BÈDE LE VÉNÉRABLE (672 env.-735)

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Le moine de Jarrow et les techniques littéraires

Bède naquit vers 673 dans le royaume anglais de Northumbria. Lorsqu'il eut sept ans, on le confia au monastère de Wearmouth, fondé quelques années auparavant par Benedict Biscop. Le jeune Bède fut envoyé bientôt à l'abbaye jumelle de Jarrow, non loin de l'embouchure de la Tyde. Il y termina son éducation, y fut ordonné diacre, puis prêtre lorsqu'il eut trente ans. Toute sa vie s'écoulera dans ce petit canton monastique de la Northumbria. Il ne quittera Jarrow que pour trois brefs voyages, qui ne le mèneront pas au-delà de York. Bède semble avoir peu souffert de ce confinement. Il s'intéressa aux pays lointains, mais ce que les livres de son monastère lui en apprenaient paraît l'avoir pleinement contenté. Il remerciera l'abbé de Jarrow d'avoir rapporté de nombreux manuscrits de ses voyages sur le continent et d'avoir ainsi permis aux frères de cultiver les lettres dans la tranquillité du cloître.

Si marginale qu'apparaisse la Northumbria quand on la découvre sur une carte d'Europe, elle jouait dans la culture occidentale, aux alentours de l'an 700, un rôle qui débordait largement son importance politique. L'invasion arabe atteignait le sud de l'Europe ; l'Italie était déchirée entre les Lombards et les Byzantins ; la vieille culture gallo-romaine s'était effondrée sous la domination franque. À l'écart de ces grands drames et de ces ruines, les petits royaumes anglo-saxons fraîchement christianisés se trouvaient au confluent des deux puissants courants spirituels, alimentés l'un et l'autre par des sources antiques : le monachisme irlandais venant du Nord et de l'Ouest, l'influence romaine s'étendant à partir de Cantorbéry.

À Jarrow, Bède fut chargé de former les jeunes moines. Aux garçons qui arrivaient à l'abbaye et qui avaient quelque don pour les études, il fallait d'abord inculquer ces moyens de toute culture qu'étaient la langue latine et la rhétorique classique. Trois opuscules écrits par Bède au début de sa carrière répondent à cette nécessité : le De metrica arte, le De schematibus et tropis, le De orthographia. Les exemples qui illustrent ces manuels sont presque tous tirés de la Bible ou des Pères de l'Église. En ce sens, Bède est un « moderne » : il ne prétend pas faire de ses pupilles, fût-ce dans leur langage, des contemporains de Cicéron et de César.

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'Université libre de Bruxelles

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MOYEN ÂGE - La littérature en prose

  • Écrit par 
  • Nicola MORATO
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Pour citer l’article

Hervé SAVON, « BÈDE LE VÉNÉRABLE (672 env.-735) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bede-le-venerable/