CHANT, poésie

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Nom donné à chacune des divisions que comporte, suivant une tradition codifiée à l'époque alexandrine, un poème épique ou didactique. Les critiques alexandrins ont partagé chacune des deux épopées homériques en vingt-quatre « rhapsodies » qu'ils ont désignées par les vingt-quatre lettres de l'alphabet grec. Il est tentant de penser que ces unités en recouvrent d'autres plus anciennes : chaque chant représenterait, a-ton soutenu, ce que les aèdes, qui ont d'abord diffusé L'Iliade et L'Odyssée, pouvaient réciter d'une seule traite (en général un « épisode » bien unifié). Mais la longueur très inégale des chants (de moins de 400 vers à plus de 800 vers) et l'impossibilité où l'on est parfois, notamment dans L'Odyssée, de dissocier le début d'un chant de la fin du chant précédent plaident contre cette hypothèse et laissent soupçonner un découpage plus artificiel. Quoi qu'il en soit, les auteurs de grands poèmes épiques et didactiques, dans les littératures latine, italienne, française, anglaise..., ont de la même manière divisé leurs œuvres en « chants » (les Latins disaient libri, livres) : le De natura rerum de Lucrèce en comprend six, les Géorgiques de Virgile quatre et L'Énéide douze (de 800 vers environ chacun — soit deux fois moins que les poèmes homériques, mais les principes auxquels obéit le découpage sont empruntés à L'Odyssée —, La Pharsale de Lucain dix, La Divine Comédie de Dante cent ; La Franciade de Ronsard devait en comporter vingt-quatre comme L'Iliade (le poète n'en écrira que quatre) ; le Paradise Lost de Milton en comprend douze, L'Art poétique de Boileau quatre, La Henriade de Voltaire dix, etc. Ainsi s'est perpétué ce qui avait d'abord été (suivant la théorie par laquelle on expliquera le découpage des poèmes homériques) soit une loi d'une littérature orale désormais oubliée, soit une convention imposée (par commodité peut-être) par de très anciens éditeurs. Dès lors, le chant apparaît comme une marque traditionnelle et spécifique du grand poème (ou de la parodie du grand poème : que l'on songe au Lutrin de Boileau) ; lorsque Lautréamont écrira les Chants de Maldoror et qu'il divisera effectivement cette œuvre en six chants, ce sera une manière non dénuée d'intention parodique de la présenter comme une épopée.

—  Bernard CROQUETTE

Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'université de Paris-VII

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Pour citer l’article

Bernard CROQUETTE, « CHANT, poésie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/chant-poesie/