BARTÓK BÉLA

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Entre Orient et Occident

Enfance et adolescence

Béla Bartók naît le 25 mars 1881 à Nagyszentmiklós (aujourd'hui Sînnicolau Mare, en Roumanie), dans le Banat, où ses ascendants paternels, originaires de la Haute Hongrie et partisans fervents de Kossuth, étaient installés depuis trois générations. Son père, Béla, directeur d'une école d'agriculture et musicien amateur, fut l'animateur culturel de cette bourgade de 10 000 âmes environ, où se côtoyaient les ethnies hongroise, allemande, roumaine et serbe. Sa mère, Paula Voit, institutrice de formation, jouait du piano. Les dons exceptionnels de l'enfant, mais aussi sa constitution fragile, se révèlent très tôt. En 1885 naît sa sœur Erzsébet ; en 1888, son père meurt à l'âge de trente-deux ans. Désormais, sa mère, aidée d'une sœur, Irma, devra assurer seule l'entretien de la famille. Elle est nommée à Nagyszöllös (aujourd'hui Vinogradov, en U.R.S.S.), au nord-est de la Hongrie ; c'est là que Bartók termine ses classes primaires et commence ses études secondaires. En l'absence de lycée à Nagyszölös, Mme Bartók envoie son fils à Nagyvárad (Oradea), au lycée dirigé par l'ordre des Prémontrés. Grâce aux leçons de Ferenc Kersch, Bartók y accomplit des progrès sensibles au piano, mais l'année scolaire est assez médiocre, à tel point qu'à Pâques de 1892 Mme Bartók ramène son fils à Nagyszölös. Le 1er mai, Bartók s'y produit publiquement, pour la première fois, lors d'un concert de bienfaisance organisé par l'école de sa mère. Il joue quatre œuvres, dont un mouvement de la Sonate no 21 « Waldstein » de Beethoven et l'une de ses compositions, Le Cours du Danube, pièce descriptive, certes naïve, mais pleine d'idées originales. Car il compose régulièrement, des danses de préférence. À la suite de ce concert, Mme Bartók obtient un congé d'un an avec traitement et elle s'installe, avec sa famille, à Pozsony (Presbourg, Bratislava), chef-lieu du comitat d'où est originaire sa famille et où elle brigue un poste. Bartók apprécie son nouveau milieu, continue ses études au lycée catholique et travaille le piano avec László Erkel, fils du compositeur. L'année sabbatique terminée, Mme Bartók est nommée à Besztercze (Bistriţa), en Transylvanie. Bartók continue ses études au lycée allemand de cette ville, mais termine son année scolaire à Pozsony car sa mère a obtenu son affectation définitive à l'ancienne capitale administrative et législative du royaume de Hongrie. Pozsony sera pour Bartók sa ville adoptive ; il y passera cinq ans de son adolescence dans des conditions harmonieuses. Il termine ses études, obtient son baccalauréat en 1899, compose beaucoup, tient l'orgue à la messe des écoliers, découvre la musique classique et romantique, travaille le piano avec Erkel puis, après la mort de celui-ci, avec Anton Hyrtl ; il se lie avec la famille de Frigyes Dohnányi, un de ses professeurs au lycée, dont le fils,Ernő de quatre ans son aîné, pianiste et compositeur reconnu internationalement à vingt ans, est et restera longtemps pour lui un modèle. C'est sur l'insistance de Ernő Dohnányi que Mme Bartók conduit son fils à Budapest et le présente aux professeurs de Dohnányi à l'Académie, à István Thomán d'abord, qui l'admet dans sa classe de piano, à Hans Koessler ensuite qui, sur la recommandation de Thomán, le prend à son tour pour élève. À l'automne de 1899 commence la vie budapestoise de Bartók.

L'élève de Thomán et de Koessler

Au début de ses années d'études supérieures, Bartók mène une vie renfermée et solitaire, vivant des subsides versés par sa mère. Thomán, ancien élève de Liszt, sera un guide idéal dans la maîtrise de son instrument aussi bien que dans l'évolution spirituelle de son élève. La situation matérielle de Bartók s'améliore peu à peu. Dispensé des frais d'études, il obtient des bourses et des récompenses substantielles, sa réputation de pianiste lui vaut des invitations comme soliste ou accompagnateur et quelques élèves privés. Parmi ces derniers se trouve Mme Emma Gruber (la future Mme Kodály), chez qui Bartók fait la connaissance de Zoltán Kodály, un autre élève de Koessler, mais dans une classe différente, connaissance qui ne tardera pas à se transformer en une amitié déterminante et pour la vie.

Bartók eut moins de chance avec Koessler qu'avec Thomán. Ce maître allemand, bon pédagogue et bon compositeur, était un partisan de Brahms et un adversaire de Liszt et de Wagner à une époque où, chez Bartók, l'influence des deux derniers commençait à supplanter celle du premier. Orienté vers une conception esthétique opposée à celle que Bartók s'était choisie et ignorant, de surcroît, la langue et la civilisation hongroises, ses remarques perturbent parfois son élève. Mais ce n'est pas la seule perturbation subie par Bartók durant ces années. La plus sérieuse est, en 1900, une affection pulmonaire, qui lui fait perdre une année. Les deux autres, moins graves, n'en seront pas moins déterminantes : d'une part, l'effervescence politique, avec ses slogans anti-autrichiens et antidynastiques, éveillent un écho profond en lui ; d'autre part, l'audition d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, en février 1902, a sur Bartók un effet très stimulant. Lui qui, en dehors des exercices scolaires, n'avait presque rien écrit depuis trois ans se remet à la composition : une symphonie (partiellement orchestrée), des mélodies, des études pour piano, une sonate pour violon et piano et le poème symphonique Kossuth, hommage à son père, fervent partisan de Kossuth. Il apprend par cœur Une vie de héros de Strauss dans sa propre réduction, faisant l'admiration de ses auditeurs à Budapest, Vienne et Berlin, où il passe l'automne de 1903 et fait la connaissance de Busoni. Au début de 1904, la première audition de Kossuth suscite des controverses, et l'œuvre est saluée par la presse patriotique comme le début d'une ère nouvelle. En février, l'œuvre est donnée à Manchester lors d'un concert dirigé par Hans Richter, où Bartók joue en soliste. En juillet 1904, il assiste au festival de Bayreuth et passe le reste de l'été et une partie de l'automne dans la campagne hongroise, travaillant son Quintette avec piano, sa Rhapsodie op. 1 pour piano et orchestre et son Scherzo op. 2 pour orchestre et piano. C'est là qu'il entend, pour la première fois, des mélodies populaires sicules (székely) chantées par une servante ; il les note, mais n'en tirera profit qu'ultérieurement. En 1905, il séjourne à Vienne et passe deux mois à Paris, où il participe au concours Rubinstein – sans succès. Il s'agit de son premier contact avec la capitale française. La même année, il compose la Suite no 1 pour orchestre et les trois premiers mouvements de la Suite no 2, qu'il ne terminera que deux ans plus tard. Les années 1905-1906 so [...]

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Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

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  • : docteur ès lettres, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales, administrateur de l'Association pour le développement des études finno-ougriennes, président du comité français Béla Bartók, compositeur, musicologue, ethnologue

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Pour citer l’article

Jean GERGELY, « BARTÓK BÉLA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bela-bartok/