BEL CANTO

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Du « recitar » florentin au « cantar » baroque

La nouvelle donne musicale tient en un renversement des rapports entre chant et texte. Alors que le modèle de la tragédie grecque pesait sur l'opéra florentin, affirmant la supériorité platonicienne du mot sur le son, l'opéra baroque, tel qu'il apparaît et se développe ensuite à Rome, puis à Venise, libère progressivement la ligne vocale de la tutelle du mot. Au récitatif bientôt jugé plat et aride se substitue, dans les opéras d'un Stefano Landi (1586 ou 1587-1639) ou d'un Luigi Rossi (1597 env.-1653), l'arioso puis l'aria distincte du recitativo secco qui l'introduit. À Rome, la création par les Barberini du Teatro delle Quattro Fontane, dans les années 1620, attise le goût pour le démonstratif, les scénographies somptueuses du Bernin offrant un magistral contrepoint aux efflorescences vocales. Monteverdi lui-même, influencé à ses débuts par l'éthique florentine, comme en témoigne notamment son Orfeo de 1607, inscrira son Retour d'Ulysse dans sa patrie (1640) tout comme son Couronnement de Poppée (1643) dans le sillage baroque, mêlant à son canto spianato proche de la diction poétique des pièces vocales ornées.

On n'aura garde, toutefois, de penser que la jubilation vocale érigée en principe par l'opéra baroque constitue alors une fin en soi. De l'ancienne éthique poétique et musicale on conserve au contraire deux principes fondateurs essentiels : l'expressivité, fondée sur l'imitation des sentiments traduite en affetti, et la sprezzatura, ou liberté du phrasé, au service de cette expressivité. C'est très opportunément que Reynaldo Hahn inscrit au cœur de sa célèbre conférence sur le chant, Comment émouvoir, ses réflexions sur le bel canto originel et sa vocation expressive. Il y rappelle avec pertinence que la virtuosité du bel canto ne se réduit pas à la seule agilité acrobatique, mais suppose l'expression du sentiment par le jeu de la stylisation vocale, fondée sur « la qualité, le lié, la souplesse » d'un phrasé « malléable à l'infini » et capable d'épouser toutes les nuances du sentiment. Cet équilibre fragile entre exubérance vocale et influx émotionnel fera la grandeur du bel canto, de Luigi Rossi à Pier Francesco Cavalli (1602-1676) et Antonio Cesti (1623-1669), avant Alessandro Scarlatti (1660-1725), Antonio Lotti (vers 1667-1740), Nicola Porpora (1686-1768), Leonardo Vinci (vers 1696-1730), pour culminer avec Haendel dans les années 1720.

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Jean CABOURG, « BEL CANTO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bel-canto/