LAVIER BERTRAND (1949- )

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Prendre à la lettre les choses de l'art

La logique visuelle mise en place par Bertrand Lavier possède la clarté et la distinction de l'évidence cartésienne : « Je pense, donc je suis une chose pensante. » Ainsi, pour peindre un objet, il le recouvrira de peinture. Gabriel Gaveau (1981), un piano peint, à l'aide d'une touche qu'il qualifie lui-même de « touche Van Gogh », d'une couleur identique à celle qu'elle recouvre, constitue l'emblème d'une série (Lavier parle de chantier) d'objets manufacturés repeints qui – du réfrigérateur (Westinghouse, 1981) à l'extincteur (Sicli NC2), de l'échelle (Star VP, 1982) et des placards métalliques (Mademoiselle Gauducheau, 1981, Musée national d’art moderne, Paris) à la voiture (Mercedes 190, 1990), au soc de charrue (John Deere, 1988) et aux Vitrines (2000) – conservent tous leur valeur d'usage : ce qui les distingue des ready-made de Marcel Duchamp ou des boîtes en bois peintes Brillo (1964) d'Andy Warhol. Ces pièces n'étant ni tout à fait peintures, ni tout à fait objets jouent sur l'ambiguïté des principes même de l'art. On le voit, la démarche de Bertrand Lavier ne consiste pas à affronter les questions artistiques dans l'esprit spéculatif (et tautologique) du conceptualisme, mais à en exhiber simplement (et surtout physiquement) les contradictions en prenant à la lettre les choses de l'art.

C'est en effet avec les armes de l'évidence que Lavier sème le trouble au sein des évidences visuelles, comme c'est avec la peinture qu'il met la peinture en porte à faux avec elle-même. Avec une déconcertante tranquillité, qui n'est pas sans rappeler celle d'un René Magritte, il démonte une à une les prétentions à l'autonomie, voire à la spécificité, des catégories des beaux-arts. Avec sa série des objets peints, Lavier aime se jouer de l'opposition traditionnelle entre peinture et sculpture. En recouvrant de peinture un objet, il révèle du même coup un des présupposés les plus classiques de la sculpture  [...]

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Écrit par :

  • : critique d'art, professeur d'esthétique à l'École nationale d'arts de Cergy-Pontoise

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Pour citer l’article

Bernard MARCADÉ, « LAVIER BERTRAND (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/bertrand-lavier/