CARUS, Pascal QuignardFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Conversations

Les liens d'amitié servent la société, parce qu'ils entretiennent la conversation. Mais, dans Carus, Pascal Quignard imagine un musicien, A., qui divise ses pairs en se mettant à leur parler dans le vide. Il est vrai que ce roman sacrifie littéralement l'amitié bavarde à l'amour de la langue écrite. Le mot est lâché : l'auteur s'interroge et nous interroge sur le commerce des langues, sinon sur un « être » de la langue. Il met en scène quelques personnages dont c'est le métier de sacrifier à l'amour de la leur : ils sont tantôt grammairien ou philologue, tantôt bibliophile ou rhéteur. Ils se demandent ce que devient le peu de souffle qu'on s'époumone à transformer en mots, et surtout ce que devient la voix qui porte ces mots quand elle vient à s'imprimer, c'est-à-dire quand elle est rendue au silence de la lecture.

Le narrateur décrit, dans une sorte de journal intime simulé, les troubles et les heurts parfois superficiels, parfois plus sérieux, qui entretiennent, dit-on, l'amitié. Carus n'est pourtant pas un traité de l'amitié, mais plutôt une réflexion sur la conversation ou l'échange linguistique comme point de départ de l'amitié. C'est avec une drôlerie constante, un véritable sens de la parodie (hérité, peut-être, des Latins), que Pascal Quignard revient sur ce thème.

Résolus à se bien accorder, comme ils respectent en parlant les règles de la conversation et celles de la grammaire, quelques amis musiciens forment quatuor. Des femmes les entourent qui resteront toujours un ton au-dessous, ainsi que le veut la convention. Or Carus, qui explore tous les possibles du roman contemporain, respecte, pour mieux marquer leurs limites, les conventions du genre. Mais on ne saurait parler du statut des personnages. Ils n'ont pas de vie propre (Carus tient le naturalisme à distance). Ils n'existent que dans leurs noms. Pas n'importe lesquels : Ieurre, Quoeun, Recroît... Parfois, au contraire, on reconnaît des noms plus communs, q [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages






Écrit par :

Classification


Autres références

«  CARUS, Pascal Quignard  » est également traité dans :

QUIGNARD PASCAL (1948- )

  • Écrit par 
  • Aliette ARMEL
  •  • 2 584 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Des romans palimpsestes »  : […] Les personnages de son roman Carus (1979, prix des critiques) ressemblent aux premiers lecteurs de Pascal Quignard : autour de A., musicien en proie à la mélancolie, un grammairien, un bibliophile, un rhéteur, une psychanalyste se retrouvent, font de la musique, échangent des propos sur l'amitié et le langage. Situé également au cœur du xx e  siècle, le Salon du Wurtemberg (1986) ouvre à un plai […] Lire la suite

Pour citer l’article

Yves LAPLACE, « CARUS, Pascal Quignard - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/carus/