HIMALAYENNE CHAÎNE

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L'Himalaya et la tectonique des plaques

La collision Inde-Asie

On sait maintenant avec certitude que le continent indien ne s'est accolé à l'Asie qu'à une époque relativement récente, il y a 40 à 45 millions d'années ; on connaît aussi les grandes lignes de l'histoire de ce continent avant qu'il n'entre en collision avec l'Asie.

Il y a 85 millions d'années, l'Inde appartenait encore à un grand continent méridional, le Gondwana, qui comprenait aussi l'Afrique, l'Antarctique et l'Australie ; elle était alors séparée de l'Asie par un océan de 6 000 kilomètres de large, appelé la Néotéthys.

Le continent méridional s'est ensuite disloqué : l'Antarctique, l'Australie et l'Inde se sont séparées de l'Afrique, créant un nouvel océan, qui, en s'agrandissant, formera l'océan Indien actuel.

Après s'être séparée de l'Afrique, vers − 85 Ma, l'Inde s'est déplacée vers le nord à une vitesse de plus de 10 centimètres par an (c'est-à-dire plus de 1 000 km en 10 millions d'années !). L'Asie étant restée à peu près stable en latitude, cela implique que la Néotéthys a diminué de largeur au fur et à mesure que l'Inde a migré vers le nord. Ce rétrécissement n'a été possible que grâce au fonctionnement de plusieurs zones de subduction situées au sud de l'Asie de l'époque. L'une d'elles se situait à sa bordure sud, où se formait une chaîne de type andin actuellement située au Sud-Tibet. Une autre subduction fonctionnait aussi au sud d'un arc volcanique intra-océanique, qui correspond actuellement à ce qu'on appelle l'arc de Kohistān (nord du Pakistan) et du Ladakh (nord du Cachemire). Il est probable que, vers − 60 à − 70 Ma, la bordure nord de l'Inde fut déjà entraînée dans cette subduction intra-océanique, ce qui provoqua une obduction avec charriages de roches océaniques et une première déformation du nord de l'Inde.

Mouvements relatifs entre l'Eurasie, l'Inde et l'Afrique

Dessin : Mouvements relatifs entre l'Eurasie, l'Inde et l'Afrique

Mouvements relatifs entre, d'une part, l'Eurasie (supposée fixe) et, d'autre part, l'Inde (entre -80 M.A. et l'Actuel) et l'Afrique (entre -80 M.A. et l'Actuel). On observe que l'Inde a parcouru plusieurs milliers de kilomètres avant de venir « emboutir » l'Asie (d'après P. Patriat et... 

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Mais c'est seulement vers − 50 Ma que la collision Inde-Asie commence en fait à se produire. Compte tenu des formes non complémentaires des deux continents, elle fut sans doute plus précoce à l'ouest qu'à l'est et ne fut vraisemblablement totalement réalisée que vers − 40 Ma. Les domaines océaniques compris entre l'Inde et l'Asie ont alors totalement disparu. Dans ce qui correspond actuellement aux sutures entre l'Inde et l'Asie, il ne subsiste plus que des lambeaux de croûte océanique de la Néotéthys, qui apparaissent sous forme de roches appelées ophiolites. C'est seulement à partir de ce moment que la partie nord du continent indien commence à se déformer de façon intense ; la chaîne himalayenne se forme peu à peu ; depuis, elle n'a cessé de s'étendre et, à l'époque actuelle, elle n'est encore qu'un stade dans une évolution qui va probablement se poursuivre encore pendant plusieurs dizaines de millions d'années.

La collision ne provoque pas seulement la déformation du nord du continent indien ; le continent asiatique, embouti par l'Inde, subit lui aussi des déformations qui, avec le temps, sont devenues de plus en plus importantes, et qui ont affecté un domaine de plus en plus grand. En fait, la croûte continentale indienne s'enfonce sous l'arc du Kohistān et du Ladakh, sous le Karakoram et sous le Tibet, provoquant de grands bouleversements qui gagnent progressivement des territoires plus septentrionaux.

On considère actuellement que c'est l'enfoncement de l'Inde dans l'Asie qui est en définitive responsable de la formation du Pamir (qui culmine à 7 495 m), de la surrection du Tibet (dont l'altitude moyenne est d'environ 5 000 m), de la formation, plus au nord encore, de la chaîne du Kunlunshan (qui culmine à 7 282 m), et enfin de la formation, à l'est, des chaînes qui s'étendent depuis le nord de l'Indochine et de la Birmanie jusqu'en Chine centrale, dans l'est de la province chinoise du Sichuan (où le Minya Konka, ou Gonggashan, atteint 7 590 m).

La surrection de toutes ces chaînes de montagnes intracontinentales, conséquence de la collision, a été accompagnée par le fonctionnement de grandes failles de décrochement, pouvant atteindre plus de 1 000 kilomètres de longueur, avec un rejet horizontal probable de plusieurs centaines de kilomètres. On a supposé que c'est grâce à de telles failles que l'Indochine a été expulsée vers le sud-est, le long de la faille de la Rivière Rouge et l'Afghanistan vers le sud-ouest, le long de la faille de Chaman, cette expulsion se faisant en quelque sorte au front d'un gigantesque poinçon indien qui a pénétré en force dans l'Asie entre − 50 et − 40 Ma, la déformant en grande partie. La chaîne himalayenne correspondrait ainsi à la partie frontale de ce poinçon (l'Inde) ; on comprend dans ces conditions que la déformation y soit particulièrement intense et spectaculaire.

Sutures ophiolitiques entre Paléo-Eurasie et Inde

Dessin : Sutures ophiolitiques entre Paléo-Eurasie et Inde

Allure actuelle des différentes sutures ophiolitiques (en rouge) situées entre la Paléo-Eurasie (jaune) et l'Inde (marron clair). Les microcontinents ainsi délimités ont été laissés en blanc. Les microcontinents indochinois, de la Chine du Sud-Est et arabique d'origine probablement... 

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Collision Inde-Eurasie

Dessin : Collision Inde-Eurasie

Blocs diagramme montrant l'expulsion latérale vers l'est des blocs continentaux sud-tibétain, nord-tibétain et du Kunlunshan au front du poinçon indien. Cette expulsion latérale se fait grâce à de grandes failles de décrochement senestres. La bordure nord de l'Inde est elle-même... 

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L'histoire antécollision de l'Asie

Les parties de l'Asie qui ont progressivement subi les effets de la collision avaient déjà été le siège, avant cette collision, d'événements géologiques importants ( c). Des chaînes d'âge secondaire s'y étaient déjà édifiées, qui ont été remodelées au Tertiaire par ce qu'on appelle la phase himalayenne. Cette histoire ancienne doit être rappelée, car elle a souvent fortement influencé l'évolution récente. On peut aisément remonter jusqu'à − 250 Ma. À cette époque, nous avons vu qu'il existait deux grands continents ; au sud se trouvait le continent dit de Gondwana (comprenant l'Inde, l'Australie, l'Antarctique, l'Afrique et l'Amérique du Sud) ; au nord se trouvait le continent dit de la Laurasie, assez différent de l'Asie actuelle. Il faut, en effet, non seulement lui enlever le continent indien, mais aussi un ensemble de microcontinents qui, à l'époque, n'étaient pas encore accolés à l'Asie ; il s'agit de ce qui correspond actuellement à l'Afghanistan, à une partie du Pamir, au Karakoram, au Tibet Nord et Sud ( b), à tout le domaine birman et indochinois, aux chaînes de l'est de la Chine, et peut-être même à toute la Chine du Sud. On peut en effet montrer que ces différents microcontinents se sont détachés du continent de Gondwana très tôt, dès le Permien sans doute, et sont venus s'accoler à une Paléo-Asie au cours du Secondaire, tout comme l'Inde l'a fait au Tertiaire. Une série de minicollisions se sont produites, qui ont formé une série de chaînes de montagnes. Celles-ci furent aussi précédées par des subductions et des obductions (cf.  b) qui ne se signalent plus que par des sutures ophiolitiques.

La figure montre l'allure actuelle de ces différentes sutures et donne ainsi une idée de la géométrie des différents blocs qui sont venus s'accoler à la Paléo-Asie. La figure montre à quelles vicissitudes ont été soumis tous les petits continents « migrateurs », avant la collision finale de l'Inde. D'une façon générale les [...]

Sutures ophiolitiques entre Paléo-Eurasie et Inde

Dessin : Sutures ophiolitiques entre Paléo-Eurasie et Inde

Allure actuelle des différentes sutures ophiolitiques (en rouge) situées entre la Paléo-Eurasie (jaune) et l'Inde (marron clair). Les microcontinents ainsi délimités ont été laissés en blanc. Les microcontinents indochinois, de la Chine du Sud-Est et arabique d'origine probablement... 

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Évolution de la chaîne Himalaya-Tibet

Diaporama : Évolution de la chaîne Himalaya-Tibet

Évolution du domaine himalayen et de ses abords depuis 220 millions d'années. 

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Himalaya : morphologie générale

Himalaya : morphologie générale
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Le K2 ou Chorogi (Himalaya)

Le K2 ou Chorogi (Himalaya)
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Sutures ophiolitiques entre Paléo-Eurasie et Inde
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Pour citer l’article

Maurice MATTAUER, Jacques-Louis MERCIER, « HIMALAYENNE CHAÎNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chaine-himalayenne/