CHANGEMENT SOCIAL

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Le changement comme processus

Diffusion et changement

En se proposant d'analyser le déterminisme des « idées » ou des « infrastructures », les penseurs du xixe siècle n'ont pas seulement, comme il leur a été si souvent et si longtemps reproché, engagé la sociologie dans de vagues spéculations pseudo-historiques ; ils l'ont aussi invitée, sans beaucoup l'y aider, à se poser le problème de l'innovation et de la créativité. Pourtant, dans quelques domaines, les recherches contemporaines ont permis de dépasser le plan des généralités où s'étaient maintenus les penseurs du xixe siècle. Ainsi les ethnologues se sont attachés à l'étude du phénomène de diffusion. Ces travaux possèdent souvent plus et mieux qu'une valeur documentaire. Ils ne se bornent pas à dresser la carte des « aires culturelles », où sont simultanément observables, et bien que ces usages soient communs à des groupes sociaux distincts, certains traits relevant de techniques, comme la poterie, l'agriculture, l'habitation, l'ornement ou la protection du corps, mais aussi de pratiques institutionnelles comme les règles de parenté, les rites funéraires ou la politesse. Ils posent, concernant les processus de diffusion, plusieurs questions à la fois précises et générales. Toute diffusion suppose une série ou une chaîne de contacts. Elle peut aussi être envisagée comme un échange entre un donneur (ou plusieurs) et un récepteur (ou plusieurs). Quant à la capacité de recevoir – pour ne rien dire ici de l'aptitude à donner, ou à laisser se diffuser ce trait de culture –, elle dépend à la fois de la curiosité, de l'intérêt de l'éventuel bénéficiaire, et des résistances que, de son côté, il développe plus ou moins spontanément à l'introduction d'un trait nouveau. Ralph Linton (1893-1953), par exemple, aimait à souligner à propos de la diffusion de la céramique et de la culture du maïs que les Indiens de Californie, qui se trouvaient pourtant au contact des Pueblos du Sud-Ouest (Arizona et Nouveau-Mexique), potiers et agriculteurs émérites, ne leur ont que très tard et très partiellement emprunté ces techniques. Enfin, les études de diffusion ont attiré l'attention sur un point essentiel, qui sera retenu par les théories ultérieures : le « trait » diffusé est-il capable de se « stabiliser » ? Ou bien s'agit-il d'une « mode » qui s'évanouit plus vite encore qu'elle n'apparaît ? La réponse à cette question ne dépend pas seulement de la congruence entre le « trait » particulier et la société réceptrice, mais aussi de la compatibilité globale (hostilité, prestige, supériorité reconnue) de la société donatrice, vis-à-vis de la société réceptrice.

Innovation et changement

Ainsi, dans la masse indistincte des faits de changement, un peu d'ordre est introduit, dès que l'observateur accepte de les traiter comme des processus. Les énoncés y gagnent non seulement en précision (il s'agit de la manière dont telle technique, tel rite, ou telle pratique s'est enrichie ou appauvrie par l'acquisition ou la perte de tel « trait »), mais aussi en généralité : les mécanismes de contact, d'échange, avec les relations subséquentes de supériorité, de domination et de dépendance, sont susceptibles d'être étudiés, quel que soit le « trait » diffusé, quel que soit l'« item » de changement considéré. Quant à la nature du processus, quant à l'enchaînement des phases et à leur production, les économistes, et spécialement Schumpeter avec sa théorie de l'« innovation », nous apprennent beaucoup et nous offrent des éléments très importants pour une théorie sociologique du changement. L'innovation, telle que l'entend Schumpeter, constitue une combinaison originale, irréductible à ses antécédents et à ses conditions. Il ne suffit pas pour que l'innovation apparaisse, qu'une demande, même solvable, lui pré-existe, que les besoins auxquels elle apporte satisfaction soient déjà présents et même urgents. Il ne suffit pas non plus que soit préalablement donnée une nouvelle technologie pour que son exploitation proprement économique soit possible : l'innovation ne se confond pas avec la découverte. De même, si un « innovateur » est requis, à la fois au niveau de l'invention scientifique, de l'application technologique (re [...]

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Pour citer l’article

François BOURRICAUD, « CHANGEMENT SOCIAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/changement-social/