PISSARRO CAMILLE (1830-1903)

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Les étapes d'une vie

Né en 1830 à Saint Thomas (Antilles danoises), de parents d'origine française établis dans le négoce, Camille Pissaro étudie en France, où l'on remarque et encourage ses dons pour le dessin, puis revient collaborer, sans enthousiasme, aux affaires paternelles. Il se tourne définitivement vers la peinture après un voyage au Venezuela en compagnie du peintre danois Fritz Melbye, et part immédiatement pour la France, où il arrive juste avant la fermeture de l'Exposition universelle de 1855. Il se consacre désormais à l'apprentissage de son métier de peintre, principalement chez Anton Melbye, le frère de Fritz, mais aussi aux côtés de Daubigny et de Corot, Corot qu'il admire et qui lui donne quelques conseils. Pissarro fréquente également les écoles de dessin. C'est à l'Académie suisse qu'il fait la connaissance de Monet en 1859, de Cézanne et de Guillaumin en 1861, avant de se lier un peu plus tard avec Renoir et Sisley ainsi qu'avec les autres membres du futur groupe impressionniste.

Ces années de formation sont aussi, matériellement, des années difficiles : Pissarro, qui a désormais charge de famille, ne vend quasiment rien, bien qu'il expose assez régulièrement au Salon depuis 1859. Il peint cependant beaucoup, essentiellement des paysages d'Île-de-France et de Normandie, rompant petit à petit avec les traditions académiques qui avaient présidé à ses années de formation. Caractéristiques, de ce point de vue, sont les œuvres qu'il peint à Pontoise, où il s'installe en 1866, et où il applique à de grands formats des techniques réservées jusque-là aux esquisses de plein air (notamment l'utilisation de grands à-plats de couleur unie).

Son installation à Louveciennes, en 1869, le fait se rapprocher de Sisley, Monet et Renoir, qui travaillent dans les environs (il peint par exemple, avec les deux derniers, aux bains de la Grenouillère à Chatou, durant l'été 1869). Son style devient dès lors plus libre, ses peintures, de plus petit format, plus colorées, l'artiste s'intéressant davantage aux effets de lumière et d'atmosphère.

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Photographie : Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Camille Pissarro, «Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige», vers 1869-1870. Collection Thyssen Bornemisza, Madrid. 

Crédits : AKG

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Il se réfugie avec les siens à Londres en 1870-1871, ce qui renforce encore plus ses liens avec ceux qui vont devenir les impressionnistes et qui s'y sont également établis, comme Monet et Renoir, mais aussi leur marchand Durand-Ruel. Il trouve à son retour sa maison de Louveciennes dévastée et ses œuvres détruites. Avec ses amis, il étend bientôt le cercle de ses amateurs et de ses marchands, jouant un rôle essentiel dans l'organisation de la première exposition « impressionniste », en 1874, puis dans toutes les expositions suivantes, essayant de ramener ceux qui s'en éloignaient et de conquérir de nouveaux participants. Il fait ainsi peu à peu figure de patriarche du mouvement, mais dans un constant renouvellement et en montrant une grande fraîcheur d'esprit. Le début des années 1880 marque chez lui un tournant essentiel, aussi bien du point de vue technique (il s'oriente ainsi délibérément vers les arts graphiques et en particulier l'estampe) que stylistique, avec un abandon progressif des principes impressionnistes qui caractérisaient son œuvre depuis une dizaine d'années. Il se tourne aussi vers la nouvelle génération, celle de Gauguin, un peu plus tard vers Seurat, de Signac et de Luce, alors que parallèlement le travail mené avec Cézanne joue un rôle capital dans l'évolution de celui-ci.

Exposant fréquemment avec le groupe des XX, à Bruxelles, Pissarro est aussi en contact avec l'avant-garde artistique britannique grâce à son fils Lucien, établi à Londres (ses cinq fils suivront d'ailleurs des carrières artistiques). Il s'installe de nouveau à Pontoise en 1873, manifestant un attachement aux sujets de la vie campagnarde, dans la lignée d'un Millet, duquel la critique le rapprochait. Cette orientation est renforcée par son déménagement à Osny, petit village des environs de Pontoise, en 1882, puis, en 1884, à Eragny-sur-Epte, qu'il ne quittera que pour des séjours plus ou moins longs, notamment à Rouen, et surtout à Paris, où il s'éteint en 1903.

Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro

Photographie : Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro

Camille Pissarro, «Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux», 1896. Huile sur toile, 54 cm × 65 cm. Musée d'Orsay, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro
Crédits : AKG

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Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro

Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro
Crédits : Erich Lessing/ AKG

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La Charcutière, C. Pissarro

La Charcutière, C. Pissarro
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Avenue de l'Opéra, soleil, matinée d'hiver, C. Pissarro

Avenue de l'Opéra, soleil, matinée d'hiver, C. Pissarro
Crédits : C. Devleeschauwer, Musée des Beaux-Arts, Reims

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Barthélémy JOBERT, « PISSARRO CAMILLE - (1830-1903) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/camille-pissarro/