BARTÓK BÉLA

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« Que de source pure » !

Les derniers mots de la Cantata profana de 1930 et les conclusions d'une lettre de Bartók un an plus tard nous révèlent l'une de ses préoccupations artistiques. En général, il était peu bavard, surtout lorsqu'il s'agissait d'exposer ses propres idées artistiques ou esthétiques. L'analyse de ses œuvres nous paraît plus révélatrice, sur ce point, que ses écrits ou sa correspondance.

Contre l'éclectisme

En dehors de la pratique et de la théorie musicales, Bartók, par son activité scientifique, était sensibilisé à l'ethnologie et à la linguistique. Il avait appris une dizaine de langues, assez bien pour comprendre et traduire des textes folkloriques, et rédigeait en allemand, en anglais, quelquefois aussi en français et en roumain. Comme ethnologue, il était parvenu à une position préstructuraliste quand il avait déclaré, en 1938, qu'un temps viendrait où toutes les musiques populaires du monde pourraient être ramenées à des formules de base communes, relativement peu nombreuses. Pour lui, langage et style déterminent la pensée musicale. Or le style est issu du langage, soit par le choix arbitraire du compositeur (processus « romantique »), soit par la fréquence de ses éléments (processus « classique »). Les différents langages ont tendance à s'équilibrer quantitativement, s'enrichissant d'un côté, s'appauvrissant de l'autre.

Il y eut des époques, et la fin du xixe siècle en fut une, où le langage, en raison de l'accélération des moyens de communication et de la découverte du phonographe, s'enrichit démesurément et sans contre-partie. Le résultat fut un style éclectique, comme celui de Tchaïkovski, de Sibelius, de Mahler, de Dvořak, de Saint-Saëns, pour ne citer que les représentants les plus éminents de cette époque. Bartók voulait autre chose. Il savait bien que le langage est, par nature, hétérogène, ce qui était pour lui une raison supplémentaire de créer un style homogène. Comment y parvenir à une époque si profondément marquée par l'éclectisme dans tous les domaines artistiques ? À l'aide de la musique populaire.

Pourquoi le folklore ?

Ce sché [...]

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Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti
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Béla Bartók

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales, administrateur de l'Association pour le développement des études finno-ougriennes, président du comité français Béla Bartók, compositeur, musicologue, ethnologue

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Pour citer l’article

Jean GERGELY, « BARTÓK BÉLA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bela-bartok/