C.N.E.S. (Centre national d'études spatiales)

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Depuis 1961, la France dispose d'un organisme chargé de mettre en application sa politique spatiale. Il s'agit du Centre national d'études spatiales (C.N.E.S.) qui, avec le concours de l'industrie, conduit des programmes purement nationaux mais agit aussi au niveau européen en représentant la France auprès de l'Agence spatiale européenne (E.S.A.), à laquelle il apporte par ailleurs une contribution financière. Le rôle joué par le C.N.E.S. conjointement avec la Délégation ministérielle pour l'armement (D.M.A.) a permis à la France de devenir, dès 1965, avec le lancement du premier satellite français, A1 « Astérix », la troisième puissance spatiale, après l'Union soviétique et les États-Unis.

Aujourd'hui, le C.N.E.S. agit – soit seul, soit en coopération européenne, soit en coopération internationale – dans tous les domaines des activités spatiales : lanceurs spatiaux – comme la série des Ariane, pour laquelle il agit sur délégation de l'E.S.A. –, satellites de surveillance de la Terre, satellites d'application, satellites scientifiques, satellites liés à la défense et à la sécurité nationale, sondes d'exploration du système solaire. Si, à l'origine, les vols habités étaient de la responsabilité du C.N.E.S., ils sont désormais conduits au niveau européen par l'E.S.A.

Toutefois, les premières réalisations françaises en matière spatiale apparaissent bien antérieurement à la création du C.N.E.S. ; elles résultent des études et des recherches conduites par des pionniers, de l'héritage laissé par l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et des acquis de quelques laboratoires et sociétés qui, de 1945 à 1961, vont permettre à la France de ne pas se laisser trop distancer par les deux puissances spatiales majeures que sont les États-Unis et l'Union soviétique.

Les premiers temps de l'espace français

Deux personnalités ont fortement marqué les débuts de l'astronautique française. Le premier est Robert Esnault-Pelterie, qui jette les bases théoriques de l'astronautique dès 1912 – dans une communication à la Société française de physique, Considérations sur les résultats d'un allègement indéfini des moteurs – et qui, de 1934 à 1937, fait fonctionner au banc, à Satory, près de Versailles, les premiers moteurs-fusées français à ergols liquides. Le second est le colonel Jean-Jacques Barré, qui réalise sous l'Occupation la première fusée à ergols liquides française, la EA-1941 (Engin autopropulsé-1941) ; celle-ci effectuera son premier vol après la Libération, le 15 mars 1945, à l'Établissement d'expériences techniques de La Renardière, près de Toulon.

Robert Esnault-Pelterie

Photographie : Robert Esnault-Pelterie

Le Français Robert Esnault-Pelterie (1881-1957), aviateur et ingénieur, s'illustra en aéronautique et en astronautique. Il commence dès le début du XXe siècle par construire ses propres appareils, les monoplans baptisés R.E.P. selon ses initiales, puis il met au point le moteur en étoile... 

Crédits : Library of Congress, Washington D.C.

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1945 est l'année où la France découvre l'avance prise par l'Allemagne dans le domaine des fusées. En 1946 et en 1947, des ingénieurs allemands venant de Peenemünde arrivent à Vernon, dans l'Eure, au Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques (L.R.B.A.) et constituent avec les ingénieurs français les premières équipes chargées de concevoir et de réaliser des fusées. Pour l'heure, on songe à des missiles balistiques dans la droite ligne des V2 mais ces projets sont rapidement abandonnés pour faire place, le 15 mars 1949, à l'étude d'une fusée-sonde qui prendra le nom de Véronique.

À cette époque, les scientifiques commencent à s'intéresser à la haute atmosphère ; en France, cette étude est parrainée par le Comité d'action scientifique de la Défense nationale. C'est dans ce contexte que la réalisation de Véronique est décidée par la Direction des études et fabrications d'armement, qui la confie au L.R.B.A. En fait, cette fusée-sonde vise deux objectifs : d'une part, contribuer à l'étude du fonctionnement en vol d'un moteur-fusée ; d'autre part, servir à l'exploration de l'atmosphère jusqu'à une altitude de 65 kilomètres en emportant une masse d'équipements scientifiques fixée à 65 kilogrammes.

Compte tenu du savoir-faire français, à l'époque limité, tout ou presque tout – l'architecture générale de l'engin, la propulsion, le guidage... – est à inventer. Le premier prototype de Véronique effectue son premier vol à Vernon en avril 1951, avec succès ; puis d'autres lancements ont lieu depuis les champs de tir de Suippes (dans la Marne) et du Cardonnet (dans l'Hérault). L'ensemble de ces vols satisfaisants permet alors de réaliser la Véronique N opérationnelle. Du 20 mai 1952 au 21 avril 1953, onze exemplaires de cette version seront lancés d'Hammaguir, tout nouveau champ de tir situé dans le Sahara algérien, près de Colomb-Béchar.

On se rend cependant compte à cette époque que l'altitude maximale de 70 kilomètres est insuffisante pour faire des sondages intéressants. Avec une nouvelle version dénommée Véronique NA, on vise donc 135 kilomètres.

Parallèlement au déroulement du programme Véronique, Jean-Jacques Barré avait poursuivi ses propres travaux concernant la propulsion et les fusées. Après la fusée EA-1941, qu'il essaya une dernière fois au point fixe en 1946 au mont Valérien, il se lança dans la réalisation d'un engin à oxygène liquide et essence qu'il baptisa Éole-1946. Un premier essai eut lieu, le 4 février 1949, au point fixe no 1 du L.R.B.A. qui venait juste d'être achevé. Des essais en vol auront lieu les 22 et 24 novembre 1952 à Hammaguir avec une autre version dénommée Éole-1951. Cet engin d'une masse de 3 tonnes équipé d'un moteur de 10 tonnes de poussée à oxygène liquide et alcool subira, hélas ! deux échecs en vol consécutifs, ce qui mettra un terme aux travaux de Barré et repoussera de plus de dix ans l'utilisation de moteurs à oxygène liquide. Le choix de l'acide nitrique retenu pour Véronique semblait à l'époque plus sûr pour une utilisation dans les conditions climatiques d'Hammaguir.

La communauté spatiale internationale avait décidé de faire de 1957-1958 l'Année géophysique internationale (A.G.I.). À cette occasion, on engage la réalisation d'une nouvelle version de Véronique qui, pour la circonstance, est appelée Véronique A.G.I. et à laquelle est confiée la mission d'emporter la même masse de 65 kilogrammes à l'altitude de 210 kilomètres.

Des modifications importantes sont apportées, surtout au niveau du moteur et de son refroidissement. On remplace le kérosène par de l'essence de térébenthine afin d'améliorer les performances. Avec Véronique A.G.I., un taux de succès de 81,5 p. 100 sera atteint sur quarante-huit lancements intervenus à Hammaguir et à Kourou de 1959 à 1969. Une Véronique A.G.I. sera d'ailleurs la première fusée lancée du tout nouveau Centre spatial guyanais (C.S.G.) de Kourou, le 9 avril 1968. Ce fut aussi avec une Véronique A.G.I. que, le 22 février 1961, le rat Hector effectua un vol de plus de huit minutes culminant à 110 kilomètres, constituant ainsi la première expérience française d'envoi d'un animal dans l'espace.

Les excellents résultats obtenus a [...]

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Robert Esnault-Pelterie

Robert Esnault-Pelterie
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Le programme européen Ariane

Le programme européen Ariane
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Ariane-5 en 2005

Ariane-5 en 2005
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Centre spatial guyanais

Centre spatial guyanais
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  • : membre de l'Académie de l'air et de l'espace et de l'International Academy of Astronautics, ancien président de l'Institut français d'histoire de l'espace

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Pour citer l’article

Jacques VILLAIN, « C.N.E.S. (Centre national d'études spatiales) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/centre-national-d-etudes-spatiales/