CATÉGORIES

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Plans de la pensée catégoriale

La pensée grecque fournit des éléments suffisants pour situer la pensée catégoriale dans la connaissance. a)  Rien dans la philosophie grecque classique ne saurait être dit correspondre à la distinction entre ontologie matérielle et ontologie formelle. Il est vrai que l'Un, corrélat de l'Être selon Aristote (Métaphysique, 1003 b sqq.), amène à un entendement particulier de l'Être, car, en tant qu'associé à l'Un, l'Être n'est pas appréhendé comme l'opposé du Non-Être, mais, en tant qu'opposé de l'opposé de l'Un, c'est-à-dire du Multiple. Ainsi s'expliquerait l'unité de l'Être – qui est une propriété formelle. Cependant, l'ontologie d'Aristote demeure foncièrement « matérielle ». Au contraire, le ti des stoïciens, que Sénèque traduit par quid et qui constitue le référent ultime de toutes les entités, corporelles ou incorporelles (Lettre VI, 58), pointe vers le aliquid, le « quelque chose » de la liste médiévale des « transcendantaux » (unum, ens, aliquid, verum, bonum). Il relève du même registre que l'Etwas husserlien (Ideen, I, § 11-14) ou que le Dasein, qui, dans la Logique de Hegel, vient à la suite du Devenir abstrait.

Or la pensée catégoriale se place tout de suite au-dessous de l'ontologie formelle. Ne possédant pas l'universalité abstraite de cette dernière, elle se livre, en outre, à une description de l'expérience, qu'elle saisit dans ses aspects les plus généraux. Chez les stoïciens, ils se trouvent réduits à un strict minimum : substrat ou substance, qualités stables, manières d'être contingentes et manières d'être relatives (cf. Stoicorum Vetera Fragmenta, II, 369 sqq.). Chez Aristote, dans les énumérations plus complètes (Catég., IV, Topiques, I, 9), ils sont au nombre de dix : la « substance » ou le « quoi », ou « ce-qui-est », et « l'essence » ; le « combien » ; le « quel » ; le « relativement-à-quoi » ; le « où » ; le « quand » ; l'« être-en-position » ; l'« avoir » ou « être-en-état » ; le « faire » ; l'« être-affecté » ou le « souffrir ». Telles sont les désignations que traduisent les termes de substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, possession ou état, action, passion. b) La pensée catégoriale s'étage elle-même sur des plans différents. Entre l'ontologie formelle et les catégories proprement dites, il convient, en effet, de considérer des couples tels que Identité et Différence, Ressemblance et Dissemblance (Thééthète 185 c), la Limite et l'Illimité du Philèbe, ou le Même et l'Autre du Sophiste (ce dernier couple frôlant l'ontologie formelle). Aristote distinguera ainsi entre les « dérivés » de l'Être – Même, Autre, Contraire, Différent, Ressemblant (Métaphysique, Δ, 9-10) – et les catégories. Comme l'Être et l'Un, le Même, l'Autre et le Contraire « seront distincts selon chaque catégorie » (Métaphysique, 1018 a 35-39). Ces concepts ont une portée plus générale que les catégories isolées. Ils sont les repères formels de toute description de l'expérience, alors que les catégories contribuent d'une façon beaucoup plus positive à la détermination des êtres. En effet, appliquées à la catégorie sui generis de la substance, quantité, qualité, relation, etc., elles ont une capacité d'identification de l'expérience que les « grands genres » platoniciens ne possèdent pas. Ceux-ci sont davantage des opérateurs de la pensée, ce qui, par ailleurs, leur permet de sous-tendre l'arrangement des tables de catégories. Au sujet de la classification aristotélicienne, Émile Benveniste a noté que la quantité s'oppose à la qualité, l'espace au temps, la position à l'état, l'action à la passion ; et Nicolai Hartmann avait déjà opposé substance et relation (Der Aufbau der realen Welt, 1940 ; dans sa propre table, Hartmann dispose toutes les catégories selon des paires de contraires).

Bref, la pensée catégoriale se place entre l'ontologie ou les eonta et la science de ces êtres. À sa manière, Kant a signalé la nature particulière de la pensée catégoriale. D'une part, les catégories, « concepts primitifs » (Critique de la raison pure, A 81, B 107), fournissent [...]

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  • : docteur en philosophie, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Fernando GIL, « CATÉGORIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/categories/