CHANGELes théories du change

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Les théories de base du taux de change

Les théories traditionnelles du taux de change privilégient le marché des biens et services. Dans cette perspective, le taux de change d'équilibre est celui qui assure l'unicité des prix des biens et services à travers le monde et qui ainsi rééquilibre les balances courantes. Rompant avec cette approche réelle, les théories monétaires élaborées durant les années 1970 adoptent une perspective financière dans laquelle les stocks de devises sont traités comme des placements et le taux de change devient ainsi un prix d'actif. L'approche du taux de change par la théorie des choix de portefeuille étend cette logique en prenant en compte non seulement les stocks de monnaies, mais aussi les stocks de titres libellés en différentes devises.

Les premières approches réelles du taux de change

Les deux principales théories traditionnelles de la détermination du taux de change sont la parité des pouvoirs d'achats et l'approche du taux de change par la balance des paiements. Elles ont en commun, outre leur développement déjà ancien, de reposer sur une approche réelle du taux de change, dans laquelle le marché des biens et services joue un rôle essentiel.

La théorie selon laquelle le taux de change devrait assurer la parité des pouvoirs d'achats (P.P.A.) a des racines qui remontent loin dans le temps. En effet, l'idée selon laquelle il y a un lien entre la valeur relative de deux monnaies et leurs pouvoirs d'achats relatifs se trouve déjà dans les travaux du philosophe et historien David Hume (1711-1776) et de l'économiste classique David Ricardo (1772-1823). Mais la première présentation complète de cette théorie est attribuée à Gustav Cassel, qui détaille le principe de la P.P.A. dans deux articles parus en 1916 et 1918.

Karl Gustav Cassel

Photographie : Karl Gustav Cassel

Karl Gustav Cassel, économiste, a été le premier à fournir une présentation complète de la théorie du change fondée sur la parité des pouvoirs d'achat. 

Crédits : ullstein bild/ Getty Images

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Dans sa version la plus simple – la « version absolue » – la parité des pouvoirs d'achats implique que le taux de change doit se fixer à un cours qui assure l'égalité entre les niveaux de prix domestique et étranger, une fois ces prix exprimés dans une même unité monétaire. Autrement dit, si la parité des pouvoirs d'achats absolue est respectée, une unité de monnaie domestique permet – au taux de change courant – d'acheter la même quantité de biens et services dans le pays domestique que dans le pays étranger. Ainsi, à l'équilibre, le taux de change assure l'absence d'un avantage de prix d'un pays par rapport à un autre. Toute déviation du taux de change par rapport au niveau assurant la P.P.A. doit tendre à se corriger d'elle-même. Par exemple, si le niveau des prix domestiques devient inférieur au niveau des prix étrangers, les biens domestiques seront revendus avec profit dans le pays étranger, jusqu'à ce que leur prix en devises augmente jusqu'au niveau des prix étrangers (rétablissement de la P.P.A.).

La P.P.A. absolue peut être envisagée comme une extension de la loi du prix unique pour un bien, à l'existence d'un prix international unique pour un panier de produits. Mais les paniers de consommation domestiques et étrangers ne sont pas parfaitement similaires et il existe des obstacles à leurs échanges internationaux, qui peuvent tenir au protectionnisme, mais aussi aux coûts de transports, ou encore aux caractéristiques du produit. Une version moins exigeante de la P.P.A. – « la version relative » – suppose seulement que l'évolution du taux de change doit suivre le différentiel d'inflation étranger et domestique. Si l'écart entre les taux d'inflation étranger et domestique est un pourcentage positif, la monnaie domestique doit s'apprécier nominalement du même pourcentage, c'est-à-dire s'échanger contre un plus grand nombre d'unités de devise. Le renchérissement de la monnaie domestique compense alors exactement la hausse moins rapide des prix domestiques par rapport aux prix étrangers : la compétitivité extérieure du pays domestique ne change pas si la P.P.A. relative est respectée.

L'approche traditionnelle du taux de change par la balance des paiements conçoit le taux de change avant tout comme une variable d'ajustement, permettant d'atteindre l'équilibre externe. Dans les versions les plus simples de cette approche, le taux de change réel – défini comme le rapport du [...]

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Hélène RAYMOND-FEINGOLD, « CHANGE - Les théories du change », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/change-les-theories-du-change/