BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud)

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Les pays émergents s'invitent sur la scène mondiale

Depuis la conférence de l'OMC à Cancún en 2003, le G20 – qui s'est opposé à la stratégie des pays industrialisés en matière de commerce international – a été le cadre privilégié de l'affirmation des pays émergents sur la scène internationale. Même si les poids lourds du G20 (un groupe à géométrie variable ne rassemblant parfois que dix-neuf membres), comme l'Inde et le Brésil, avaient des intérêts divergents sur des dossiers tels que la libéralisation du commerce des produits agricoles (qui tient à cœur aux Brésiliens mais qui est rejetée par les Indiens), les pays membres sont parvenus à maintenir la cohésion nécessaire pour ébranler le duopole américano-européen et contribuer à l'enlisement du cycle de Doha. De fait, plus qu'une force de proposition, le G20 fait surtout preuve d'une grande capacité de nuisance en tant que minorité de blocage.

En 2009, le sommet de Copenhague sur le changement climatique a vu l'affirmation de cette position. Pour la première fois, des pays aussi différents que la Chine, l'Inde et le Brésil se sont unis pour parler d'une même voix. Passant outre les ambitions des Européens, ils ont réussi à faire cause commune avec les États-Unis pour ne pas avoir à prendre des mesures sérieuses en faveur de l'environnement, car celles-ci sont perçues comme un frein à leur croissance. Les pays émergents ont donc à nouveau surtout empêché une avancée internationale, en arguant que le réchauffement climatique était lié aux décennies d'activités économiques des Occidentaux et qu'il ne devait pas pénaliser leur propre développement. Dans un autre registre, mais visant toujours des initiatives occidentales, la Russie et la Chine, les deux seuls pays émergents siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies, ont empêché l'adoption de sanctions contre la Birmanie et l'Iran, souhaitées par les États-Unis et l'Union européenne, pour bloquer leurs tentatives de développer un arsenal nucléaire.

Si les pays émergents se sont surtout préoccupés de torpiller les initiatives occidentales à la fin des années 2000, certains d'entre eux ont commencé à agir de manière plus constructive et durable. Ainsi, pour la première fois en juin 2009, les BRIC ont organisé un sommet à Ekaterinbourg (Russie), dont la résolution finale, très politique bien qu'encore très vague, appelait à la formation d'un monde multipolaire. Ils suivaient l'exemple d'autres sommets tenus par des pays émergents, en particulier ceux du groupe de l'IBSA, regroupant l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. Ces trois pays, qui se présentent comme les principales démocraties de marché des trois plus grands continents, tiennent un sommet annuel depuis 2006. Si, à l'origine, il s'agissait de développer les échanges Sud-Sud, tant en termes commerciaux qu'au niveau des transferts de technologie, les rencontres sont devenues de plus en plus politiques. Le sommet de Brasilia en avril 2010 a ainsi été l'occasion d'échanges concernant le nucléaire iranien.

Les inflexions successives observées depuis le sommet de Copenhague ont, au demeurant, débouché sur une initiative majeure à propos de ce dossier. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, son homologue brésilien Lula et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ont en effet signé, le 17 mai 2010 un accord aux termes duquel l'Iran s'engageait à mettre en dépôt, en Turquie, 1 200 kilogrammes d'uranium faiblement enrichi en échange de la livraison de 120 kilogrammes de combustible enrichi à 20 p. 100 pour son réacteur de recherche. Cet accord, qui reprenait les termes d'une proposition faite en 2009 par l'AIEA, a retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel de la diplomatie internationale dans la mesure où le Brésil et la Turquie – deux membres non permanents du Conseil de sécurité de l'ONU – manifestaient leur volonté de participer au règlement de la question iranienne. Par ailleurs, cet accord avait le soutien de nombreux autres pays émergents puisqu'il a été paraphé en marge du sommet du G15 – groupe créé en 1989 au sein du Mouvement des non-alignés pour promouvoir la coopération Sud-Sud – tenu à Téhéran en mai 2010. Ce « succès diplomatique » – selon le président Lula – consistait à sortir l'Iran de l'isolement dont il fait l'objet de la part d [...]

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B.R.I.C. : indicateurs de niveau de vie

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B.R.I.C. : croissance économique

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  • : directeur de recherche au CNRS, Centre d'études et de recherches internationales-Sciences Po
  • : économiste, directeur de recherche Sciences Po, Centre d'études et de recherches internationales

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Pour citer l’article

Christophe JAFFRELOT, Jérôme SGARD, « BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/brics-bresil-russie-inde-chine-afrique-du-sud/