GOFF BRUCE (1904-1982)

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Il semble que l'on puisse considérer l'œuvre de l'Américain Bruce Goff (né à Alton dans le Kansas) comme la continuation d'une tendance de l'art moderne qui, issue de Sullivan, de Behrens et de Mackintosh, s'est développée parallèlement au constructivisme et au cubisme, mais qui a été écrasée par ces tendances et par l'avènement de l'architecture dite de « style international ». Une autre source de l'architecture de Bruce Goff est l'intérêt passionné qu'il a toujours porté aux architectures non occidentales, dans la mesure où elles constituent une libération de l'académisme par une vision totalement différente. Ces différents éléments ont été intégrés par un travail acharné, qui aboutit à un style riche et homogène, bien que d'une variété surprenante et que nous tenterons d'analyser brièvement. On pourrait décrire les constructions de Bruce Goff en parlant d'une architecture « concrète ». Il crée des éléments architecturaux qui ont une réalité et une présence tangibles : un mur, un toit, une cheminée (on est tenté de mettre des majuscules) ou des objets plus étranges comme les salons suspendus de la villa Bavinger (Norman, Oklahoma). Ces éléments sont disposés selon une structure qui assure leur cohérence, et l'espace de la maison résulte miraculeusement de leur réunion. Dans cette volonté d'exprimer à travers les formes architecturales une vie totale et non les fonctions élémentaires, le choix des matériaux joue un rôle capital. Toute une poésie analogique de correspondances et d'évocations surgit des murs et des toits. Les murs curvilinéaires du Minneola Community Center ondulent comme des voiles. Le long toit de la villa de Joplin (Missouri), couvert de verre pilé, est une véritable plage dans la forêt sur laquelle scintillent des blocs de verre brut. La villa de Joe Price à Oklahoma City est construite de verre et d'anthracite mêlés, et de grands pans d'aluminium doré brillent entre les murs. Les lanières de plastique transparentes qui pendent dans la villa Hyde à Kansas City sont des pièges à soleil et captent la lumière pâle de la lune.

Pour l'ornement, présent dans toutes ses œuvres, c'est la tradition américaine de Sullivan et de l'école de Chicago que l'on retrouve. Pour Bruce Goff, comme pour Franck Lloyd Wright, l'ornement est rapporté, sa place est organiquement imposée par une loi plastique. Celle-ci est une évidence naturelle, celle même que cherchait Sullivan dans l'étude des végétaux et de leur croissance. Ainsi l'ornement et la structure sont-ils liés sans être confondus. De la sobre ornementation peinte sur les poutres en bois de la maison Hyde aux délires du studio de Joe Price, c'est à des formes moulées, à des incrustations d'éléments de verreries industrielles que Bruce Goff emprunte son vocabulaire. Ses chefs-d'œuvre sont, sans doute, les portes de verre du studio de Joe Price, qu'il a réalisées lui-même dans la tradition des glass houses de Wright. Est-il possible de dégager la place de Bruce Goff dans l'architecture moderne ? Créateur isolé, sa production est à l'écart de l'idéologie qui domine non seulement l'architecture, mais aussi le rapport que les hommes entretiennent avec leur environnement. Elle témoigne que l'architecture peut aussi être un art, à l'égal de la musique.

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Bernard HAMBURGER, « GOFF BRUCE - (1904-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bruce-goff/