mathématiques et en sémiotique ont longtemps été méconnus en France. Ils n’en sont pas moins considérables, même si son influence ne fut en rien directe : il publia peu (un livre et des articles), et ses écrits ne furent rassemblés que bien après sa […] Lire la suite

ŒUVRES PHILOSOPHIQUES, Charles Sanders Peirce - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre COMETTI
  •  • 1 015 mots

Charles Sanders Peirce (1839-1914), fondateur du pragmatisme, est au nombre des esprits les plus originaux et inventifs des deux derniers siècles. Son œuvre, qui a donné naissance à un large courant d'idées dans le contexte américain, reste aujourd'hui présente dans la discussion philosophique contem […] Lire la suite

ACOUSMATIQUE MUSIQUE

  • Écrit par 
  • François BAYLE
  •  • 7 829 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Matériau et image »  : […] « Le matériau de la musique concrète est le son à l'état natif, tel que le fournit la nature, le fixent les machines, le transforment leurs manipulations. » Ces lignes, dues à Serge Moreux, constituaient la préface inaugurale du Premier Concert de Bruits, en mars 1950. D'emblée et d'instinct, tout y était dit, pressenti, des trois stades caractéristiques : celui du matériau-son « à l'état natif », […] Lire la suite

CATÉGORIES

  • Écrit par 
  • Fernando GIL
  •  • 6 074 mots

Dans le chapitre « Les catégories comme heuristique : Charles Sanders Peirce »  : […] La sous-détermination des catégories fait que leur fonction est, au premier chef, heuristique. Cela est manifeste dans l'œuvre de C. S. Peirce , où les catégories se révèlent être, selon les mots de Peirce lui-même, « des idées si vastes qu'elles doivent être entendues comme des états ( moods ) ou des tonalités ( tones ) de la pensée, plutôt que comme des notions définies... Envisagées en tant que […] Lire la suite

DEWEY JOHN (1859-1952)

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre COMETTI
  •  • 1 897 mots

Dans le chapitre « Le pragmatisme de John Dewey »  : […] La philosophie de John Dewey appartient au courant auquel C. S. Peirce a primitivement donné le nom de pragmatisme pour désigner une méthode, plus qu'une doctrine, attentive aux effets pratiques de nos idées et à leurs résultats observables. La première philosophie à laquelle Dewey doit une grande part de son inspiration n'est toutefois ni celle de Charles S. Peirce, ni celle de William James, ma […] Lire la suite

EMPIRISME

  • Écrit par 
  • Edmond ORTIGUES
  •  • 13 314 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La croyance chez Kant et chez Hume »  : […] Or ce concept de croyance, qui permet d'anticiper pas à pas les possibilités de l'expérience, est justement ce qui va disparaître chez Kant au profit d'une anticipation globale des possibilités de l'expérience en général. Dans l'introduction à la Critique de la raison pure (2 e  éd.), Kant écrit : « Si toute connaissance débute avec l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute de l'expér […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La philosophie

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre COMETTI
  •  • 6 286 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le pragmatisme »  : […] Le pragmatisme est le nom que Charles S. Peirce (1839-1914) a donné à sa philosophie, c'est-à-dire à ce qu'il considérait comme une méthode destinée à appliquer au traitement des problèmes philosophiques les techniques utilisées par les hommes de science dans leurs laboratoires. Cette inspiration, qu'il ne faut pas considérer comme une variété de scientisme, est à la source d'une critique et d'un […] Lire la suite

FORME

  • Écrit par 
  • Jean PETITOT
  •  • 27 547 mots

Dans le chapitre « Le vitalisme structuraliste et sémiotique »  : […] Avant d'exposer brièvement divers aspects de ces entreprises de subjectivation, il est bon de dire quelques mots sur le vitalisme du xix e  siècle. Après Kant, et en particulier en rapport avec la Naturphilosophie schellingienne, un certain nombre de penseurs en sont revenus à une position aristotélicienne-leibnizienne en tentant d'élargir le concept objectif de Nature. Un cas exemplaire est celu […] Lire la suite

HEURISTIQUE

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre CHRÉTIEN-GONI
  •  • 8 416 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Heuristique générale ou la logique de la découverte »  : […] Toute épistémologie est tenue de décider de deux problèmes : comment la certitude peut-elle être atteinte dans la connaissance scientifique – problème que l'on a coutume d'indexer sous le titre de « problème des fondements » –, et comment la découverte est-elle possible, découverte qui s'insère dans un mouvement spécifique résumé dans le terme de « progrès ». C'est la réponse à cette seconde inte […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérard DELEDALLE, « PEIRCE CHARLES SANDERS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-sanders-peirce/