BRAQUE GEORGES (1882-1963)

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Les années de formation

Georges Braque est né le 13 mai 1882 à Argenteuil où son grand-père et son père dirigeaient une entreprise de peinture en bâtiment, mais s'adonnaient aussi à la peinture, en amateurs. On a souvent souligné que cette naissance sur le lieu de l'impressionnisme, le contact avec le milieu artisanal et l'influence familiale avaient marqué Braque et sans doute contribué à faire de lui et tout naturellement un peintre. Lui-même remarquera plus tard que le problème d'une « vocation » ne s'était, ainsi, jamais posé à lui.

Braque a huit ans lorsque sa famille s'installe au Havre, autre lieu privilégié de la peinture. Pendant ses études au lycée, il fréquente les cours du soir de l'École des beaux-arts où il côtoie Othon Friesz et Raoul Dufy, ses aînés. En 1899, il fait ses débuts dans l'entreprise familiale et apprend le métier de peintre décorateur qu'il ira perfectionner à Paris chez Laberthe. L'importance de cette expérience d'une pratique artisanale est évidente, mais essentielle à la connaissance de la peinture de Braque, que ce soit dans son apport précis au cubisme, auquel il fit subir une mutation radicale, ou, plus tard, dans cette notion qu'a retenue la critique d'un travail robuste, appliqué et lent, propre à l'artisan ouvrier.

Braque arrive à Paris en 1900 pour perfectionner sa formation artisanale ; il suit les cours du soir de l'école des Batignolles. En 1902, après son service militaire, il entre à l'académie Humbert à Montmartre et fait, en 1903, un court séjour à l'École des beaux-arts dans l'atelier de Bonnat. Soutenu par sa famille, il s'installe, en 1904, dans son premier atelier rue d'Orsel et commence véritablement à peindre, regardant vers Corot, mais également influencé par Dufy et Friesz qui l'avaient convaincu de venir à Paris. De ces débuts (1900-1904), il reste peu de tableaux (Portrait de ma grand-mère  ; Marine, coll. part.). La visite du Salon d'automne de 1905 révèle à Braque la peinture « pure », directe des fauves, notamment celle des toiles que Matisse et Derain avaient rapportées de Collioure. Cette peinture, qu'il qualifie de « physique », lui convient parce que, dit-il, elle est « dénuée de romantisme ».

Durant l'été de 1906, Braque peint ses premières toiles importantes lors d'un séjour qu'il fait à Anvers en compagnie de Friesz. C'est là, réellement, que l'on situe ses débuts nettement influencés par Matisse (Le Mât dans le port d'Anvers, 1906, Wally F. Findlay Galleries). Après un court passage à Paris, Braque gagne l'Estaque où il retrouve l'atmosphère des paysages de Cézanne. En février 1907, il expose six toiles au Salon des indépendants, qui sont toutes vendues. Il retourne aussitôt à La Ciotat où il demeure tout l'été (Petite Baie de La Ciotat, Musée national d'art moderne, Paris). Sa peinture, faite de larges traits juxtaposés, révèle ses dons exceptionnels de coloriste par l'emploi de tons rompus, subtils et lumineux, qui montrent son souci d'harmonie. Ces toiles sont aussi marquées par l'atmosphère cézannienne. Dans La Ciotat, 1907 (coll. part.), maisons, roches et arbres s'inscrivent dans un champ rapproché, quasi aperspectif, comme traités en gros plans dans un espace unique à la structure simplifiée et rigoureuse. L'horizon rehaussé accentue encore le parti d'une peinture qui se développera un moment, sur un seul plan. L'emploi du ton local ocre, jaune, vert et gris de la Provence souligne davantage encore l'influence de Cézanne et annonce le caractère « grisaille » des compositions cubistes.

À l'automne de 1907, la rétrospective Cézanne au Salon et l'exposition Cézanne chez Bernheim jeune, la rencontre avec Picasso chez qui Apollinaire le conduit et chez qui il peut voir Les Demoiselles d'Avignon, qui le heurtent, confirment Braque dans sa conviction de suivre la voie ouverte par le Maître d'Aix. Mais de la rencontre avec Picasso et du choc des Demoiselles, il retiendra l'énergie libératrice.

Le Nu debout, 1907-1908 (coll. Alex Maguy), est révélateur des influences conjuguées de Cézanne, de Matisse (Nu bleu, souvenir de Biskra) et de Picasso. De même Les Instruments de musique, 1908 (coll. Laurens), traités en larges plans aux lignes d'un dessin rigoureux, sont caractéristiques de la mutation qui s'opère dans la peinture de Braque. Cette toile marque aussi un changement de thème et l'abandon presque total du paysage jusqu'à la fin des a [...]

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Pour citer l’article

Dominique BOZO, « BRAQUE GEORGES - (1882-1963) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/braque-georges-1882-1963/