LEWIS CARL (1961- )

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De l'apprentissage à la gloire

Frederick Carlton Lewis naît le 1er juillet 1961 à Birmingham (Alabama), dans une famille sportive. Ses deux parents sont en effet entraîneurs d'athlétisme, son frère aîné est un sprinter de bon niveau, son frère cadet, footballeur, sa sœur, une excellente spécialiste du saut en longueur. L'enfant grandit à Willingboro (New Jersey), près de Philadelphie. Tom Tellez le remarque en 1978 et lui propose d'intégrer l'université de Houston (Texas). Conseillé par ses parents, Carl Lewis accepte l'offre et progresse rapidement. Alors que Lewis se voulait uniquement sauteur en longueur, Tom Tellez, convaincu que son gabarit (1,88 m) est un atout, le persuade de s'essayer au sprint. Carl Lewis va dès lors briller dans les deux spécialités. En 1980, il gagne sa sélection pour les Jeux de Moscou en longueur et pour le relais 4 fois 100 mètres ; mais le président Jimmy Carter décide que les États-Unis boycotteront ces Jeux, pour protester contre l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques. Cette mesure coûte sans doute deux médailles à Carl Lewis. L'athlète progresse rapidement : il court le 100 mètres en 9,99 s dès 1981 et multiplie les performances à la longueur, réussissant notamment 8,76 mètres en 1982.

En 1983 se tiennent à Helsinki les premiers Championnats du monde d'athlétisme. Carl Lewis en est la star. Il remporte en effet le 100 mètres (10,07 s), la longueur (8,55 m) et le relais 4 fois 100 mètres (37,86 s, record du monde). Il aurait sans doute pu gagner également le 200 mètres, mais il ne participe pas à l'épreuve. De manière un peu hautaine et irrévérencieuse envers l'événement, il déclare réserver l'exploit – remporter quatre médailles d'or – pour les jeux Olympiques.

Carl Lewis aborde donc les Jeux de Los Angeles, en 1984, plein d'ambition, mais aussi avec une certaine pression : il n'a cessé de clamer qu'il égalerait Jesse Owens, et le public ne comprendrait pas un échec. En Californie, il atteint son objectif : il gagne le 100 mètres (9,99 s), le 200 mètres (19,80 s), la longueur (8,54 m) et le relais 4 fois 100 mètres (37,83 s, record du monde). Le héros de Berlin n'est pas pour autant rejoint. En effet, Lewis a remporté tous ses titres avec une trop grande facilité ; il s'est contenté de deux essais pour s'imposer au saut en longueur, pour le plus grand déplaisir du public. L'Amérique attendait un héros, elle n'a trouvé qu'un être froid, qui ne sourit jamais. En outre, certaines de ses déclarations sont des plus malheureuses. « Les journalistes ne voulaient pas seulement me comparer à Jesse Owens. Ils voulaient que je sois Jesse Owens, pauvre et docile comme lui », pouvait-il s'étonner. Par ailleurs, des accusations gratuites et sans fondement – on le dit homosexuel, dopé – le blessent et accentuent son arrogance. Carl Lewis n'est donc pas prophète en son pays. Il n'accorde aucune interview, ce qui lui vaut l'ire des journalistes qui, à l'image de Jim Murray, le chroniqueur du Los Angeles Times, dressent de lui des portraits au vitriol. On en fait un aristocrate du sport qui habite une demeure digne du château de Xanadou imaginé par Orson Welles dans Citizen Kane et qui se prend pour le Michael Jackson du Tartan.

Carl Lewis, après sa victoire dans le 100 mètres à Los Angeles (1984)

Photographie : Carl Lewis, après sa victoire dans le 100 mètres à Los Angeles (1984)

Carl Lewis avec la bannière étoilée, à l'issue de sa victoire sur 100 mètres aux Jeux de Los Angeles, en 1984. Les Jeux de Moscou, en 1980, boycottés par les États-Unis et nombre de leurs alliés, avaient vu un triomphe sportif caricatural des Soviétiques. Les Jeux de Los Angeles,... 

Crédits : Bettmann/ Getty Images

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « LEWIS CARL (1961- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carl-lewis/