LE BRUN CHARLES (1619-1690)

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Un peintre officiel

Né à Paris, fils d'un sculpteur de second ordre, Le Brun fit montre d'un talent précoce. Son premier maître fut François Perrier, mais, dès avant 1633 ou 1634, la protection du futur chancelier Séguier lui avait ménagé une entrée dans l'atelier de Simon Vouet, le peintre le plus en vogue de Paris. Cependant, il se lassa vite des travaux subalternes dont on le chargeait et il partit pour Fontainebleau étudier la collection royale des vieux maîtres. Il se faisait déjà une réputation à Paris en dessinant des frontispices et des thèses et en travaillant pour Richelieu (Hercule et Diomède, Nottingham), quand, en 1643, Séguier l'envoya à Rome. Il fit ce voyage en compagnie de Poussin qu'il continua de fréquenter dans la Ville éternelle. Il copia les sculptures des anciens, les peintures de Raphaël et des Carrache, mais il s'intéressa aussi beaucoup aux œuvres récentes comme celles de Pierre de Cortone, dont il admira probablement les plafonds du palais Pitti à Florence, sur le chemin de son retour en France. C'est surtout de cette époque que date l'admiration qu'il voua toujours à Poussin dont il adopta les idées sur l'art et dont il imita le style dans des pastiches habiles, tel Horatius Coclès (Dulwich College).

Mais très rapidement il abandonna Rome où il ne pouvait pas faire carrière et où la situation des Français dégénérait depuis 1644. Sans attendre la permission de son protecteur, il revint en France, arrivant à Lyon en janvier 1646 et atteignant Paris trois mois après.

En 1647, il se maria avec Suzanne Butay, elle-même fille de peintre. Sa vie fut essentiellement marquée par la série de commandes dont il fut chargé et par la constante progression de sa carrière officielle. Le mai de 1647, Le Martyre de saint André (Notre-Dame de Paris), fut sa première commande importante après son retour, suivi en 1651, d'un autre mai, Le Martyre de saint Étienne (Notre-Dame de Paris). En même temps, il était très recherché comme peintre de plafonds, travaillant pour Jérôme de Nouveau (1650-1651, œuvre perdue, esquisse à Dublin) et Louis de La Rivière (1652-1653, musée Carnavalet), peignant également au Louvre (œuvre perdue) et à la galerie de l'hôtel Lambert ; il interrompit cette œuvre pour diriger la décoration de Vaux-le-Vicomte (1658-1661) qui fut sa plus grande entreprise. Là, pour la première fois, son rôle ne se borna pas à la décoration des appartements : il dessina la plupart des sculptures des jardins, composa des cartons pour la manufacture de tapisseries que Fouquet possédait à Maincy et prit une part active à la préparation de la fête somptueuse qui acheva la perte du surintendant.

Le Brun avait déjà gagné l'admiration de Mazarin, et, en 1660 ou 1661, il avait peint Les Reines de Perse aux pieds d'Alexandre pour le jeune roi, qui l'avait observé à l'ouvrage. Avec la chute de Fouquet, en 1661, il passa totalement au service du roi. En réalité, dès 1661, il remplissait les fonctions de premier peintre de la Couronne (titre dont il ne reçut le brevet officiel qu'en 1664), quand il commença la peinture de la galerie d'Apollon au Louvre, mais le travail fut interrompu, car le roi s'intéressait de plus en plus à Versailles. En 1663, il fut nommé directeur de la manufacture royale des Gobelins et, la même année, il devint chancelier à vie de l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont il avait été l'un des premiers membres et qu'il avait conduite dans ses débuts difficiles.

À ce triple titre, il travailla en bonne intelligence avec le surintendant des bâtiments, Jean-Baptiste Colbert, et donna à l'art de la première moitié du long règne de Louis XIV la ferme empreinte de son style. Si l'on excepte quelques dessins pour la gravure, il eut peu de temps, pendant cette période, à consacrer aux commandes privées. Mais la mort de Colbert, en 1683, bouleversera sa vie. Louvois, protecteur du rival de Le Brun, Pierre Mignard, n'avait aucune sympathie pour le premier peintre. Celui-ci vit cesser ses commandes officielles et se tourna vers les tableaux de chevalet et les sujets bibliques principalement inspirés de la vie du Christ. Ces compositions plus petites et profondément méditées marquaient un retour vers [...]

Le Repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine aux pieds du Christ, C. Le Brun

Photographie : Le Repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine aux pieds du Christ, C. Le Brun

Charles Le Brun Le Repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine aux pieds du Christ», 1653. Huile sur toile, 385 cm × 316 cm. Galleria dell'Accademia, Venise. 

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Le Repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine aux pieds du Christ, C. Le Brun

Le Repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine aux pieds du Christ, C. Le Brun
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Moïse défend les filles de Jéthro, C. Le Brun

Moïse défend les filles de Jéthro, C. Le Brun
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Écrit par :

  • : conservateur de la collection de photographies, Warburg Institute, université de Londres (Royaume-Uni)

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Pour citer l’article

Jennifer MONTAGU, « LE BRUN CHARLES - (1619-1690) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-le-brun/