BOURIATES

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Un peuple

L'époque ancienne

Peuplée dès le Paléolithique supérieur, la zone du Baïkal fut, au Néolithique, un foyer de riche culture et, dans les derniers siècles avant notre ère, un creuset de mélanges ethnoculturels, où se confondirent « Paléoasiates » autochtones et immigrés de la Grande Plaine chinoise. Et c'est sur ses marges méridionales que se concrétisèrent les premiers « Empires des steppes » (malheureusement connus de l'histoire sous leurs seuls noms chinois) : Hiong-nou depuis la fin du iiie siècle avant J.-C. (Xiongnu, selon la transcription pinyin), et, plus tard, Sien-pi ou Sien-pei du iie au ive siècle (Xianbei en pinyin), Jouan-jouan (Ruanruan), puis T'ou-kiue (Tujüe, ou encore Türk).

À l'époque de l'Empire gengiskhanide (xiiie s.), il est avéré que les ancêtres des actuelles tribus bouriates y résidaient déjà, reconnaissant l'autorité du Grand Khan et s'adonnant à la chasse et à l'élevage nomade. D'ailleurs, le type anthropologique des Bouriates contemporains, tout en appartenant au type centre-asiatique mongoloïde, semble présenter des liens génétiques avec la population locale néolithique, ce qui prouverait une implantation ancienne des Bouriates dans la région.

La colonisation russe

Au xviie siècle s'amorcent les premiers contacts avec les Russes, lorsque vers 1620-1630 apparaissent les Cosaques partis de leur propre initiative à la découverte de la Sibérie ; viennent ensuite les commerçants attirés par les fourrures, l'or, l'argent, les pierres précieuses, et les paysans en rupture de servage. En 1640 et 1660, pour tenir en main le pays bouriate, les autorités russes y élèvent des forteresses, à la fois prisons, centres militaires, administratifs et commerciaux ; celle d'Irkutsk était appelée à jouer un rôle notable.

À l'ouest du Baïkal, en Cisbaïkalie, les colons rencontrent le peuple bouriate le plus anciennement attesté en Sibérie : les Ekhirit-Bulagat qui, dispersés dans la forêt en petits clans rivaux, mènent une vie de chasseurs nomades, pratiquant subsidiairement l'élevage et la pêche. Assujettis contre leur gré au régime tsariste, les Ekhirit-Bulagat savent s'adapter avec une souplesse surprenante aux tentatives de démantèlement de leur organisation sociale, mentale et économique.

À l'est du Baïkal, dans les vastes steppes de la Transbaïkalie, la situation est tout autre : les onze clans khori, qui y pratiquent le grand élevage nomade, sont arrivés là depuis peu, fuyant l'assujettissement aux Mongols et aux Mandchous qui les menaçaient plus au sud. Aussi trouvent-ils dans le tsar un protecteur acceptable parce que lointain, et se soumettent-ils volontairement. Et, pour le pouvoir russe, leur structure politico-sociale bien hiérarchisée et structurée apparaît comme une garantie d'ordre et de solidité face à la menace d'expansion des Mongols khalkhas, et leurs troupeaux de chevaux un réservoir inépuisable pour la cavalerie tsariste.

L'annexion est, en définitive, sanctionnée juridiquement par les conventions sino-russes de Nertchinsk (ou Nerčinsk) en 1689 et de Kiakhta (ou Kjakhta en transcription scientifique) en 1727, qui fixent les frontières entre les empires russe et chinois.

Dès lors, les indigènes sont soumis par le gouvernement tsariste au paiement d'un tribut en fourrures et en bétail – le yasak – et les paysans russes entreprennent la mise en culture du pays, où ils édifient des petites villes et des villages. Au xviiie et au xixe siècle, sous l'influence contraignante de la colonisation, le mode de vie des indigènes se transforme peu à peu, plus fortement à l'ouest du Baïkal (région d'Irkutsk) qu'à l'est (future république autonome des Bouriates) : sédentarisation progressive, pratique de l'agriculture, développement d'une économie marchande et naissance de nouveaux besoins en objets artisanaux et en biens importés. Cependant, leur organisation socio-politique, fondée sur le groupe agnatique, est apparemment respectée – sauf pour les Bouriates enregistrés comme Cosaques. Mais, sous le contrôle des gouverneurs généraux russes, le pouvoir des chefs traditionnels de clans et de tribus change totalement de nature. Le « Statut des indigènes » de 1822, octroyé par Alexandre Ier à la suggestion de M. M. Speranski, institutionnalisa le système.

Son abandon à la fin du xixe siècle, en même temps que l'expropriation des nomades dépossédés des meilleures terres, et les essais de conversion à l'orthodoxie furent des causes de mécontentement et favorisèrent la prise de conscience d'une unité ethnique, surtout à l'est où le lamaïsme (bouddhisme venu du Tibet) cimenta le nationalisme naissant chez les Khori, alors que dans l'ouest du pays, chez les Ekhirit-Bulagat, le vieux fonds chamaniste était plus apte à se modeler sur la russification sans se laisser vraiment entamer.

Une intelligentsia autochtone très brillante, stimulée par les exilés politiques du régime tsariste et formée à Irkutsk, Tchita (ou Čita), Kazan et Saint-Pétersbourg, aida à la création d'un sentiment politique non seulement en Bouriatie, mais aussi chez ses voisins, les Khalkhas de Mongolie Extérieure (future république populaire de Mongolie).

La répartition actuelle

En 1979, on a recensé, en U.R.S.S., 353 000 Bouriates, soit 0,13 p. 100 de la population soviétique totale (alors que, en 1965, on comptait 253 000 Bouriates, formant 0,2 p. 100 de la population globale, ce qui montre que l'augmentation de la population bouriate en chiffre absolu restait inférieure à la croissance globale) ; ils étaient installés principalement dans la R.S.S.A. des Bouriates (207 000) et dans des régions proches : les districts nationaux bouriates d'Ust'-Orda (Ust'-Ordynskij okrug, 45 000), dans la province d'Irkutsk, et d'Aga (Aginskij okrug, 36 000) dans la province de Čita. En outre, on trouve de petits groupes de peuplement bouriate dans le nord de la république populaire de Mongolie, vers la frontière russe (29 800 en 1979) ; et en Mandchourie (ou Hei-long-kiang [Heilongjiang]), dans la république populaire de Chine, sous le nom de Barga ou Bargu.

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S. et à la Fondation nationale des sciences politiques (C.E.R.I)

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Pour citer l’article

Françoise AUBIN, « BOURIATES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bouriates/