FONTENELLE BERNARD DE (1657-1757)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le départ d'une pensée critique

Bernard de Fontenelle naquit à Rouen d'une famille de robins. Ses oncles du côté maternel étaient Pierre et Thomas Corneille. En mai 1677, ce dernier, propriétaire de la revue Le Mercure galant, engageait son neveu à titre de collaborateur. La Bruyère avait raison de dire que cette revue était « au-dessous de zéro ». Les contributions du jeune rédacteur n'avaient guère l'envergure nécessaire pour élever le niveau du Mercure. Après Aspar (1680), pièce dont la représentation fut un échec, Fontenelle retourne dans sa ville natale ; en effet, à Rouen, son esprit se refaisait et s'approfondissait. De 1682 à 1687, il publia des œuvres qui devaient fonder sa gloire, et dont la fécondité se révéla tout au long du siècle suivant ; pour commencer, La République des philosophes, roman utopique dont le cadre seul paraît emprunté à l'anonyme Histoire des Sévarambes. Les héros de l'utopie de Fontenelle forment une démocratie radicale liée à un système électoral ingénieusement calculé. Ils sont matérialistes et athées. En vain, leur hôte européen leur vante les avantages de la religion chrétienne ; les expériences des autres peuples tombés dans le piège de la religion les détournent de jamais adorer une divinité quelconque. L'Européen, charmé de vivre dans cette société équitable et bien ordonnée, renie son Dieu tout en respectant les lois qui défendent une telle croyance. Seul Fontenelle osait écrire sur ce ton en plein règne de Louis XIV. Il ne s'agit guère d'une propagande athée, mais plutôt d'une conviction antireligieuse. Fontenelle acceptait l'idée de Bayle qu'une société d'athées pouvait parfaitement subsister.

En même temps, Bayle publia, dans sa revue les Nouvelles de la république des lettres, un article ironique de Fontenelle sur les disputes et la rivalité des religions mosaïque, catholique et calviniste – une belle preuve d'indépendance de jugement contemporaine de la persécution farouche des hérétiques français. En 1686 furent publiés les Entretiens sur la pluralité des mondes, leçon copernicienne de relativité dédiée à une femme mondaine. Si Fontenelle, non sans humour, se plaisait à imaginer la lune et les autres étoiles peuplées d'une espèce d'hommes, il voulait s'en prendre à la doctrine chrétienne qui affirmait le monopole des êtres terrestres parmi tous les autres mondes. Dans la même année 1686, les Doutes sur les causes occasionnelles combattaient le système de Malebranche, qui prétendait que seule l'intervention divine pouvait provoquer la rencontre de l'esprit et de la matière. Fontenelle ne veut pas accorder tant de place à la divinité, son Dieu s'était limité à donner la « chiquenaude » au monde pour lui assurer le mouvement sans se soucier des conséquences. Dans l'Histoire des oracles, adaptation du livre latin du socinien hollandais Van Dale, parue en 1687, Fontenelle s'opposait à la thèse des origines démoniaques des anciens oracles, qui sont plutôt l'œuvre de l'imposture des prêtres ; il ne pouvait empêcher certains lecteurs d'interpréter les miracles chrétiens de la même façon. Quelques mois plus tard, il publia, à la suite de l'édition de ses Pastorales, la célèbre Digression sur les Anciens et les Modernes, qui lui valut l'approbation des modernistes, mais aussi une certaine opposition de la part des humanistes. Fontenelle comparait les cheminements de la société vers la maturité aux différentes étapes de l'âge de l'homme. Mais il comprit que ni la vieillesse ni la mort de la société n'étaient fatales et que sa maturation était capable d'offrir des aspects toujours nouveaux et vivants.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

  • : membre de l'Académie des sciences, professor of art history, Hunter College, New York

Classification

Autres références

«  FONTENELLE BERNARD DE (1657-1757)  » est également traité dans :

ANCIENS ET MODERNES

  • Écrit par 
  • Milovan STANIC, 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 5 038 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « De l'« imitation » au « naturel » »  : […] La « querelle » des Anciens et des Modernes fut donc pour ceux qui la vécurent un débat très intense, virulent – et pas seulement une dispute entre érudits. Elle ne cesse, dans le dernier quart du xvii e  siècle, de prendre de l'ampleur. Boileau vole au secours de Phèdre (1676) – quitte à y reconnaître un « sublime » nettement différent de celui qu'il avait théorisé à la suite du Pseudo-Longin ; […] Lire la suite

GÉOLOGIE - Histoire

  • Écrit par 
  • François ELLENBERGER
  •  • 6 540 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Le XVIIIe siècle »  : […] La géologie ne démarre en France que vers 1710, en bénéficiant de toute la prudence un peu sceptique de Fontenelle, très influent par ses chroniques résumant et commentant l'activité de l'Académie royale des sciences. Il se rallie à l'idée de l'ancien séjour tranquille des mers sur nos terres. Antoine de Jussieu en 1718, étudiant une flore fossile houillère, pensait « herboriser dans un autre mon […] Lire la suite

MALEBRANCHE NICOLAS (1638-1715)

  • Écrit par 
  • Ginette DREYFUS
  •  • 8 465 mots

Dans le chapitre « Les années de formation »  : […] Nicolas Malebranche fut, selon l'expression heureuse de Voltaire, l'un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écrit. Il naquit à Paris un mois avant Louis XIV. Et sa philosophie porte, plus que toute autre, cet « air grand et magnifique » (le mot est d'Arnauld, parlant de Malebranche) qui scelle le règne de ce prince. Il sortait d'une famille de parlementaires. Son père était conseiller du […] Lire la suite

PROGRÈS

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 8 635 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Des Anciens aux Modernes »  : […] L'idée d'un progrès cumulatif, celle d'une loi de perfectionnement ainsi que la théorie des âges du monde ont été appliquées, à partir de la Renaissance, non plus à la croissance de l'Église mais à l'avancement des sciences. Ce changement de plan est à rapporter au glissement, qui ne pouvait pas ne pas se produire, dans une chrétienté déféodalisée, du sens chrétien au sens profane de l'histoire. P […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Werner KRAUSS, « FONTENELLE BERNARD DE - (1657-1757) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-de-fontenelle/