GUYANES BOUCLIER DES

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Le plus vieux des nouveaux mondes

Une île au relief inversé

La Guyane est un môle de roches cristallines chargé en son cœur d'or, de fer et de diamants. Selon le géographe Élisée Reclus, « du point de vue géologique, cette Guyane est aussi une île, un massif distinct de granit et autres roches éruptives, émergé depuis l'époque du Trias ». Elle rassemble des roches précambriennes formées il y a environ 3 400 millions d'années. La division du Gondwana les sépara, il y a 200 millions d'années, de ce qui forme aujourd'hui le bouclier ivoirien (l'orogenèse éburnéenne couvre 40 millions d'années et elle s'est traduite par la formation, en Afrique de l'Ouest et en Guyane, de massifs granitiques et de grandes failles chevauchantes de direction nord-ouest/sud-est).

Le bouclier guyanais est divisé par l'axe de l'Essequibo-Rio Branco en deux ensembles coulissant l'un sur l'autre. À l'est, le bloc soulevé a été débarrassé de sa couverture sédimentaire précambrienne par la puissance érosive de quatre mètres par an d'eau de pluie chauffée par l'équateur. Au-dessous, les môles granitiques, peu résistants à l'érosion chimique, ont été puissamment rabotés. C'est donc un paysage collinaire qui domine, caractérisé par des formes dites en « demi-oranges ». Les altitudes restent faibles, mais les sommets s'élèvent progressivement vers l'ouest, de 250 mètres dans l'État d'Amapá (Serra do Navio) à un peu plus de 1 000 mètres dans les Kanuku Mountains au sud de la Guyana, en passant par les monts Tumuc Humac, au sud du Suriname et de la Guyane (mont Mitaraka à 690 mètres).

À l'ouest, le bloc affaissé a conservé des pans entiers de sa couverture sédimentaire. Le paysage semble troué par le jaillissement de ces formations gréseuses tabulaires de plus de 1 000 mètres d'épaisseur, les tepuys, qui sont en fait inégalement effondrés. Ceux-ci constituent les sommets les plus élevés de l'Amérique du Sud non andine (Pico de Neblina, 3 014 mètres). La périphérie de la région est frangée par les plus hautes chutes d'eau du monde : Salto Angel (972 mètres) sur le Churun, et Kaieteur Falls (250 mètres) sur la Potaro River. La forêt tropicale humide, qui couvre 90 p. 100 de la superficie du bouclier guyanais, laisse apparaître deux zones de savanes au centre, l'une en creux (80 000 km2 des savanes intérieures, sur le graben du Tacutu), l'autre en relief (70 000 km2 au sommet des tepuys).

Le bouclier des Guyanes trouve ses limites, vers l'ouest et le nord-ouest, en plongeant sous les dépôts provenant de la chaîne des Andes, qui forment les vastes dépressions des Llanos ; vers le sud en disparaissant sous les formations paléozoïques qui comblent la dépression de l'Amazone ; et, vers le nord et le nord-est, le long de la façade atlantique où des dépôts tertiaires et quaternaires d'origine marine ou deltaïque le recouvrent.

Le bouclier reste pourtant une « île continentale », grâce aux rencontres des courants les plus importants de la planète. La « mer d'eau douce » de l'Amazone (75 000 m3/s, jusqu'à 200 000 m3/s en crue) coule jusqu'à l'île de Marajó. Á l'embouchure, ses eaux brunes, repoussées le long des côtes par le courant équatorial d'Est, forment le puissant « courant des Guyanes » (16 millions m3/s) et ourlent la Côte sauvage de mangroves d'allure inhospitalière. Dans le Delta Amacuro (Venezuela), ce sont donc les eaux de l'Amazone qui s'unissent à celle du « splendide Orénoque » (33 000 m3/s, le second du monde, jusqu'à 100 000 m3/s en crue). Un canal, qui coule alternativement vers le nord et vers le sud, le Casiquiare, complète cette disposition annulaire en mettant en contact les eaux du haut Orénoque avec celles du haut Rio Negro. C'est grâce au Casiquiare que le bouclier des Guyanes mérite son nom d'île, et c'est par cet improbable cours d'eau qu'il reste relié au continent.

L'Eldorado

L'ouvrage de Walter Raleigh, The Discovery of the Large, Rich and Beautiful Empire of Guiana, with a Relation of the Great and Golden City of Manoa (which the Spaniards call ElDorado), qui, pour la première fois, en 1596, fit mention de la région, connut un succès immédiat en Europe. Cent ans après le rêve d'Eden catholique de Christophe Colomb, l'Europe du Nord orientait sur la région sa quête d'un refuge protestant. La Guyane de Raleigh inspira l'Utopie de Thom [...]

Walter Raleigh

Photographie : Walter Raleigh

Walter Raleigh (1552-1618), explorateur, homme d'État, historien, étend sa cape sous les pas de la reine Élisabeth Ire d'Angleterre. 

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Écrit par :

  • : maître de conférences en géographie à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Emmanuel LÉZY, « GUYANES BOUCLIER DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bouclier-des-guyanes/