BRÉSILÉconomie

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quelques données-clés.
CapitaleBrasília
Unité monétairereal (BRL)
Population213 372 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)7 850 (2020)

Cycles d’exportation et création d'un marché interne

La période coloniale

La colonisation portugaise a commencé dans le Nord-Est, à Bahia, mais le centre de gravité s'est ensuite déplacé vers le sud autour des métropoles comme Rio et surtout São Paulo. L'histoire économique du Brésil, avant l'industrialisation du xxe siècle, apparaît comme une suite d'ascensions et de déclins, une série de cycles. Le mot prend ici un sens plus vaste que dans les cycles économiques réguliers, type Juglar ou Kondratief. Il signifie une phase ou une période qui, dans l'évolution historique du développement, peut être unique. L'économiste brésilien Celso Furtado emploie le terme pour désigner des époques caractérisées par le fait que toute l'économie repose sur l'essor d'un seul produit, s'effondre ensuite lorsque ce produit disparaît ou voit son prix baisser, puis reprend lorsqu’il est remplacé par un autre : cycle du bois rouge – le bois de Pernambouc ou bois du Brésil couleur de braise, qui donne son nom au pays (pau brasil) – exporté vers l'Europe pour la teinte par les premiers colons au xvie siècle, le troc avec les Indiens permettant d'obtenir le produit ; cycle du sucre et de l'or aux xviie et xviiie siècles, reposant sur l'esclavage, les plantations et les mines ; cycle du café aux xixe et xxe siècles jusqu'en 1930, basé sur le salariat ; cycle du caoutchouc, éphémère et local, en Amazonie autour de Manaus au tournant des xixe et xxe siècles.

Depuis sa découverte jusqu'à l'abolition de l'esclavage et la proclamation de la République en 1888-1889, le Brésil est soumis à ce régime des cycles basés sur quelques produits primaires. La production de canne à sucre dans le Nordeste est lancée par les Portugais dès les années 1530, le cycle du sucre se poursuit jusque vers 1650. La traite atlantique permet l'apport d'une main-d'œuvre réduite à l'esclavage, venant d'Afrique ; le sucre est vendu à travers toute l'Europe, par l'intermédiaire des commerçants et financiers hollandais. Il fait la richesse des planteurs – qui vont jusqu'à expédier leur linge au Portugal pour le faire laver ! – mais exerce peu d'effets favorisant le développement local, d'autant que le système mercantiliste, dit de l'exclusif, interdit de produire des manufactures dans les colonies, comme il interdit de vendre les matières premières ailleurs qu'en métropole. À la fin de la période, une tentative hollandaise de s'implanter directement au Brésil dure une trentaine d'années, autour de Recife et de São Luís (fondé par les Français en 1612, en l’honneur de Saint-Louis).

Les Hollandais seront chassés en 1654 et s'implanteront dans les Caraïbes, de même que les Français et les Anglais, pour y lancer la production de canne et concurrencer le monopole portugais. Hausse de la production mondiale et baisse des prix vont mettre fin à la prospérité basée sur le sucre au Brésil. Le sociologue brésilien Gilberto Freyre, dans son maître livre, Casa-Grande e Senzala (Maîtres et esclaves, 1933), a analysé le système colonial brésilien et ses spécificités, notamment la faculté d'assimilation propre au colonisateur portugais, creuset d'une expérience unique, d'une nouvelle culture, celle du Brésil mélangé.

La découverte de minerais et notamment de l'or plus au sud, au Minas Gerais en 1698, autour d'Ouro Preto, puis au Mato Grosso et dans le Goiás, relance l'économie de la colonie avec le cycle de l'or, de 1680 à 1780, le tarissement progressif des gisements expliquant sa fin. Grâce au traité de Methuen, en 1703, signé entre le Portugal et la Grande-Bretagne, une brèche est ouverte dans le système de l'exclusif et le Portugal autorise le commerce direct des Britanniques avec le Brésil. La Grande-Bretagne peut vendre ses produits directement à Rio et recevoir un afflux d'or en contrepartie, qui favorise sa propre prospérité économique et la révolution industrielle du xviiie siècle.

Brésil : production aurifère de 1701 à 1820

Tableau : Brésil : production aurifère de 1701 à 1820

Production aurifère du Brésil au XVIIIe siècle et au début du XIXe

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Grâce au cycle de l'or, les activités économiques du pays se déplacent à la fois vers le sud et vers l'intérieur, les régions montagneuses du Minas sont mises en valeur, le port de Rio devient le débouché le plus important du Brésil, à la suite de Salvador, et la ville devient la capitale de la colonie en 1763. Des expéditions sont lancées vers l'intérieur, par les fameux bandeirantes (de bandeiras, « drapeaux »), qui permettent l'exploitation progressive du territoire et l'extension du Brésil vers le sud et l'ouest, au-delà des limites fixées par le traité de Tordesillas.

L'Empire et la Vieille République (1822-1889-1930)

Les guerres de la Révolution et de l'Empire en Europe provoquent le déplacement de la cour des Bragance au Brésil (1808) et l'indépendance du pays en 1822. L'Empire brésilien sous Dom Pedro Ier et Dom Pedro II dure jusqu'en 1889, lorsqu'un coup d'État établit une république fédérale. Cette période voit se développer un autre cycle, celui du café, commençant dans les années 1840. Ce nouveau produit se développe dans des conditions très différentes des précédentes matières premières, avec des effets beaucoup plus importants sur le tissu économique. L'ère mercantiliste est terminée, le Brésil peut commercer librement avec le monde entier. L'esclavage est aboli en 1888, un marché du travail salarié le remplace, caractéristique du capitalisme moderne. La culture du café s'étend dans le sud-est du pays, d'abord à Rio puis autour des hauts plateaux de São Paulo au climat plus tempéré, au moment où les vagues d'immigration européenne et japonaise culminent. Le café et ses filières ont des effets de liaison plus forts que les activités minières ou la canne à sucre. Toutes les conditions sont réunies pour un développement de type capitaliste industriel, et le Brésil sort alors d'une léthargie de plusieurs siècles. Les infrastructures se développent, notamment les chemins de fer et les ports, comme celui de Santos (aujourd'hui le quart du commerce du pays), débouché maritime de l'État de São Paulo, ou Paranaguá au sud, dans le Paraná, relié par un train spectaculaire à Curitiba. Les premières industries apparaissent ainsi qu'une classe d'entrepreneurs dynamiques, dans ce qui va devenir le cœur économique du pays, la métropole de São Paulo. Il s'agit d'industries légères, comme les [...]

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Brésil : production aurifère de 1701 à 1820

Brésil : production aurifère de 1701 à 1820
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Hyperinflation brésilienne, 1988-1994

Hyperinflation brésilienne, 1988-1994
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Endettement du Brésil

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Brésil : démographie et éducation

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Pour citer l’article

Jacques BRASSEUL, « BRÉSIL - Économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bresil-economie/