HOLIDAY BILLIE (1915-1959)

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Strange Fruit

Malgré un registre limité, une justesse parfois hasardeuse, un timbre pauvre en harmoniques et une émission rocailleuse presque canaille, Billie Holiday investit la plus sirupeuse ritournelle avec une passion, une authenticité et un raffinement uniques. Chaque thème, aussi banal et mièvre soit-il, se trouve radicalement transfiguré par l'intensité de son expression, la spontanéité de son style et la souplesse de sa déclamation. De Louis Armstrong et Lester Young elle a appris un phrasé d'une grande liberté qui pousse le déhanchement rythmique à ses limites extrêmes. Elle sait enfler les notes tenues et serrer le vibrato en fin de phrase comme un véritable instrument. Sous le charme d'un chant qui mêle la sensualité la plus débridée à une prenante nostalgie, public et accompagnateurs sont pris dans les rets d'une fascination hypnotique. Du plus talentueux au plus modeste, personne ne joue médiocrement quand il s'agit de donner la réplique à Billie Holiday. Dès le début des années 1950, rongée par les excès et les malheurs, la voix est gravement endommagée. Ce que la chanteuse perd en tessiture, en flexibilité et en sophistication, elle le gagne en profondeur de sentiment et en intensité dramatique. Son impact émotionnel semble même s'accroître encore dans les épreuves et la souffrance de ce combat contre la drogue toujours livré, toujours perdu. À bout de forces, à bout de voix, Billie Holiday se laisse littéralement voler par le micro un Strange Fruit – rauque, décharné, halluciné – qui laisse l'auditeur, bouleversé, aux frontières de l'indicible.


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Dans le chapitre « Le « middle jazz » (1930-1944) »  : […] Le jazz s'évade de l'intimité du cabaret pour s'intégrer à l'univers du spectacle et animer les grands dancings populaires, à New York notamment (Savoy, Cotton Club). Il entreprend de se discipliner et de s'établir en formations plus spectaculaires, donc plus étoffées : les années 1930 sont celles du grand orchestre ou big band. Le jazz, aux États-Unis, connaît une vogue croissante qui culminera […] Lire la suite

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Pierre BRETON, « HOLIDAY BILLIE - (1915-1959) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/billie-holiday/