PAVESE CESARE (1908-1950)

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Du réel au symbolique

Pavese est né à Santo Stefano Belbo, dans ces collines piémontaises qu'il aimait tant. Son père, modeste greffier auprès du tribunal de Turin, y possédait une maison. Il meurt d'une tumeur cérébrale quand son fils a six ans. Confrontée aux difficultés économiques, sa mère, femme peu expansive et rigide, élève ses deux enfants d'une main ferme. Pavese fréquente le collège des jésuites, puis le lycée Massimo d'Azeglio où il se lie d'amitié avec Giulio Einaudi, Leone Ginzburg, Massimo Mila. Leur professeur d'italien est Augusto Monti, écrivain et pédagogue exceptionnel pour qui exigences éthiques, civisme et culture ne sauraient être séparés. Dans le premier après-guerre, Turin est une ville très industrialisée et un centre de luttes politiques. Tout l'éventail de l'antifascisme est présent dans le débat culturel. La ville est l'un des bastions du courant crocien, et la méthode historique fait école chez les littéraires. Ajoutons à cela la riche tradition éditoriale du Piémont et l'on comprendra la haute idée que ces jeunes gens se font du travail intellectuel. Dès 1931, Pavese commence à publier ses traductions de Sinclair Lewis, Sherwood Anderson, Herman Melville, James Joyce, Dos Passos, tandis que dans de longs articles il révèle au public italien la littérature américaine. Il ne se prive pas de défendre la liberté, comme dans son premier essai de 1930 sur Sinclair Lewis : “Au fond, la soif de ces personnages est une et une seule : la liberté. Liberté pour les individus face aux chaînes irrationnelles de la société [...]. Ce ne sont pas des surhommes, au contraire, ce sont des êtres ordinaires, même quand ils ont du génie.” En 1933, Giulio Einaudi fonde sa maison d'édition avec l'aide de ses amis, dont Pavese. Les collaborateurs sont surveillés par le régime fasciste. Arrêté le 13 mai 1935 – il a servi de boîte aux lettres pour la femme qu'il aime, une militante communiste –, Pavese garde le silence pendant le procès ; condamné à trois ans de confino en Calabre, il bénéficiera d'une remise de peine à la suite des victoires italiennes en Éthiopie. Rentré à Turin le 18 mars 1936, il apprend que “la femme à la voix rauque” dont il est amoureux vient de se marier. Ce sera sa première grande déception amoureuse. Il venait de lui adresser son premier recueil de vers, Travailler fatigue (Lavorare stanca, 1936). À partir d'un rythme ternaire anapestique, Pavese crée une cadence monotone, obsédante qui suscite de fugitifs moments intérieurs par l'entremise de personnages ordinaires. Avec une pointe d'orgueil, dix ans plus tard, il rappellera que, lorsque la poésie italienne était “un silence souffert”, il dialoguait pour sa part en prose et en vers avec des paysans, des prostituées, des prisonniers. Un second recueil sortira posthume sous le titre La mort viendra et elle aura tes yeux (Verrà la morte e avrà i tuoi occhi, 1951), titre choisi par l'auteur pour un groupe de ces poèmes, dédié à Constance Dowling, un autre de ses amours déçus.

Exclu de l'enseignement pour raison politique, Pavese est engagé en 1938 à plein temps par les éditions Einaudi. En 1943, il est à Rome pour organiser une succursale ; souffrant d'asthme, il avait été dispensé des obligations militaires. Après l'armistice du 8 septembre, il passe un court moment à Turin avant de rejoindre sa sœur près de Casale Monferrato, et il y demeure jusqu'à la libération de l'Italie du Nord en avril 1945. Commencent alors cinq années de créativité, d'intense travail éditorial et de participation active à la bataille des idées. Pavese, qui vient d'adhérer au Parti communiste, défend l'exigence réaliste mais refuse de la confondre avec la transcription des événements. Ce serait oublier que “tout dans un livre, intrigue, personnages, arbres, maisons, tout est mot”. C'est en amont que l'exigence néo-réaliste doit opérer, écrit-il le 8 mai 1946, comme condition d'une œuvre, sans lui fournir nécessairement ses thèmes. Nathalie Sarraute ne dira rien d'autre dans L'Ère du soupçon en 1956. Mais ces positions ne sont pas comprises, d'autant moins que, depuis 1943, Pavese a développé une réflexion sur la mémoire et la conscience liées à la notion d'après-coup, qui se ressent fortement de la référence à l'inconscient freudien. C'est là le résultat d'un long effort de construction de soi, psychologique et intellectuelle, dont témoigne son journal, Le Métier de vivre (Il Mestiere di vivere, 1952), et qui se concréti [...]

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Pour citer l’article

Giuditta ISOTTI-ROSOWSKY, « PAVESE CESARE - (1908-1950) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cesare-pavese/