CARAÏBESL'aire des Caraïbes

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La fragmentation politique

La carte de l'aire des Caraïbes est complexe car, au-delà des facteurs physiques tels que le morcellement insulaire et le compartimentage des reliefs montagneux, des bouleversements historiques ont conduit à une fragmentation politique remarquable. Une quarantaine de pays et de territoires composent une mosaïque de peuples dont certains conservent un lien fort avec des métropoles lointaines.

Aire des Caraïbes

Dessin : Aire des Caraïbes

 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les divisions coloniales

L'espace des Caraïbes fut le premier en Amérique à être découvert puis conquis par les Espagnols dont les expéditions, au cours du xvie siècle, permirent la colonisation de Saint-Domingue (à partir de 1493), Porto Rico, Cuba, le Mexique, la Floride. Cependant, ceux-ci se désintéressèrent rapidement des Antilles, après avoir tenté de mater la résistance des peuples caraïbes, et faute d'avoir trouvé des matières précieuses en quantité suffisante. Ainsi, ce flanc de l'Empire espagnol resta en partie dégarni, ce qui permit aux autres puissances européennes d’attaquer et de s'approprier certains territoires insulaires et quelques marges continentales, essentiellement dans les Antilles et dans les Guyanes. Les colonisations britannique et française débutent avec la prise, vers 1625, de l'île de Saint-Christophe (aujourd'hui Saint-Kitts). Les Français s'emparent en 1635 de la Guadeloupe, de la Dominique et de la Martinique où ils rencontrent une résistance indigène. Les Britanniques conquièrent la Jamaïque en 1655. En 1697, par le traité de Ryswick, l'Espagne reconnaît la souveraineté française sur la partie occidentale de l'île Hispaniola, qui devient la colonie de Saint-Domingue. Tout au long du xviiie siècle, Britanniques et Français se disputent les îles du Vent et les îles Sous-le-Vent. L'extension au Nouveau Monde des guerres européennes au cours des siècles passés est donc à l'origine des contrastes ethniques, linguistiques et culturels d'aujourd'hui. Ainsi, selon l'expression de l'écrivain et homme d'État dominicain Juan Bosch (1909-2001), les Caraïbes sont nées comme « une frontière d'empires ».

Les luttes pour l'indépendance

La colonie de Saint-Domingue se rebelle la première et, après des luttes épiques, obtient l’abolition de l’esclavage (1793) puis son indépendance sous le nom d’Haïti (1804). Les révoltes et les luttes pour l'indépendance au xixe siècle entraînent une fragmentation supplémentaire : l'empire espagnol se désagrège sur le continent américain et, de ses morceaux, naissent un grand nombre d'États fragiles. Les Espagnols se replient alors dans le domaine insulaire (Cuba et Porto Rico) et mettent en valeur ces deux colonies qu'ils avaient longtemps négligées. À partir des années 1830, ils modernisent les techniques et importent de nombreux esclaves africains sur leurs plantations de canne à sucre, de café et de tabac. À l'exception de la république d'Haïti et de la république Dominicaine (qui voit le jour en 1844), les territoires des Caraïbes insulaires demeurent sous la domination coloniale jusqu'à la fin du siècle. Toutefois, l'Espagne doit encore mener une guerre en république Dominicaine (jusqu'à sa défaite en 1865) et deux guerres contre les forces indépendantistes qui se soulèvent à Cuba. Pendant la seconde guerre d'indépendance cubaine (1895-1898), les États-Unis interviennent en déclarant la guerre à l'Espagne et remportent une victoire éclair marquée par la cuisante défaite de la flotte espagnole devant Santiago de Cuba. Par le traité de Paris, l'Espagne perd ses dernières possessions en Amérique, Cuba et Porto Rico (1898).

Artillerie de marine

Photographie : Artillerie de marine

Un navire de guerre espagnol pendant la guerre contre les États-Unis, en 1898. 

Crédits : Hulton Getty

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Les États-Unis dans les Caraïbes

Les ressorts de l'impérialisme américain qui se déploie à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle sont nombreux. Les stratèges américains enseignent la nécessité d'assurer la maîtrise des mers en utilisant les nouveaux cuirassés ; les financiers et les politiques ont pour objectifs, à la fois la réalisation du canal transisthmique – la république de Panamá se sépare de la Colombie en 1903 et le canal est achevé en 1914 – et la conquête de nouveaux débouchés (banques, compagnies de chemins de fer, électricité, plantations de bananes et de canne à sucre...).

Dans la première partie du xxe siècle, les États-Unis mènent ce qu'ils considèrent comme des opérations de police – en fait il s'agit de véritables interventions militaires – pour s'assurer la tranquillité dans les Caraïbes, qui deviennent leur « arrière-cour ». Les troupes de marines, débarquées en Haïti en 1915, y demeurent jusqu'en 1934. L'occupation de la république Dominicaine dure de 1916 à 1924. Cuba acquiert son indépendance en 1902, mais sa vie institutionnelle est limitée par l'amendement Platt (1901) qui n'accorde au jeune État qu'une liberté surveillée et contrôlée par les États-Unis.

Dans le cas de Porto Rico, Washington conserve la souveraineté sur le pays et octroie la citoyenneté américaine à la population en 1917. Il ne s'agit cependant pas d'un État fédéré mais d'une simple possession : l'île devient, par la Constitution de 1952, un État autonome associé. De même, les États-Unis achètent les îles Vierges au royaume du Danemark en 1917.

À la suite d’actions de résistance au niveau local (guérillas en Haïti, en république Dominicaine et au Nicaragua), de manifestations nationalistes et de campagnes de presse défavorables à la politique américaine – qui doit faire face, par ailleurs, à la Grande Dépression –, celle-ci évolue vers une relation de « bon voisinage », mise en place par le président F. D. Roosevelt. Cependant, dans les esprits comme dans les faits, le domaine caraïbe reste, au milieu du xxe siècle, un « lac américain ».

La seconde vague des indépendances

Washington ne cherche pas à chasser les Européens qui possèdent encore de nombreux territoires dans les îles Caraïbes et sur le continent (le Honduras britannique sur la côte de l'Amérique centrale et les trois colonies des Guyanes en Amérique du Sud). Son objectif est plutôt de limiter l'influence européenne lorsqu'elle va à l'encontre de ses intérêts. Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s'emploient activement à l'exploitation des ressources minières et pétrolières stratégiques de la Région (bauxite de la Jamaïque, pétrole de la Trinité et du Venezuela...) ; ils implantent des bases militaires à Antigua et à la Trinité, qui leur servent de points d'appui pour leurs opérations en Afrique e [...]

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Amérique centrale et Caraïbes : carte physique

Amérique centrale et Caraïbes : carte physique
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Antigua

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Bridgetown
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Pour citer l’article

Christian GIRAULT, « CARAÏBES - L'aire des Caraïbes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/caraibes-l-aire-des-caraibes/