SAINT-SAËNS CAMILLE (1835-1921)

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Une affirmation de la musique française

Les deux premières décennies de sa carrière de compositeur, des années 1850 à la fin 1860, sont marquées par le succès de l’Ode à sainte Cécile (1852) couronnée par la Société Sainte-Cécile ; la même récompense salue la symphonie Urbs Roma (1857). Au cours de cette même période, il écrit sa Symphonie no 1 (1853) et son Concerto pour piano no 1 (1858), le premier d’une série de cinq qui font de lui le premier Français à pratiquer ce genre.

La mort de Berlioz en 1869 et la défaite face à l’Allemagne en 1870 vont amorcer un double tournant dans la musique française. En mars 1871, les événements de la Commune incitent Saint-Saëns à quitter provisoirement la France pour l’Angleterre, un pays où il séjourne fréquemment. En cette même année, il est l’un des principaux fondateurs, avec Romain Bussine, César Franck, Édouard Lalo, Henri Duparc et Gabriel Fauré, de la Société nationale de musique (SNM), dont la devise est « Ars gallica ». Née d’une réaction patriotique, elle se fixe pour but de promouvoir la nouvelle génération de compositeurs français et de constituer un répertoire d’œuvres instrumentales telles que la symphonie classico-romantique et la musique de chambre, typiques de la tradition allemande mais inexistantes dans la musique française. Fonctionnant en synergie avec la Société des compositeurs, la SNM a l’oreille favorable de l’Assemblée nationale.

Entre 1871 et 1876, Saint-Saëns écrit ses quatre poèmes symphoniques, les premiers en France, nés sous l’influence de Liszt quoique très différents d’esprit : Le Rouet d’Omphale (1871), Phaéton (1873), la Danse macabre (1874) et La Jeunesse d’Hercule (1876). Pièce concertante pour violon et orchestre, la Danse macabre, lui a valu une célébrité justifiée. À partir d’une mélodie du compositeur, l’œuvre est adaptée d’un poème de Henri Cazalis alias Jean Lahor, qui sert de programme : « Zig et zig et zag, la Mort en cadence/frappant une tombe avec son talon,/la Mort à minuit joue un air de danse,/ Zig et zig et zag sur son violon ». Après les douze coups de minuit, un rythme de valse s’installe, où passe une citation parodiée du Dies irae grégorien ; les pizzicati des cordes et le xylophone imitent les bruits d’ossements. Le chant du coq, au hautbois, marque la fin de la fête nocturne.

Les années 1870 sont très actives à divers titres : Saint-Saëns écrit pour des journaux, La Renaissance littéraire et artistique (sous le pseudonyme de Phémius), La Gazette musicale, La Nouvelle Revue, L’Écho de Paris. Toute sa vie, il restera un critique musical à l’esprit vif et à la dent dure. Il effectue plusieurs voyages : en 1875, il se produit à Moscou et rencontre Tchaïkovski, avec qui il sympathise et dont il contribuera à faire connaître la musique en France. En août 1876, il assiste au premier festival de Bayreuth et commente la Tétralogie de Wagner dans un article mi-admiratif mi-ironique. Par la suite, il dira son rejet du germanisme, accentué par le début de la guerre de 1914 et exprimé dans les violents articles que rassemble Germanophilie (1916).

Cette même décennie voit en 1875 son mariage malchanceux avec Marie-Laure Truffaut âgée de 19 ans. Leurs deux enfants meurent en 1878 à six semaines d’intervalle et le couple se sépare en 1881. Lourdement éprouvé, le compositeur perd en outre sa mère en 1888. Jusqu’en 1905, Saint-Saëns va aller d’hôtel en hôtel, enchaînant les voyages. Toute sa vie, il aura été un grand voyageur, parcourant quasiment le monde entier et tous les continents : Europe, Amérique du Sud, Extrême-Orient, avec une prédilection pour l’Afrique du Nord où il fait de nombreux séjours, et dont ses œuvres sont imprégnées. En 1890, l’occasion lui est fournie d’ouvrir à Dieppe, grâce à son cousin Léon Letellier résidant dans cette ville, un musée Saint-Saëns, où sont rassemblées depuis toutes ses archives. Il meurt à Alger le 16 décembre 1921.

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Saint-Saëns

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Samson et Dalila, G. Moreau

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L’Assassinat du duc de Guise, C. Le Bargy et A. Calmettes

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  • : docteur en musicologie, maître de conférences à l'université d'Évry, retraité

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Pour citer l’article

André LISCHKE, « SAINT-SAËNS CAMILLE - (1835-1921) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/camille-saint-saens/