CANNABINOÏDES

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Enjeux

À la lumière de ces découvertes, la recherche sur les cannabinoïdes connaît aujourd'hui un nouvel élan, autour de trois problématiques centrales :

– Quel est le rôle physiologique du système des cannabinoïdes endogènes ? Quel type d'information transmet-il et par l'intermédiaire de quelles cibles moléculaires ? Quelles sont ses interactions avec d'autres systèmes (neuro)transmetteurs et (neuro)modulateurs ?

– Existe-t-il une dépendance au Cannabis et à ses dérivés ?

– Quel est le potentiel thérapeutique des cannabinoïdes, alcaloïdes naturels ou ligands de synthèse ? Que sait-on sur leurs indications cliniques et sur leur toxicité ?

Expériences de transgenèse : vers une meilleure compréhension du rôle des cannabinoïdes endogènes

Il est actuellement bien établi que, dans le système nerveux central, l'anandamide et le 2-arachidonylglycérol remplissent la majorité des critères qui permettent de classer ces substances comme neurotransmetteurs. En effet, ils sont produits par des voies de métabolisme qui leur sont spécifiques ; par ailleurs, ils sont libérés par les neurones de manière dépendante de leur stimulation, bien que leur libération ne soit pas associée à la formation des vésicules synaptiques, ce qui les différencie des neurotransmetteurs classiques ; en outre, ils sont rapidement recaptés de l'espace synaptique ; enfin, ils agissent en se liant sur des sites spécifiques (récepteurs CB1) proches de leur site de production et de libération. Des travaux récents ont de plus suggéré une forte interaction des voies, encore peu caractérisées, des endocannabinoïdes avec d'autres systèmes neurotransmetteurs, et un important rôle modulateur de ces molécules dans des fonctions mentales comme la cognition et le contrôle des systèmes moteurs.

Néanmoins, l'existence d'une permanence physiologique du système des cannabinoïdes endogènes était restée, jusqu'à présent, une hypothèse très controversée. La technique de transgenèse, un outil expérimental très puissant, qui, à plusieurs reprises, a permis de disséquer spécifiquement le rôle physiologique des différents systèmes neurotransmetteurs, a apporté une réponse à cette question. En effet, deux lignées transgéniques de souris déficientes pour le récepteur CB1 ont été indépendamment générées au cours de l'année 1999. Les résultats de ces expériences, publiés dans des revues scientifiques de très haut niveau, sont surprenants. Les phénotypes des deux lignées de souris ne sont pas identiques, pour des raisons qui ne sont pas encore bien identifiées. Toutefois, il y a deux points importants sur lesquels les deux équipes expérimentales sont d'accord : d'une part, les cannabinoïdes endogènes exercent un tonus physiologique net sur les systèmes qui régulent la motricité ; d'autre part, il y a une étroite association entre le système des cannabinoïdes et celui des opiacés, qui fait que les animaux dépourvus des récepteurs CB1 sont moins vulnérables aux effets addictifs de la morphine.

Modèles pharmacologiques chez l'animal : existe-t-il une dépendance aux cannabinoïdes ?

Le système de classification des troubles mentaux DSM-IV (American Psychiatric Association-DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), définit la dépendance à une substance, chez l'homme, selon sept critères, dont la dépendance physique (tolérance et sevrage), le désir incontrôlable de prendre la drogue et l'impact négatif de celle-ci sur la vie professionnelle et/ou sociale du sujet. Plusieurs études épidémiologiques, aux États-Unis en particulier, ont entrepris de définir la capacité du Cannabis de créer une dépendance, en se fondant sur ces critères, avec des résultats peu concluants et souvent opposés. La difficulté principale de ce type d'études vient du fait que les personnes ayant un suivi médical de toxicomanie consomment simultanément, ou successivement, de nombreuses substances.

Un modèle pharmacologique général de sevrage chez l'animal a été très utile pour étudier le phénomène de dépendance aux opiacés. Ce modèle repose sur l'administration chronique de la drogue, qui est interrompue brusquement (« précipitation » du sevrage) par l'administration d'un antagoniste. La synthèse, en 1994, du premier antagoniste sélectif du récepteur aux cannabinoïdes CB1 a permis d'étudier les phénomènes d'abstinence aux cannabinoïdes selon cette stratégie. De nombreuses analyses, chez différentes espèces animales, ont montré qu [...]

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  • Corinne TUTIN
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Pour citer l’article

Jacques HANOUNE, Eleni TZAVARA, « CANNABINOÏDES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cannabinoides/