CAROLINGIENS

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De la naissance à la dislocation de l'Empire

L'ascension de la famille carolingienne

L'ascension de la famille carolingienne commence au début du viie siècle, où paraissent les deux ancêtres du lignage, appartenant tous deux à l'aristocratie austrasienne, Pépin de Landen, possessionné en Ardenne, dans la vallée de la Meuse entre Namur et Liège et en Brabant, et saint Arnoul, évêque de Metz, dont les biens patrimoniaux s'étiraient entre Metz et Verdun. Ils furent l'un et l'autre dans l'opposition à la reine Brunehaut et rallièrent au roi neustrien Clotaire II l'aristocratie de la Gaule du Nord-Est (613). Le mariage de leurs enfants Begga et Anségisel unit deux fortunes terriennes et donna au lignage une fortune considérable. Si saint Arnoul abandonna bientôt la vie politique pour se retirer au monastère de Remiremont où il mourut vers 626, Pépin fut maire du palais du fils de Clotaire II, Dagobert, au temps où celui-ci gouvernait en sous-ordre l'Austrasie (623-629). Son fils aîné Grimoald exerça la même fonction, toujours en Austrasie, aux côtés du fils de Dagobert, Sigisbert III, et se crut déjà assez fort pour pousser son propre fils à la succession de ce roi. Mais il se heurta au légitimisme mérovingien et sa tentative échoua (662). Le chef du lignage fut dès lors Pépin II, fils d'Anségisel et de Begga, dit Pépin de Herstal, dont la fortune foncière s'accrut encore grâce aux biens que lui apporta sa femme Plectrude dans la région de Trèves. Au cours de la grande crise que traversa le royaume franc dans le dernier tiers du siècle, il s'efforça d'abord de préserver l'autonomie austrasienne contre Ebroïn, puis, après la disparition de celui-ci (680), il réussit à vaincre les Neustriens à Tertry (687) et à se faire reconnaître maire du palais pour l'ensemble du royaume par le roi mérovingien Thierry III. L'Autrasie a donc été le tremplin de sa fortune politique.

Elle demeura le réservoir de forces du lignage, maintenant que l'unité franque était en principe rétablie sous un régime destiné à durer encore trois quarts de siècles : le roi régnant nominalement et à côté de lui le chef politique réel, le maire du palais, qui prend le titre de duc ou de prince des Francs. Peu s'en fallut cependant que ce régime ne s'effondrât quand Pépin mourut en 714 : sept ans furent nécessaires au dernier de ses fils vivants, son bâtard Charles Martel, pour s'imposer et poursuivre l'œuvre de son père.

L'action de Charles Martel (721-741) consista surtout à rétablir l'unité du royaume franc qu'un demi-siècle de guerres civiles avait fortement ébranlée. Dans le cadre de cette entreprise se situe, en particulier, la brillante victoire de Poitiers que le duc des Francs remporta sur les Arabes qui avaient envahi l'Aquitaine (732 ou 733). Qu'il suffise d'évoquer ici l'instrument de la reconquête carolingienne : une armée nombreuse et dévouée, constituée par la clientèle austrasienne de Charles Martel et largement pourvue par lui en terres ecclésiastiques et monastiques. L'Église allait connaître ainsi une sécularisation sans précédent, accompagnée d'un bouleversement profond de ses structures.

Bataille de Poitiers

Photographie : Bataille de Poitiers

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À mesure que progressait la reconstitution du royaume, l'autorité du prince s'était singulièrement affermie : le fait qu'après la mort du roi Thierry IV (727) le trône soit demeuré vacant l'indique nettement. Si Charles n'osa pas prendre le titre royal, il disposa néanmoins du royaume, comme s'il était sien, en faveur de ses deux fils légitimes Carloman et Pépin (Pépin III, dit le Bref), donnant à administrer à l'aîné l'Austrasie, l'Alémanie et la Thuringe, au cadet la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. Instruits par les révoltes qui éclatèrent contre eux, les deux frères rétablirent la royauté au profit de Childéric III (743) et se consacrèrent (Carloman surtout) à l'indispensable réforme de l'Église dont le promoteur fut l'Anglo-Saxon Boniface qui venait de convertir la Thuringe et d'organiser l'Église en Bavière. La réforme, cependant, ne fut que partielle ; elle porta notamment sur le problème des biens sécularisés : ils resteraient entre les mains des vassaux qui paieraient un cens modique aux établissements ecclésiastiques dont ils tenaient les terres. Carloman ayant abdiqué en 747, Pépin se trouvait seul maître du royaume et préparait son avènement à la royauté. Pour désarmer les partisans de la légitimité mérovingienne, il consulta la plus haute autorité morale du temps, c'est-à-dire la papauté. Le pape Zacharie ayant donné un avis favorable, Pépin put se faire élire roi par les Francs (751) ; le dernier Mérovingien finit ses jours dans un monastère. Le sacre que Pépin reçut des évêques francs conféra à la royauté nouvelle l'empreinte de la légitimité et l'incorpora en quelque sorte à l'Église.

L'apogée

Les liens qui venaient de se nouer entre la royauté carolingienne et le Saint-Siège s'affermirent encore quand, menacé par les Lombards qui avaient pris Ravenne et marchaient sur Rome, le pape Étienne II vint en 754 en Gaule franque solliciter l'intervention du roi Pépin. Celui-ci s'engagea à porter aide à l'Église romaine ; à la suite de deux campagnes qu'il mena contre les Lombards (755 et 756), il remit au pape (et non à l'empereur qui en était le souverain de plein droit) vingt-trois villes de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole qui, ajoutées à la région de Rome où l'autorité byzantine s'effaçait lentement, formèrent l'« État pontifical ». Le roi des Francs en devint le protecteur en vertu du titre de patrice des Romains qu'Étienne II lui avait conféré. Protecteur lointain : il ne revint plus en Italie après 756, étant occupé à replacer l'Aquitaine sous la domination franque dont elle s'était émancipée depuis plus d'un siècle.

L'Empire de Charlemagne

Vidéo : L'Empire de Charlemagne

"La dynastie germanique des Carolingiens tient son nom du plus puissant de ses rois : Karl der Grosse, Carolus Magnus, Charlemagne. Fils de Pépin le Bref, il devient seul maître du royaume franc en 771. Sa constante politique d'expansion lui permet d'unifier l'Occident chrétien sous son... 

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À partir de 771, quand la mort de Carloman, son frère et associé à la royauté, eut fait de lui le seul maître des Francs, Charlemagne s'engagea dans les entreprises au terme desquelles sa domination se trouva singulièrement étendue. Le bilan de cette expansion peut s'établir de la manière suivante.

Empire carolingien

Dessin : Empire carolingien

L'expansion du royaume franc sous Charlemagne (768-814) 

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Quant au royaume franc : l'expansion, un mome [...]

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700 à 800. De 'Abd al-Malik à Charlemagne

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Dijon
  • : professeur d'histoire de l'art du Moyen Âge à l'université de Paris-X et au Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers

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Pour citer l’article

Robert FOLZ, Carol HEITZ, « CAROLINGIENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carolingiens/