BERLIN (JEUX OLYMPIQUES DE) [1936]Les nazis et l'olympisme

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La stratégie olympique nazie

Nommé chancelier du Reich le 30 janvier 1933, Hitler se déclare dans un premier temps opposé à la tenue des jeux Olympiques à Berlin en 1936. Dans les rangs nazis, on rejette massivement les Jeux : ainsi, le docteur Wetzel, directeur de l'Institut d'éducation physique de Berlin, déclare que le régime doit refuser les Jeux « organisés et portés par un esprit issu d'un monde que le national-socialisme a dépassé » ; les corporations universitaires allemandes se disent contre les Jeux ; Bruno Malitz, porte-parole du parti nazi, clame haut et fort l'hostilité des militants envers les Jeux ; un comité de défense contre les jeux Olympiques se met en place...

Mais tout change dès le 16 mars 1933. Theodor Lewald, président du comité d'organisation, et Carl Diem, secrétaire général de ce comité, obtiennent une entrevue avec Hitler. Ce jour-là, les deux dirigeants les plus respectés du mouvement sportif allemand parviennent à convaincre le nouveau chancelier de l'intérêt des Jeux pour le Reich, Lewald indiquant même que l'organisation des Jeux pourrait permettre à l'Allemagne d'affirmer son prestige. Dès lors, le führer, convaincu, balaie toutes les réticences de ses troupes ; Joseph Goebbels, ministre de la Propagande, comprend lui aussi tout l'intérêt de saisir l'opportunité olympique, et une gigantesque mascarade se met en marche. Ainsi, plutôt que de satisfaire les militants nazis qui exigent la participation exclusive d'athlètes blancs aux Jeux, Hitler pense qu'il convient de rassurer l'opinion internationale, alors que l'idée d'un boycottage des Jeux de Berlin fait son chemin aux États-Unis. Aussi, bien que le Reichssportführer Hans von Tschammer und Osten déclare que « le sport allemand est fait pour les Aryens », que « la direction de la jeunesse allemande appartient tout entière aux Aryens et non aux Juifs », Hitler mandate Lewald pour qu'il confirme aux Américains, au nom du Comité olympique allemand, « qu'il n'y aurait jamais la moindre discrimination », notamment à l'encontre des Juifs.

Afin que la duperie soit pleinement réussie, une curieuse dénazification paysagère olympique se met alors en œuvre. Dès août 1935 commence dans la presse et à la radio la campagne de propagande Pax olympica, destinée à appeler aux « Jeux de la paix », dans une « Allemagne national-socialiste pacifique ». Alors que les lois racistes de Nuremberg sont promulguées le 15 septembre 1935, on reçoit consigne de ne pas les appliquer avec trop de rigueur en ce qui concerne les sportifs : « Un règlement général du sport juif interviendra à la fin de l'olympiade », indique la direction de la SS.

À l'occasion des Jeux, Berlin doit affirmer sa grandeur colossale sans effrayer le monde. « Berlin-la-Rouge », qui dans l'esprit du führer laissera bientôt la place à la cité grandiose de « Germania », est toilettée pour les Jeux. Alors que, d'Alexanderplatz à l'Olympiastadion naît une colossale Via triomphalis, les « éléments défigurant Berlin » sont éliminés sur ordre de Julius Lippert, commissaire d'État de Berlin : ces « éléments » sont les façades négligées, les édifices en ruine, mais aussi les Gitans, parqués par centaines dans un sinistre terrain vague entouré de fils barbelés...

Tout est prêt et Berlin est « nettoyée » quand s'ouvrent les Jeux le 1er août 1936. Durant ces Jeux, Hitler assiste paraît-il avec plaisir aux compétitions sportives et s'applique à respecter à la lettre le protocole olympique. Une légende tenace veut que le führer, irrité par la victoire d'un descendant d'esclave sur l'Aryen Luz Long dans le concours de saut en longueur, ait refusé de serrer la main du Noir américain Jesse Owens. La vérité est tout autre et participe de la stratégie de duperie nazie. Le 2 août, l'Allemand Hans Woelke remporte le lancer du poids, sa compatriote Tilly Fleischer le lancer du javelot. Hitler les invite dans sa loge pour les féliciter. Le comte Henri de Baillet-Latour, président du C.I.O., rappelle la lettre du protocole au führer : ce type d'hommage est interdit. Dès lors, Hitler ne félicitera publiquement plus personne, pas plus Jesse Owens que quiconque, car le respect scrupuleux du protocole était essentiel pour leurrer l'op [...]

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Helene Mayer, 1936

Helene Mayer, 1936
Crédits : Library of Congress, Washington D.C.

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Olympia (Les Dieux du stade), Leni Riefenstahl, 1938

Olympia (Les Dieux du stade), Leni Riefenstahl, 1938
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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « BERLIN (JEUX OLYMPIQUES DE) [1936] - Les nazis et l'olympisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/berlin-jeux-olympiques-de-1936-les-nazis-et-l-olympisme/