BREILLAT CATHERINE (1948- )

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Un cinéma de rupture

Un premier film, réalisé avec peu de moyens en 1975, Une vraie jeune fille, reste inédit à la suite de la faillite du producteur (il ne sera montré qu’en 2000). Trois ans plus tard, Tapage nocturne (1979) divise profondément la critique. L’héroïne est cinéaste, et le film décrit crûment ses relations plus sexuelles que sentimentales avec de nombreux hommes, ainsi que les rapports teintés de masochisme qu’elle entretient avec l’un d’eux. Tapage nocturne, en prenant le contre-pied de certains clichés féministes des années 1970, heurte le public. Pendant près de dix ans, Catherine Breillat se consacre de nouveau à l’écriture. Dans 36 fillette (1988), les contradictions du personnage féminin se retrouvent chez une adolescente de quatorze ans qui se laisse séduire par un quadragénaire, puis se refuse, le relance, pour céder finalement à un garçon plus jeune. Par sa crudité et son refus de faire de son personnage une représentante de l’adolescence contemporaine, cette œuvre est à l’opposé des poncifs que l’on trouve dans les films sur les premiers émois sexuels, de Diane Kurys à Michel Lang. Refusant l’attendrissement sentimental comme l’esthétisme nostalgique, 36 fillette évoquerait plutôt le Pialat de À nos amours, pour qui elle a d’ailleurs écrit, entre autres, le scénario original de Police (1985). Le heurt des deux personnalités mène finalement à deux objets différents, le film de Maurice Pialat et un roman de Catherine Breillat.

Le matériel alors recueilli pour décrire le milieu policier sert en partie à l’élaboration de Sale comme un ange (1991), où l’intérêt se déplace cette fois du personnage féminin vers Deblache, le personnage masculin interprété par Claude Brasseur, la cinquantaine, miné par l’alcool, cardiaque, macho fasciné par une petite bourgeoise résignée (Lio), épouse de son jeune équipier. Catherine Breillat filme, sans attendrissement suspect ni alibis esthétiques, des policiers qui trafiquent allègrement, des personnages peu sympathiques, qu’elle ne cherche pas à justifier. La caméra enregistre physiquement la séduction de la jeune femme sur un canapé, dans sa durée, d’un seul tenant, comme avec indifférence.

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Joël MAGNY, « BREILLAT CATHERINE (1948- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/catherine-breillat/