BOLLYWOOD

Origines et évolutions du film populaire

Lorsque le cinéma est devenu un moyen d'expression complet, alliant images et sons, le film populaire a pris pour modèle le théâtre, renouant avec le statut protéiforme qui caractérisera l'art théâtral indien, drame parlé, chanté, avec des moments de danse et de musique. En effet, tout remonterait à Brahmā, le Créateur, à l'origine du monde des arts. « Les dieux demandèrent : „Puisqu'il ne convient pas que les Vedas soient entendus par les gens de basse naissance [de caste inférieure], tu devrais créer un cinquième Veda qui puisse servir à l'édification de tous.“ Brahmā répondit : „Je créerai donc un cinquième Veda, appelé Art-théâtral, basé sur l'histoire et qui servira de véhicule au sens de tous les livres saints, donnera de l'élan aux arts et contiendra des leçons morales, au sens profond qui guideront les hommes vers la vertu, la fortune et la gloire. Il montrera au monde futur la conduite à suivre.“ (Nātya shāstra) » (cité in A. Daniélou, Mythes et dieux de l'Inde, Le polythéisme hindou, 1992). Si le cinéma populaire, tout en s'inspirant de la forme hybride du théâtre et de son style de jeu (codification gestuelle, mimique), s'est éloigné de l'objectif premier (la propagation de l'hindouisme), il n'en a pas moins conservé le souci de la « leçon morale » et la fonction de guide, en dictant la conduite à suivre au regard des principes de la nation.

Sans avoir le monopole du film populaire en Inde, Bombay est devenu la capitale et le centre du « All India Film » pour des raisons à la fois économiques, culturelles et surtout linguistiques, conséquences de l'Indépendance et de la partition. À partir de 1947, l'hindoustani a été réaménagé, avec d'un côté l'hindī, débarrassé de ses influences persanes, et l'urdū, langue officielle du Pakistan et langue de la tradition culturelle en Inde du Nord, vestige de l'ère moghole. Les poèmes chantés ou ghazal, dont s'inspirent les compositeurs des chansons des films de Bombay, sont en urdū, les principales figures poétiques imagées ayant été fixées dans cette langue. Si le marāthī (ou marathe) est la langue parlée à Bombay (on la retrouve dans environ 10 p. 100 des films produits), l'hindī s'est développé et transformé à travers le cinéma qui a fabriqué pour lui ses expressions, sa « langue » propre : on y parle en effet un hindī simplifié, accessible au plus grand nombre. Que l'hindī soit compris par plus du tiers de toute la population de l'Inde, surtout au Nord, a procuré au cinéma de Bombay un statut et un rôle bien particuliers, au regard d'une nation soucieuse de se rassembler, après la joie de l'Indépendance et la douleur de la Partition.

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Écrit par :

  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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INDE (Arts et culture) - Le cinéma

  • Écrit par 
  • Charles TESSON
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Dans le chapitre « Le retour en force de Bollywood »  : […] La lente érosion d'un cinéma indépendant régional, toujours enfermé dans les mêmes sujets (système des castes, condition de la femme) et coulé dans un moule esthétique quelque peu figé à destination des festivals, a provoqué indirectement le retour au premier plan du film musical commercial. Pour cela, Bollywood a dû réagir et changer de formule, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/inde-arts-et-culture-le-cinema/#i_40172

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Pour citer l’article

Charles TESSON, « BOLLYWOOD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/bollywood/