BRETAGNE, région administrative

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un essor remarquable depuis les années 1950

Jusqu'aux années 1950, la Bretagne apparaît « en retard » et à l'écart du développement national. En 1946, 50 p. 100 des fermes bretonnes n'ont pas l'électricité et 90 p. 100 des logements ruraux ne disposent pas de l'eau courante (France : 34 p. 100). Le pays est concerné par l'exode et plus de 1 100 000 Bretons sont obligés de partir entre 1831 et 1968. La mécanisation et l'essor d'une agriculture sans bras suscitent un effet très déstabilisant sur des campagnes surpeuplées.

Le Comité d'études et de liaisons des intérêts bretons (C.E.L.I.B.) favorise un sursaut qui va trouver sa concrétisation à partir des années 1960. Créé en 1950 par le journaliste Joseph Martray et bientôt présidé par René Pleven (deux fois président du Conseil sous la IVe République), le Comité transcende les rivalités pour assurer la défense des intérêts bretons. À son apogée, en 1965, le C.E.L.I.B. regroupe l'ensemble des parlementaires bretons, les conseils généraux, mille deux cents communes dont les maires des grandes villes, l'ensemble des syndicats paysans et ouvriers, les organisations patronales, les chambres de commerce, les universités et les associations de défense de la culture et de la langue bretonne... La région est un terrain d'essai pour les opérations de décentralisation menées en France en 1964 (création des Commissions de développement économique régional, les C.O.D.E.R. dont la première sera créée en Bretagne) et en 1972 (création des Établissements publics régionaux) avant les lois de décentralisation de 1982.

Grâce à diverses actions de lobbying et bénéficiant, à partir de 1963, d'un contexte favorable aux décentralisations (création de la D.A.T.A.R.), le C.E.L.I.B. obtient des aménagements inespérés. Décidé en 1968, le plan routier breton permet à la région de se doter, « en contrepartie de son éloignement », d'un réseau de voies express gratuites qui participe encore à l'originalité régionale. Les modernisations font de la Bretagne un chantier. En ce qui concerne l'agriculture, elle passe en quelques années d'activités de polyculture-élevage très traditionnelles (chacun fait son cidre, son beurre...) au statut d'une des toutes premières puissances agroalimentaires d'Europe. Ainsi elle concentrait, en 2013, 56 p. 100 du cheptel porcin français et plus du tiers des livraisons de volailles, 44 p. 100 de la production d’œufs et 22 p. 100 de celle de lait. Elle assurait également 25 p. 100 de la production des haricots verts, 83 p. 100 des artichauts et 84 p. 100 des choux-fleurs. Avec une spécialisation animale marquée, le complexe agroalimentaire breton se fonde sur une production de masse, une large utilisation des intrants et des élevages hors-sol. Dans les années 1960, la Bretagne bénéficie aussi de déconcentrations industrielles (Citroën à Rennes dès 1953, le Centre national d'études des télécommunications, le C.N.E.T., à Lannion dès 1960...). En quelques années, la Bretagne, région arriérée et excentrée, devient un pays en pointe pour différents secteurs d'activités (télécommunications, agroalimentaire, automobiles, pêche et construction navale...).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean OLLIVRO, « BRETAGNE, région administrative », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bretagne-region-administrative/